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plus que, lorsqu'il s’agit de cette force sacrée qu'est l’armée, c’est-à-dire du destin même de la patrie, nous ayons à cœur de ne rien laisser à l'improvisation, où vous excellez.
« Il nous a fallu une armée pour acquérir, et d'abord pour exister. Il nous en faut une pour durer et conserver. Il nous faut une armée puissante, c’est-à-dire la liberté de faire la politique commandée par nos intérêts, de développer sans alarme notre industrie et notre commerce, de ne rien redouter des choses n1 de personne, de poursuivre notre destinée et de la défendre contre l'agression des mauvais hasards de la force (1). Il nous faut enfin une armée pour les mêmes raisons que vous en possédez une.
« Mais ce n’est pas lorsque tonne le canon, qu'il est temps de songer à proportionner la force qui résiste à celle qui attaque. On ne dose pas la puissance d'une armée. On la réalise du premier coup aussi grande qu'on le peut; on la réalise dans la paix pour la guerre, telle que le permettent les
(1) Le 25 janvier 1913, discutant les prétentions des alliés balkaniques sur Andrinople, le Berliner Lokalanzeiger, journal souvernemental à grand tirage, écrivait : « Le sort d’Andrinople ne serait pas décidé si, dans ces dix dernières années, nous avions introduit le service obligatoire et universel, et créé ainsi au cœur de l'Europe une armée inattaquable. » Il ne s’agit donc plus de défendre ses intérêts, mais d'imposer sa volonté, d'affirmer une hégémonie. Les pangermanistes ne parlent pas autrement.
ressources de la nation; et il sera toujours temps, le cas échéant, de n'en faire donner: que la part qu'il conviendra. Entourée de voisins en armes, l'Allemagne, d’un tour de vis, juge sage d’augmenter la résistance de son intrument de guerre; qui peut s’en étonner ou s’en émouvoir dans un temps où c’est à qui, parmi les nations, fabriquera le canon le plus terrible et mobilisera les masses les plus nombreuses?
« L'Allemagne obéit à sa vieille tradition. Après la victoire, elle a encore, en 1872, retouché son armée; elle la réformait, l’amendait, la renforcçait, en 1874, en 1880, en 1887, en 1888, en 1890, en 1893, en 1911; elle y fait aujourd’hui une retouche nouvelle. S'il lui plaît de l’employer, tous ses soldats sont prêts. Quant à savoir si elle y songe, c’est l'affaire des politiques, qui seront, mieux que moi, qualifiés pour vous répondre (1). Mais que,
(1) En février 1888, le Reichstag discutait une nouvelle loi militaire, qui devait donner à l’armée allemande 700 000 hommes de plus. Bismarck, soutenant le projet, prétendait que cet accroissement de force, bien loin d'être un danger pour la paix, l’assurerait au contraire, et il serait intéressant de rechercher comment la presse française accueillit alors ces affirmations pacifiques. Cependant Bismarck disait :
« Précisément, la force que nous voulons nous donner nous disposera certainement à être pacifiques. Cela peut avoir l'air d’un paradoxe, ce n’en est pas moins la réalité.
«Avec cette puissante machine, on n’entreprend point d’agression. Si nous voulons faire une guerre, il faut que ce soit une guerre sur laquelle tous ceux qui concourront à la faire,
tous ceux qui lui font des sacrifices, en un mot toute la nation, soient d'accord; il faut que ce’soit une guerre populaire... Si
dans le contentement d'officiers comme moi, dans
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l'approbation de l’opinion unanime, il y ait une pensée agressive, une volonté guerrière, voilà,
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monsieur, Ce que je conteste, je vous en donne ma parole d'honneur de soldat. »
nous en venions à attaquer, alors tout le poids des impondérables, qui pèsent beaucoup plus que les poids matériels, sera du côté de nos adversaires, attaqués par nous. La « sainte Russie » sera exaspérée de notre attaque. La France, jusqu'aux Pyrénées, se dressera en armes. »
Qui soutiendrait aujourd’hui, après le temps écoulé, que Bismarck, à ce moment, ne fut pas sincère?
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L'ARGENT Ceux qui payent les canons. — Pas de politique en affaires. — La finance française se conduit mal. — « Nous n’avons
besoin de personne. » — Le docteur Helfferich. — Le Bagdad. — Amis de la paix. — Chez M. Carl Fürstenberg. — On adore
les Français. — Le grand fossé. — Les journaux responsables. — Fini, le Maroc. — La richesse allemande. — L’argent allemand reste en Allemagne. — La paix par les financiers. — Combien y a-t-il d'argent français en Allemagne? — Trois mois de crise après Agadir. — La cote de Paris. — L'Allemagne s'enrichit et veut jouir. — Quelques chiffres. — On gravit la pente. — Ce qu'un homme d'Etat et un financier français pensent de la richesse allemande. — Un renverse-
ment économique se prépare.
En cette affaire, les financiers aussi ont un mot à dire. C’est avec des canons que l’on fait la guerre, mais ce sont les financiers qui aident à payer les canons, et c'était, pendant la négociation marocaine, une opinion courante, en France, que la finance allemande avait son rôle dans les entrevues des diplomates.
Je me suis adressé à un certain nombre d’entre eux, et tous, parmi les plus importants, se sont galamment prêtés à mes questions. J'ai causé
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