‹ L'énigme allemandeChapitre 4 sur 106 · REV ETE · texte numérisé non relu

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Quand un monarque, dans ses rapports avec ses ministres, met la nation en tiers, bon gré mal gré, il faut bien qu’il se résolve un jour à n’être plus que le serviteur de son peuple.

Vint M. de Bethmann-Hollweg. C'était la réaction. Lui-même s’en targuait. M. de Bülow avait gouverné avec les libéraux contre le centre catholique; on gouvernerait désormais avec les conservateurs et le centre contre les libéraux et les socialistes. On était le macon du bloc bleu-noir. M. de Bülow avait été un chancelier parlementaire; c'est le chancelier de l'Empereur qui, en protestation, se dressait parmi les plis augustes de la monarchie, et l’un des premiers actes de M. de Bethmann fut de déclarer devant le Reïichstag qu'au seul souverain appartenait le pouvoir de faire et de défaire, et que le Parlement était sans droit contre son représentant (1). Vains propos. Que voyons-nous? Le chancelier affecte de mépriser le parlementaire, maïs le parlementaire le tient. Le parlementaire exige le droit de faire désormais discuter par le Reichstag des interpel-

(4) Comment eüût-il pu tenir un autre langage? Les élections du 12 janvier 4912 ont donné environ 165 voix aux partis de droite (conservateurs, conservateurs libres, antisémites, centre) contre 201 aux partis de gauche (socialistes, libéraux et nationaux-libéraux). Le chancelier, qui s'appuie sur les conservateurs et le centre, aurait donc contre lui, en toute occasion, la majorité du Reichstag, si les partis y étaient disciplinés. En fait, il l'a souvent, et sa situation reste très précaire.

lations suivies de votes impliquant confiance ou défiance, et le chancelier, n'osant résister, s’y résigne en affectant la bonne grâce (1). Il dépose des projets de lois, mais, reculant devant des hostilités certaines, 1l les retire sans attendre la discussion. Il s’est péniblément constitué une majorité avec le centre catholique etles conservateurs, hier ennemis, réconciliés aujourd'hui dans la crainte de l'impôt; mais le centre, instrument des jésuites qui se cabrent sous la loi, secoue en srondant la chaîne qu’un geste de lui fera tomber, et le chancelier prend peur. Enfin il négocie, louvoie, ménage. Avec des mots différents et des talents inégaux, 1l est réduit aux mêmes tactiques que son prédécesseur. Il enfle la voix, mais nul artifice n’est plus capable d'en dissimuler le tremblement. L’altière dignité dont 1l essaye de se parer, est battue par le souffle libéral qui commence de soulever à son tour la grande mer du

(4) Le 30 janvier 1913, en vertu de ce droit nouveau, le Reichstag émit contre M. de Bethmann-Hollweg un vote de défiance, le premier dont un chancelier ait été l'objet dans l'assemblée impériale. Il était relatif aux expropriations polonaises ordonnées ou autorisées par le gouvernement, et il réunit 213 voix contre 97 et 43 abstentions. On vit, d'un côté, les socialistes, le centre, les Polonais, les Alsaciens-Lorrains et Danois. de l’autre, les conservateurs et les nationaux-libéraux. D'un coup, s’écroulait le fragile édifice élevé par le chancelier : le centre, sur lequel il s'appuie généralement, rejoignait les socialistes; les nationaux-libéraux, qui votent contre lui, le soutenaient cette fois, et les radicaux, ses adversaires habituels, s'abstenaient.

peuple allemand; et la hauteur d’un Bülow, qui porte en cranant son chapeau à plumes sur l'oreille, la bonhomie sévère d’un Bethmann, qui se proclame le soldat de l’absolutisme, recouvrent les mêmes faiblesses, les mêmes embarras. les mêmes dépendances.

Assurément, ce parlementaire, qui voit grandir sa force et commence à se sentir une capacité de commandement, n’en a pas encore appris l'usage, mais déjà 1l s’y exerce. On a bien vu, en de récents débats, jusqu'où pouvait aller sa liberté de parole, et le traité franco-allemand du 4 novembre 1911 ne reçut point de critiques plus âpres au Palais-Bourbon qu'au Reichstag. Mais à Berlin comme ailleurs, si vifs que soient les discours publics, c’est la censure des couloirs qu'il faut entendre. Conservateurs et socialistes, libéraux et hommes du centre, tous s’y donnent avec une indépendance et une vigueur dont on aura tout à l’heure une idée, en écoutant M. von Laszt. Ils ne ménagent n1 les ministres, n1 les fonctionnaires, n1 le système, ni le souverain, et, s’1ls n’osent pas toujours, s'ils n'osent pas encore, transporter en séance leur opinion totale et la traduire en actes, la hberté de leur langage cherche ses revanches dans les propos privés. On en trouverait peu que satsfit la politique étrangère du gouvernement. Pour la plupart, elle est toute en incohérence, en boutades, en

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