‹ L'énigme de CharleroiChapitre 38 sur 53 · SOLIDITÉ DES CORPS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SOLIDITÉ DES CORPS FRANÇAIS

soutenus en Belgique, il était déjà remis par deux jours de repos et les services qu'il allait rendre pendant la retraite prouveront qu'il n'était rien moins qu'anéanti.

L'armée britannique avait combattu quelques heures, le 23, au Sud de Mons, et elle avait pris très rapidement le parti de la retraite. Si les premières journées de cette retraite avaient été assez dures, l'armée du maréchal French, qui n'avait eu qu'un peu plus de 2.000 hommes hors de combat et se trouvait renforcée, le 25, par des troupes nouvelles, était encore un adversaire redoutable pour le jour où elle se retournerait. L'armée d'Amade recevait continuellement des renforts et des armes ; ses troupes s'habituaient au feu ; d'ores et déjà, elle était une grande gêne pour l'extrême droite allemande.

Non, ce n'était pas une armée anéantie : les soldats pensaient que les premiers engagements ne prouvaient rien et que c'était une affaire à reprendre. Tous disaient, écrivaient : « Nous n'y comprenons rien : nous reculons et nous ne sommes pas battus. » Dans ce sens, les témoignages abondent. Nous en citerons quelques-uns ; car il importe d'établir cette vérité, qui, seule, explique les événements ultérieurs :

Un spectateur assiste à la retraite du i^^ corps

« Des pas nombreux, le bruit d'une troupe en marche. En longue colonne, les 8^ et 110^ pénètrent dans le village, marquant la cadence, l'arme sur l'épaule. Ils ont encore fiera mine, ces beaux régiments, si éprouvés en Belgique ; cependant, la fatigue des nuits sans sommeil, à la belle étoile, des rudes journées de combat, est peinte sur les traits des soldats ; elle y accuse des rides profondes. (Le Mesnil, 25 août.) »

Autre témoignage venant d'un étranger taisant partie des ser\àces de santé :

« Nous marchons toute la journée, arrêtés souvent par des régiments français qui défilent en bon ordre. Route de Couvin-Cendron, 25 août.) »

Autre témoignage, provenant d'un civil français appartenant à une des municipalités de la frontière :

« C'est la retraite qui commence ; l'artillerie venant de Macquenoise forme son parc au pied du fort ; l'infanterie cantonne dans les quartiers entre la gare et la mairie. A l'état-major, on travaille sans relâche. Beaucoup de maisons sont fermées et cela rend dif&cile le logement des officiers. Arrivent, à 11 heures du soir, les logements des régiments de zouaves ; les fourriers harassés sont assis sur les marches de la mairie. On perçoit chez eux un sentiment de sourde colère d'une lutte inégale, du mécontentement, mais aussi une jerme résolution de prendre leur revanche. Vers minuit, les régiments arrivent un peu décousus. On devine des troupes qui ont eu à retraiter en pleine action. (Hirson, 25 août.) »

L'armée reste en possession d'elle-même. Ses chefs pourront obtenir d'elle tout ce qu'ils lui demanderont. Loin de se sentir diminuée, elle s'offrira plus aguerrie, plus expérimentée, animée de cette ferme résolution de prendre sa revancfie.

C'est ce que le haut commandement allemand veut ignorer, et ce que le haut commandement français n'a qu'à constater ; et c'est pourquoi celui-ci ne considère pas la partie comme perdue et, comptant sur ses troupes, s'appHque à leur rendre l'initiative.

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