ÉCHEC DE VON HAUSEN
française et se jeter sur les communications de la 5e armée, tandis que celle-ci serait encore engagée dans les combats de front contre Bulow et Kluck. Projet conçu avec une sagacité redoutable et si soigneusement exécuté que notre haut commandement ne connut Texistence de l'armée von Hausen que quand elle eut débouché.
Mais, de ce côté encore, le général Joffre, dès le début, avait paré. Son sentiment formel était qu'il ne fallait, à aucun prix, laisser se produire un vide quelconque entre sa 5^ et sa 4^ armée. Aussi, avec une insistance remarquable et qui forme le trait principal de ses instructions réitérées, il s'était refusé toujours à laisser la 5^ armée s'éloigner vers l'Ouest ou remonter trop au Nord et il avait confié le soin de garder ces contacts à ce que ses armées comptaient de plus solide, le i^^ corps de la 5^ armée et le 9^ corps de la 4^ armée, renforcés par la 52*^ et la 51^ divisions de réserve.
Si bien que, quand l'armée von Hausen se présente, elle trouve à qui parler. Les faits exposés dans l'Histoire de la Guerre de 1914 étabhssent que le 9^ corps (général Dubois) contient l'armée von Hausen vers le Sud, que la 52^ division de réserve (général Coquet) l'empêche de déboucher au centre et que, comme cette armée a franchi la Meuse, le 23, en refoulant la 51^ division de réserve, à Hastière-Onhaye, le i^^ corps (général Franchet d'Espérey) se retourne vers elle d'un superbe mouvement et jette l' avant-garde du XIP corps saxon à la rivière. Si l'armée allemande eût passé, tout était compromis : mais elle ne passe pas. Désormais, le 9® corps, puis d'autres unités qui vont former la 9^ armée Foch, se sont accrocliés à
ses flancs, et, jusqu'à la bataille de la Marne, ils ne la lâcheront pas.
Ici encore, nous avons l'aveu des Allemands : l'erreur de von Hausen, qui le fit bientôt écarter des cadres de l'armée, est appréciée en ces termes : « Ce n'est que le 23 acût que la Meuse fut franchie. Si l'étatmajor de la III^ armée (armée saxonne von Hausen) avait pris de meilleures dispositions, le passage de la Meuse aurait pu être effectué bien plus vite. Ce retard a, sans aucun doute, contribué aux insuccès de l'armée allemande au commencement de septembre et les forces allemandes marchant si^r Paris ont dû être groupées différemment. » (Kircheisen.)
Enfin, l'armée alliée n'avait pas été détruite ; c'était le véritable résultat que se promettait la manoeuvre : découvrir Paris, faire le chemin libre à l'armée allemande de l'Est, celle-ci débouchant par la Trouée de Charmes.
Or, ce but plus général était aussi manqué. L'armée britannique et l'armée Lanrezac se retiraient par ordre ; on ramenait même la garnison de Namur. La plupart des corps de l'armée alliée étaient intacts. Le i^^ corps ne s'était engagé que dans le combat, considérable au point de vue stratégique, mais insignifiant au point de vue tactique, d'Hastière-Onhaye ; les corps qui avaient été le plus éprouvés, le 10® et le 3^ corps, avaient, sauf un moment de désarroi au 3« corps, conservé un moral excellent et une confiance inébranlée. Le 18^ corps ne s'était trouvé engagé que le 23 et il était resté sur l'impression d'un succès. Les deux divisions de réserve du général Valabrègue n'avaient pas donné. Si le corps de cavalerie était fatigué par sa grande randonnée et les engagements