LA VRAIE CONCILIATION
Christ ; faits dont il veut tenir grand compte dans sa philosophie, parce qu'il y voit un élément capital de la réalité.
Le chrétien croit à un Dieu personnel, créateur du monde, qui veut et qui peut réaliser le bonheur de l'homme. La philosophie chrétienne de Charles Secrétan va donc se trouver en présence des doctrines qui s'opposent à de telles croyances, à savoir : du panthéisme, qui est l'attitude habituelle des philosophes par rapport au problème de Dieu, et qui s'oppose à l'idée d'un Dieu personnel ; de l'évolutionisme, issu des sciences de la nature et qui s'oppose à l'idée de création ; du pessimisme, fruit amer du cœur humain en détresse, qui s'oppose à la croyance au Bien. Au lieu de combattre ces doctrines adverses, comme un autre n'aurait pas manqué de faire, Secrétan estime qu'elles renferment quelque chose de vrai, dont il faut aussi tenir compte : au lieu de les combattre, il va les absorber.
N'allez pas croire cependant qu'il soit éclectique. L'éclectisme est le contraire de la philosophie : c'est l'attitude des esprits qui n'ont pas la force de penser profondément. Or Secrétan
LE PROBLÈME DU MAL l3
est vraiment philosophe ; il ne choisit pas, il absorbe. Il part du panthéisme, qu'il accepte tout entier, il admet l'évolution de l'univers, il admet l'existence du mal, du mal profond, du mal radical, et il aboutit pourtant à la conclusion chrétienne que Dieu, premier principe de l'univers et seul créateur du monde, assure k la fin du compte le bonheur de l'homme.
Chaque philosophe a coutume de s'attaquer à un problème qui lui paraît central, et de chercher un principe qui puisse en donner la solution. Le problème auquel se rapporte la philosophie de Charles Secrétan est celui qui s'impose à tous les esprits. Savants ou ignorants, si peu que nous réfléchissions sur la vie, dès que nous tâchons de la comprendre, le problème du mal surgit devant nous. La vie n'est que le passage du néant au néant. La loi de la vie n'est autre chose que le carnage universel ; la vie se nourrit de la mort. Si les tigres dévorent les gazelles, si les chats croquent les moineaux, si les moineaux gobent les moucherons, en revanche les êtres les plus infimes et