I. — CE QUE l'on sut DE LA « BATAILLE DE CHARLEROI
Les premières semaines de la guerre avaient paru favorables. La double invasion de l'Alsace méridionale par Mulhouse, les premiers incidents de l'offensive française en Lorraine, les succès des Russes en Prusse Orientale, les victoires serbes, tout donnait confiance Jusqu'au 20 août, on était resté dans l'ignorance au sujet de l'emplacement des armées et des desseins des deux adversaires ; on savait seulement que la mobilisation et la concentration françaises s'étaient accomj hes à men^eiUe et que nos troupes occupaient, sur la frontière, les places assignées par les plans de l'étatmajor.
Le communiqué du 19 avait confirmé la nouveUe que l'armée française, prenant l'offensive, avait atteint Delme et Morhange. en territoire annexé
De Belgique, depuis la prise de Liège, les nouvelles étaient rares. L'aflaire de Dinant, le 15 heureuse poiir nos armes n'avait pas eu de suite ; rien ne s'était dessine jusqu'au 18.
lo L'ÉNIGME DE CHARLEROI
Soudain, le iq et le 20, on apprend, coup sur coup, la marche en avant des armées allemandes, le passage de puissantes colonnes de toutes armes sur les routes du. territoire belge, une invasion formidable s'étendant comme une nappe sur le pays. La résolution, prise par le gouvernement belge de ramener son armée à l'abri du camp retranché d'Anvers, éclata comme un aveu d'impuissance et le phis impressionnant des présages.
Le 21, on eut la nouvelle de l'échec de nos armées de l'Est en Lorraine. Le communiqué du 21, à minuit, reconnaissait que « nos troupes avaient été ramenées en arrière... ; » il ajoutait : « L'importance des forces engagées ne nous eût permis de nous maintenir en Lorraine qu'au prix d'une imprudence inutile. »
Eh quoi ! Il y avait donc une puissante offensive allemande sur la frontière lorraine, outre celle qui se produisait par la Belgique ! L'anxiété redoubla. La Belgique était-elle abandonnée ?
Le 22 août, l'opinion était saisie de l'intention du gouvernement français de venir en aide militairement à la Belgique :
« La France est résolue à faire tout pour libérer le territoire de son alliée. Elle considère que son devoir n'aura été entièrement accompli que lorsqu'il ne restera plus un soldat allemand en Belgique. »
vSous la rhétorique du texte officiel, on entrevoit une espèce de programme militaire :
« Il n'a pas été possible, en raison des nécessités stratégiques, de participer plus tôt avec l'armée belge à la défense du pays ; mais les engagements que nous avons