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toujours de l’argent, pour la guerre comme pour la paix. Sans doute, il rejette dans ses affaires les bénéfices qu'il fait (ce qui ne l'empêche pas d’avoir de gros intérêts à l'étranger) et 1l ne cesse d'accroître son outillage pour augmenter sa production. Mais qu’il aille à l'étranger, qu'il reste sur place, l'argent, en période critique, est toujours difficile à réaliser. C’est très joli de dire : Je vendrai mes valeurs étrangères! Mais à qui? Aux Allemands? Aux Anglais? Aux. Russes? Pour vendre, il faut un acheteur : où serait l'acheteur ?.….
Mon interlocuteur me dit encore :
— Il est certain que notre pays est en voie de transformation économique. Nos industries prennent, depuis quelque temps, une extension remarquable. Mais comme on voit bien que nous ne sommes pas en Allemagne! L’Allemand, dès qu'il a gagné cent mille francs, les laisse dans son industrie pour la développer; le Français. lui, les aligne dans son coffre-fort et, se frottant les mains, se dit : « Encore quelques années comme celle-c1, et je vendrai mon affaire : elle vaudra telle somme. » On vante à juste titre, chez nous, l'esprit d'économie, mais 1l a ses excès. Rien ne nous dit d’ailleurs que le goût de l'épargne ne viendra pas aux Allemands. Alors ils cesseront d'augmenter leur fabrication et se constitueront des réserves. Ce sera pour eux l’âge du bas de
laine. En attendant ce moment, s’il doit venir, il faut souhaiter que les Français aillent, aussi souvent que possible, visiter l'Allemagne. Ils y apprendront bien des choses, qu'ils ne soupçonnent guère. Îls corrigeront en eux bien des préjugés. Car nous vivons, à l'égard de nos voisins. dans une incroyable ignorance de ce qu’ils sont, de ce qu'ils font, de ce qu'ils sentent, de ce qu'ils pensent. Nous n'avons idée ni de leur force réelle ni de leur richesse, ni de rien enfin de ce qui les fait agir... Voyons, vous qui venez de les regarder de près, quelle impression rapportez-vous?
À cette brusque question, je répondis sans me recueillir :
— Celle-ci : que si demain, dans une crise de criminel délire, nos deux peuples se heurtaient, ce nest pas en Allemagne seulement qu’il en faudrait chercher les raisons profondes et les responsabilités.
Le financier s'était levé, et, avec un srand geste de la main :
— Vous avez raison. Vous avez certainement raison. Mais c’est une vérité difficile à dire, impossible à faire admettre.
Notre entretien se borna là. Il avait aussi porté sur la situation du marché allemand en 1914, et. si je n y reviens pas, c'est que je ne pourrais que répéter les réponses de l’homme d’État que je
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citais tout à l'heure. Cependant je dis encore à mon interlocuteur :
— Lorsque les Allemands protestenti qu'ils n’ont nul désir que leurs titres soient admis à la cote de Paris, les croyez-vous ?
__ Ce sont des gens pratiques. De la part de gens pratiques, serait-il raisonnable de confier à l'aventure d’un marché aussi impressionnable que le nôtre des valeurs qui seraient à la merci du moindre incident diplomatique, et pour lesquelles le premier souffle de panique serait tempête?
Ainsi s’exprima le financier. Le politique m'avait dit :
__ La rente allemande, les valeurs allemandes cotées à Paris? Ce serait, pour un ministre des Finances connaissant son métier, la possibilité de jouer à son gré, dans son cabinet du Louvre, sur le clavier allemand!
… Je n’ajouterai nul commentaire à ces consultations diverses. Peut-être offrent-elles des raisons de rectifier quelques erreurs auxquelles on a donné en France un trop long crédit. Rien ne sert de s’abuser. Ce n’est pas dans le mensonge, c’est dans l'observation virile de la vérité, que les peuples, comme les individus, doivent chercher leur vraie force etles éléments de leur confiance.
Caractères de l'éducation populaire. — L'idéal; de la règle. — Propos du bourgmestre de Berlin. — La rénovation historique de Karl Lamprecht. — Comment Boulanger et Delcassé sont présentés à des cadets. — Un bon tour de Bismarck. — Ce que disent les instituteurs. — La religion à l'école. — Comment on éveille les curiosités. — L'éducation civique et les bases de l’amour de la patrie. — L'esprit national est sans haine. — L'enseignement de l’histoire. — Pas de chauvinisme aux frais de la France. — Et le Sedantag? — Les tendances finales. — Les jeux guerriers : des Boërs aux Bulgares. — La Jeune Garde et les Chercheurs de sentier. — Pour le travail et la paix.
Dans la plupart de mes entretiens, j aimais à insister sur le caractère de l'éducation distribuée par l'Allemagne à sa jeunesse. Rien de plus essentiel. Ce qui se dit à l'école primaire est capital. Au gymnase et à l’université, l'élève et l'étudiant reçoivent un enseignement sur lequel s’exercent incessamment leur propre critique et celle de leur famille et de leur milieu. L'enfant de la classe populaire est, lui, tout entier livré, sans restriction ni contrepoids, à la discipline intellectuelle de l’école. De quelle force d'empreinte ne
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marquera-t-elle pas un jeune cerveau originellement docile, en une société où la règle est pour tous le premier motif d'action, parmi un peuple dressé .à accepter, comme vérités premières, la nécessité de la hiérarchie, le respect de l’autorité, la subordination de chacun aux conceptions immuables qui ont fait la grandeur de la patrie? Cet idéal de la règle, n’en exceptons pas même les socialistes, car ils ne s’en exceptent pas euxmêmes. Ce n’est pas en deux générations que la pratique d’une opposition politique et la poussée d’une revendication économique ont eu le temps de changer les âmes, et le jeune socialiste, tout autant que le jeune bourgeois et le jeune aristocrate, est fils de pères en qui n’a pas encore jailli l'esprit de révolte. Lui aussi, il faut qu'il obéisse, et l'esprit de la hiérarchie le tient. Une manmiestation socialiste, en Allemagne, est un défilé mitaire, où les hommes s’avancent en ligne et marquent le pas, et auquel il ne manque que des uniformes et des fifres. L'enfant de ce manifestant discipliné, placide et déférent, apporte à l'école primaire l’âme soumise qui est celle de sa race. Il y apporte aussi, très fortement plantée en lui, l’idée de patrie. Mais avec quels mots son maître, deux fois maître, puisqu'il est le guide et le chef, va-t-il lui parler de la patrie? Quelle image en dressera-t-il devant son âme avide ? Quels exemples
choisira-t-1il dans le passé pour les exalter? Est-ce un sentiment de tendresse joyeuse et douce qu'il s’efforcera d’éveiller en lui, ou va-t-il lui souffler un amour brutal et âpre? Quelle sorte de devoirs la patrie, parlant par sa bouche, exigera-t-elle qu’on lui rende?
Lorsque je demande au professeur Adolf Wagner si, dans l’enseignement historique, par exemple, les pédagogues allemands, à l’encontre de l'effort méthodique poursuivi par la pédagogie française, n’ont pas une tendance à borner l'étude de l’histoire au récit et aux dates des batailles, 1l me répond brusquement que je me trompe, et, comme j'insiste, 1l réplique d'un ton impérieux :
— On ne peut pas supprimer les guerres de l’histoire d'un peuple!
Qui parle de cela? Mais à cet enfant ignorant, dont le cerveau s'offre à vous comme une cire, si vous montrez une Allemagne exclusivement employée, tout le long des siècles, à tirer la rapière et à besogner contre ses voisins, sans autre idéal que d'acquérir des territoires et de garder ceux qu’elle a accaparés, quelle idée se fera-t-1l de la vie des nations? Est-ce donc le sens de l’éducation allemande? Comment la représentation constante d’une patrie haineuse et conquérante ne perpétuerait-elle dans ses enfants l'esprit de haine et de conquête? Et que ne pourrait-on appréhender
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