‹ L'énigme de CharleroiChapitre 36 sur 53 · VICTOIRE ALLEMANDE INCOMPLÈTE · texte numérisé non relu

VICTOIRE ALLEMANDE INCOMPLÈTE

A la suite de l'extraortlinaire effort demand<^ aux troupes allemandes, malgré le bénéfice de l'initiative et de la surprise, si le succès tactique ne s'était pas refusé, le succès stratégique restait douteux. En fait, les armées alliées n'étaient ni tournées, ni coupées, ni détruites.

Les armées alliées ne sont pas tournées. Ni les armées allemandes n'ont atteint, selon leur desseia Dunkerque et Calais, ni elles n'ont rompu le barrage constitué par l'armée d'Amade. Elles ont manqué d'audace ; peut-être à bout de souffle, elles se sont arrêtées devant l'obstacle, imprévu pour elles, qui leur était opposé. La vue si judicieuse du général Joffre — qui, si l'on va au fond des choses, inaugure ainsi, dès le 16 août, la manœuvre de flanc, initiatrice de la bataille de la Marne — a fourni, du tac au tac, une riposte au coup de la surprise et de la trahison.

C'est la contre-surprise. Jusqu'à la fin de la bataille des Frontières, elle va contenir \'on Kluck et même le déborder.

Aux premières heures, l'aveuglement des chefs allemands les empêche de démêler cette sage escrime et de deviner ses suites ; mais ils seront bien obligés de l'admettre par la suite. C'est à un écrivain mili: taire allemand que nous empruntons cette conclusion - « C'était, sans nul doute, l'intention de von Kluck, de couper French du côté de la côte et de rejeter ses troupes sur Maubeuge. Si la retraite de French a pu s'accomplir dans un certain ordre, les Anglais le doivent au général d'Amade qui, avec la 61® et la 62^ divisions de réserve (ajoutez les quatre divisions territoriales), se tenait près d'Arras et menaçait le flanc droit de l'armée allemande. » (Kircheisen, fasc. 20.)

H L'ÉNIGME DE CHARLEROl

<f Menaçait le flanc droit de l'armée allemande... » tout est là : l'enveloppement est reconnu. D'ailleurs, les faits parlent. Que von Kluck fût ou non exacte- . ment renseigné sur les forces que ses avant-gardes rencontrent à Tournai et qui protègent Lille, Dunkerque, Calais, son état-major constate la présence d'une armée sur son flanc droit ; il suspend sa course vers l'Ouest et se rabat, à la suite des armées alliées, vers le Sud. Il manque Lille, Dunkerque, Calais, la mer ; il manque le débouché prescrit sur Amiens et sur la vallée de la Seinre à l'Ouest de Paris. Le grand mouvement avorte. Plus tard, il est vrai, on retrouvera Lille et Douai ; mais Dunkerque, Calais, le Havre, on ne les aura pas.

L'armée alliée n'est pas tournée ; et elle n'est pas coupée. Tel était cependant le plan, subsidaire peutêtre, mais non moins soigneusement combiné, du grand état-major allemand.

Dans la préparation du piège, les armées allemandes avaient été, ainsi que nous l'avons indiqué, gardées le plus longtemps possible dans le Luxembourg belge et le duché du Luxembourg, et comme cachées dans les forêts des Ardennes. Puis le mouvement tournant s'était déclenché, et les 2^ et i^^ armées s'étaient mises en marche. Cependant une armée, un peu moins importante en nombre, était restée pour ainsi dire'au nid : c'était^' armée saxonne, l'armée von Hausen. Le projet de l'état-major allemand était de la détendre comme un ressort à l'heure opportune en la dardant sur la Meuse à la jonction de notre 4^ armée (de Langle de Cary) et de notre 5^2 armée (Lanrezac). Là, elle devait passer la Meuse vers Dinant, Hastière, Monthermé. rompre la ligne

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