‹ L'énigme allemandeChapitre 33 sur 106 · STE · texte numérisé non relu

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4 | en juillet et en août, 1l était fortement descendu. (Al Ce qu'il faut dire, en résumé, c’est que la crise | il marocaine a gravement affecté les marchés de AE Londres, de Paris et de Berlin, et non pas boule- | | versé la seule Bourse de Berlin (1).

ji Je dis à M. Helfferich :

— Les Bourses de Paris et de Londres, de Londres et de Berlin, se pénètrent, deux à deux, | | l’une l’autre. Celles de Paris et de Berlin sont sans | contact. Ne regrettez-vous pas quelquelois que les valeurs allemandes ne soient pas cotées à Paris?

— Mais non. Pour les titres d’État, je n’y trouve qu'inconvénients; pour les valeurs industrielles, je n’y vois pas d'avantages réels. Vraiment

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At (4) « À Berlin, pour les huit grandes banques qui publient nl leur situation tous les deux mois, l’écart dans le montant des dépôts au 31 août et au 31 octobre à été de près d’un demimilliard de francs, dont 268 millions à la Deutsche Bank. » (A. RarFrALovicH, le Marché financier.)

nous n'y tenons pas, et je vous avoue que nous ne Hsons pas sans quelque surprise les discussions qui parfois s'élèvent à ce sujet dans la presse française. Ce n'est pas sur un tel terrain qu'il faut chercher des éléments de pacification entre nos pays. En pareille matière, rien de bon, rien d’utile, rien de durable, ne peut être tenté par des moyens artificiels. Nulle autre méthode ne sera plus efficace que de travailler loyalement ensemble à des œuvres communes.

Déjà le prince X... m'avait dit :

— Nos fonds d’État cotés à Paris? J'espère bien que nous ne verrons jamais cela! Le résultat Le plus clair serait, pour nous, de vous donner barre sur notre fortune publique.

Cependant M. Carl Fürstenberg est moins dédaigneux. Il concède que, « l’industrie allemande étant en pleine extension, il ne pourrait que lui être profitable d'accepter l'argent qui s’offrirait ». Mais en même temps il fait des réserves, et il déclare que, « le marché français étant très peu ouvert, les financiers allemands aimeraient, avant d'y pénétrer, à voir apporter certaines réformes à

la législation française ». En général, ceux qui ne parlent pas comme M. Helfferich parlent comme M. Fürstenberg:.

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J'ai recueilli avec exactitude les propos des financiers allemands. Ils tiennent un langage que le public français n’a pas accoutumé d'entendre. Celui-ci en est resté à l’idée archaïque d’une Allemagne besogneuse, sans réserves et sans crédit, et dont la faillite est à la merci du premier accident industriel ou d’une aventure politique. En 1911, durant la crise marocaine, que n'entendaiton dans les conversations de chaque jour, que ne lisions-nous dans nos journaux! Pour combien de Français ne fut-il pas avéré que, si l'Allemagne alors se retint de rompre les négociations, c'est qu’elle n’avait pas le moyen de faire la guerre?

Les hommes que nous venons de consulter nous montrent au contraire une Allemagne sinon riche déjà, du moins laborieusement occupée à édifier une fortune qui, d’année en année, de jour en jour, ne cesse de s’accroître. La France est une vieille dame chez qui la peur du lendemain, le goût de l'ordre bourgeois, l'esprit d'économie et de privation, accumulent sans répit, au fond de ses armoires, depuis deux siècles de bien-être, une richesse dont elle est avare. L'Allemagne, jeune, jetée en pleine virilité dans un siècle de jouissance, veut jouir à son tour; mais si elle n’a pas les mêmes patiences et les mêmes abnégations, elle montre du moins une ardeur au travail, une fièvre audacieuse, une volonté de parvenir, qui, d’un bout à l’autre de son

territoire, allument les fourneaux de ses usines, et répandent à travers le monde les produits de sa fabrication. Elle achève de constituer à côté de nous un organisme énorme, déjà puissant par le poids, par la force militaire, par la force industrielle, et notre erreur est de ne pas voir que la force financière est à la fois l'aboutissement de son effort d'hier et la condition de son effort de demain.

Est-ce donc seulement par entraînement au travail, par appétit de jouissance, par goût d’accaparement ou de domination, que l'Allemagne, depuis trente ans, avec une âpreté grandissante, s’abandonne à la furie de produire? C’est par besoin de vivre.

Elle est prolifique. Sa population, qui était de 30 millions d'habitants en 1870, est aujourd'hui de plus de 65 millions. Dans les trente-cinq dernières années, elle s'est accrue de 52 pour 100; la nôtre, de 8 pour 100. On y observe, il est vrai, les premiers fléchissements de la natalité, qui sont, en tout pays, la rançon du bien-être (1); mais il

(1) Je trouve, dans le Marché financier (4911-1912) de M. A. Raffalovich, d'intéressantes statistiques. « De 1816 à 1940, la popula-

tion de l'Allemagne a progressé de 25 à 65 millions d'habitants. L'accroissement par mille a été :

Naï- sances Morts Surplus Ce — 41 ,1 30,6 10,5 ss eue 33,0 19,0 14,0 UT SR ST none 31,8 18,1 143,7

« De 1901 à 1910, dans les villes de plus de 15 000 habitants,

ia À il 71 è 5 1e 342 L'ÉNIGME ALLEMANDE 118 | 11184 s’en faut que les mères allemandes aient fini d'enli | fanter, et l'avance qu’elles ont prise, jamais elles nl: ne la perdront. Sa prospérité économique a suivi (il Là une marche parallèle. Le budget de l'empire, en UE quarante ans, est monté de moins de 340 mil- IE! ? . \ 11° .

l Ë lions de marks, en 1872, à 3 milliards 421 mil- LE ( {: À 2 a . . . ° € fi lions 146578 marks (ou 4 milliards 250 millions HE. de francs) en 1913. Le budget total de l'empire All) à oo de à 1] 4 et des différents États est de 9 milliards 661 mul- Hs lions de marks (soit près de 12 milliards de 11e francs) (1).

4 Voici encore de vivants, j'allais dire de pathé- At } É ; £ ” Li tiques éléments de comparaison. Ce sont, à dix

| ans de distance, les chiffres qui représentent le

LÉ commerce extérieur de la France et de lAlle-

qui représentent 86 pour 100 de la population, le nombre des HIS naissances à fléchi de 36,6 à 26,8 par 1 000, alors que celui des décès ne diminuait que de 4,7. »

De ces chiffres, il résulte que la dégression, depuis 1872, est

constante, et que, en Allemagne comme partout, elle se marque [RSS plus dans les villes que dans les campagnes. ; Des statistiques plus récentes montrent avec quelle rapidité décroît, en Allemagne, la natalité. Dans les vastes agglomérations qui ne se distinguent de Berlin même que par leur autonomie administrative, mais qui font corps avec la ville, telles que Schôüneberg, Wilmersdorf, Charlottenburg, les naissances sont tombées, pour 1 000, à 43,7, — 13,4, — 18,3. En regard, rappelons que la moyenne générale, pour la France, a été, en 4910, de 19. Mais voici d'autres chiffres. De 1902 à 1912, le chiffre des naissances, pour 4 000, est tombé : à Munich, de 35,1 à 21,9; à Leipzig, de 34,5 à 22,1; à Dresde, de 31,5 à 20,3; à Mannheim, de 42,6 à 28,7: à Stettin, de 35,3 à 22,7, à Nuremberg, de 38,7 à 25,5; etc... Ce n’est plus seulement la dégression ; ce sera, à bref délai, l'arrêt.

(4) Et nous nous plaignons de nos prochains cinq milliards!

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