‹ L'énigme de CharleroiChapitre 11 sur 53 · LES DOCTRINES DE VON SCHLIEFFEN · texte numérisé non relu

LES DOCTRINES DE VON SCHLIEFFEN

Le mouvement tournant, par la Belgique est donc fonction de ce grand dessein militaire : l'aile droite de l'armée aUemandc représente une des branches de la tenaille, de même que les armées du ])rince de Ba\'ière et de von Heeringen représentent l'autre branche dans l'Est : elles vont simultanément audevant l'une de l'autre, avec cette différence toutefois que l'armée de l'Ouest devant déboucher dans le voisinage de Paris et ayant pour mission de couper l'armée française, d'abord de la mer, puis de la capitale, on l'organise avec un soin spécial, on la comble en quelque sorte de tous les réconforts matériels et moraux, on prend toutes les précautions stratégiques et tactiques pour assurer, autant qu'il est humainement possible, le succès de son importante mission.

Comment les Allemands conçoivent-ils ce mouvement d'enveloppement par l'aile droite ?

Ici encore, nous avons des documents formels. Un brochure qui semble avoir été écrite sous l'inspiration de l'ancien généralissime von Moltke, intitulée La Bataille de la Marne, expose, en ces termes, le caractère et l'objet du mouvement tournant dont l'aile droite était chargée :

« Le gouvernement allemand avait prévu qu'il n'avait pas à se fiera la Belgique et, en effet, les pièces trouvées à Bruxelles après roccupation allemande (i) ont prouvé combien les cercles militaires allemands ont eu raison

(i) On connaît la fable que la propagande allemande a tenté d'accréditer aa sujet des pièces établissant un soi-disant accord militaire entre l'Angleterre et la Belgique, C'est une de ces mirifiques inventions comme la t garnison française à Liège ■, les • avions de Nuremberg > qui ne tiennent pas debout mais qui ont servi à tromper et à entraîner l'opinion allemande Voir, à ce sujet, //isioiV* dt 'a Gutrrt de 1914, II, 173.

de demander, pour les troupes allemandes, le passage libre en Belgique, afin que les Belges ne puissent tomber sur le dos des armées allemandes quand celles-ci seraient entièrement occupées en France.

a Le grand état-major allemand avait résolu de jeter tout d'abord la plus grande partie des troupes disponibles vers l'Ouest et de confier à quelques corps d'armée seulement la garde des frontières orientales... Entre Thionville et Aix-la-Chapelle, on comptait faire passer la masse principale des troupes disponibles et attaquer la France par la Belgique et le Luxembourg, tout en s'efforçant d'étendre toujours davantage l'aile droite vers la mer.

« Par cette conversion géniale de la droite.on espéreiit, au moyen d'une grande courbe passant par Bruxelles- Valenciennes-Compiègne-Meaux, à l'est de Paris, pouvoir rejeter l'armée française au delà de la Meuse, de l'Aisne, de la Marne, peut-être même au delà de la Seine, pour déborder au sud de Fontainebleau et envelopper ainsi la ligne française. D'autres parties de l'armée, particulièrement des corps de réserve et de landwetir, devaient alors pousser en avant de Dunkerque et Calais jusqu'à la côte pour empêcher de nouveaux débarquements anglais,.. •

Voici maintenant l'exposé de Stegemann :

« Le plan de campagne allemand s'appuyait sur cette considération que c'était une mesure de conservation personnelle pour l'Allemagne d'atteindre le territoire français aussi rapidement et aussi sûrement que possible, de l'envahir définitivement par un point faible et d'imposer ainsi sa loi à l'adversaire. Comme une entreprise conduite entre Meuse et Moselle eût été très incertaine et qu'elle eût produit, en même temps, une sursaturation de troupes, serrées les unes contre les autres, dans cet étroit espace, l'offensive par la Belgique devint la pensée maîtresse de toute la manoeuvre. Sur cette

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