À OX
mouvement”? Allez-vous négliger ces liens mystérieux qui, à travers le temps, donnent à une race son unité et lui font une belle continuité? La vérité, si vous la cherchez d'un cœur sincère, n’est pas dans le spectacle d’un jour. Elle est dans l’étude du passé. Elle est ici, dans ce livre : c'est lui qui vous répondra!
Le voyageur frappait, du plat de la main, sur l’ouvrage qu'il lisait tout à l'heure et qu'il avait posé sur la banquette!
— Qu'est ce livre? fis-je.
— C’est un livre d'histoire — ce n’est qu'un livre d'histoire. L'histoire des idées en Allemagne depuis Frédéric I, c’est-à-dire, en réalité, si l’ouvrage justifie son objet, tout le mécanisme moral de l'Allemagne moderne. Cette Allemagne, qui de plus en plus tend à s’unifier, vient de loin, monsieur, et ce patriotisme, que vous trouvez impérieux et agressif, n’est tel sans doute que parce qu’il est tout neuf. Mais vous auriez tort de nous le reprocher; vous êtes pour beaucoup dans son épanouissement : votre Napoléon, sur le champ de bataille d’Iéna, fut un grand fabricateur de patriotisme germanique. Après lui, à travers toute la terre allemande, il ne fut plus permis à personne de répéter le mot de Gœæthe : « J'étais fré-
déricien. » Car on était, au dix-huitième siècle, « frédéricien », on était pour le roi, contre le
Saint-Empire, et, au-delà de cette fidélité au roi de Prusse, les meilleurs Prussiens alors ne voyaient rien d'autre.
— Pour les meilleurs Francais du dix-huitième siècle aussi, le roi, c'était toute la France.
— Même forme de patriotisme, je le veux bien, mais qui, ici et là, enveloppait des sentiments très différents. En France, dans ce pays depuis longtemps unilié et centralisé, fondu et pétri au creuset d'une histoire plusieurs fois centenaire, la foi royale est le nom que prend la foi nationale; elle enferme déjà, à peu de chose près, tout le patriotisme moderne, que votre Révolution va exalter en le révélant à lui-même; et l’amour du roi n’est, en somme, que l'amour de la nation représentée par le roi. Mais chez nous ?... L'Allemagne n’est ni un État ni une nation; l'Allemagne n’est rien, pas même un nom; et le Saint-Empire romain luimême n'est plus qu’un organisme vieilli, sans prestige et sans force, dans lequel et autour duquel de petits États misérables traînent une existence difficile. Personne ne se rencontre pour essayer de galvaniser ce grand corps disloqué; personne, n1 homme d’État, ni écrivain, ni poète, pour tenter d'en faire jaillir une force solidaire; bien pis, il y a des gens pour traiter d’extravagants et de chimériques dangereux ceux qui osent rêver de la possibilité de constituer un esprit national, et c’est
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