‹ L'énigme allemandeChapitre 48 sur 106 · PETER · texte numérisé non relu

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fût scellée; elle a eu, pendant plus de sept ans, pour prétexte permanent, le Maroc. Je vois au contraire qu'elle a patiemment donné à la Russie tout le temps de se rétablir, qu'elle n’a rien tenté pour interrompre votre flirt avec l'Angleterre, enfin que, dans l'affaire marocaine, à Tanger, à Algésiras, à Casablanca, à Agadir, guidée par une triomphante diplomatie, elle n’a pas cessé, fût-ce avec fracas, de reculer... Ma parole, si l'Allemagne est votre ennemie, je vous en souhaite beaucoup de pareilles! Et vous n’avez pas voulu voir, aveugles Français, à quel point elle souhaitait de devenir votre amie! Pourquoi votre amie? Oh! ce n’était pas seulement par sympathie pour un grand peuple intelligent, industrieux et cultivé; c’est parce que, par une telle alliance, la paix du monde eût été définitivement assurée : voilà comment l’Allemagne est belliqueuse!

— S1 elle est pacifique, pourquoi ne cesse-t-elle d'augmenter ses armements? Pourquoi son patriotisme prend-1l si aisément des formes agressives et impérieuses? Pourquoi?

— Voilà bien, fit en m'interrompant mon interlocuteur, les questions que j'attendais. Et combien de fois me les a-t-on posées en France? Je pourrais vous dire que si l'Allemagne augmente ses armements, c'est que, n'ayant aucun dessein d’attaquer, elle veut cependant se garder contre toute

surprise ets assurer les moyens de vaincre; et je vous donnerais d’autres raisons encore, qui seraient également valables. Maïs c’est une façon de discuter qu'il faut laisser, toute légitime qu’elle soit, aux polémiques des journaux. Je pense que vous êtes venu en Allemagne pour entrer un peu plus avant dans le sujet et pour connaître, au delà des motifs superficiels et éphémères, les raisons profondes des choses. Je vous dirai done que, s’il est difficile, en effet, de pénétrer l’âme d’un peuple étranger et d’y reconnaître le jeu des mobiles secrets, il n’est pas permis, en tout cas, à qui essaye de le comprendre, d'ignorer son histoire. Combien de Français connaissent la nôtre? On leur enseigne des noms de souverains, des dates de batailles et. de traités, tout le tohu-bohu des perlidies, des haines, des violences, des réconciliations, qui sont, en tous pays, la matière des précis historiques; on leur dit que l’Allemagne, jusque hier, était une fiction, que toute la civilisation occidentale s’est développée sans elle, en dehors d'elle... Mais l’histoire vraie, j'entends celle des idées, des mœurs, qui s’atteste dans les écrits des contemporains, qui, d'âge en âge, s’élabore, se précise, évolue, qui s’en informe? Vous voulez savoir ce que pense aujourd’hui l'Allemagne, vous cherchez la direction de ses forces vitales? Est-ce donc hier ou ce matin qu’elles se sont mises en

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