L UMTÉ DE LA CREATURE
se réalise ; mais elle ne peut se réaliser que par son propre acte, autrement elle ne serait pas liberté. »
La créature première, dont on devrait écrire le nom avec un G majuscule, est tout autre chose que les individus innombrables qui nous apparaissent aujourd'hui. La raison comme l'expérience s'accordent à nous prouver l'unité primitive de la primitive Créature.
« L'absolue liberté, dit Secrétan, impliquant la parfaite intelligence, il est évident que tous les éléments qui. dans une sphère quelconque, se trouvent enchaînés entre eux par des rapports quelconques, toutes les choses qui influent en quelque manière les unes sur les autres, sont comprises dans une seule et même volonté de l'Absolu ; car un terme étant lié aux autres dans une parfaite intelligence comme dans la réalité, vouloir l'un c'est vouloir les autres. »
« ... Les choses de ce monde influent toutes les unes sur les autres : elles soutiennent les unes avec les autres des rapports de causalité. Nous ne connaissons que la plus faible partie de ces rapports ; mais ils s'étendent à tout, la raison nous oblige de l'affirmer. Les mers, les montagnes, la distance du
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pôle, font les climats et les mœurs des hommes ; les hommes, à leur tour, diguentles mers, percent les montagnes et changent les climats. Ils détruisent les races des animaux et des végétaux pour leur en substituer d'autres. En un mot. lliomme agit sur la nature, comme la nature agit sur l'homme. L'influence de la nature sur l'humanité n'est pas bornée à notre globe : elle n"a pas de limites matérielles. Notre vie de chaque instant, toute l'histoire de notre race, sont réglées par le mouvement de la terre, qui obéit à l'attraction du soleil, déterminé lui-même dans sa marche et dans tout son être par les astres ignorés, compagnons de son existence. Les rayons de l'étoile la plus lointaine, éteinte peut-être depuis des milliers d'années, éclairent le chemin du voyagem- et portent dans son àme de douces ou de graves pensées. »
Un être libre doit se déterminer lui-nicMne. ComiTient la créature libre va-t-elle se déterminer ? Elle est libre assurément, mais elle est aussi créature de Dieu. Il ne saurait être question pour elle de liberté absolue, car elle se confondrait avec Dieu lui-même ; il y aurait identité entre le Créateur et la créature, et Dieu
DEUX VOIES sOlJVKENT ^^
se trouverait au bout du compte n'avoir rien crée du tout. La créature n'a donc qu'une liberté relative, c'est-à-dire qu'elle trouve en face d'elle une autre liberté : celle de Dieu. Elle est en présence d'un ordre moral. Il y a devant elle un bien et un mal. Le bien et le mal ne sont pas antérieurs à Dieu. Ils n'existent pas tant que Dieu n'a pas manifesté sa volonté. Le bien est ce que Dieu veut ; le mal est ce que Dieu ne veut pas.
Un être libre, avons-nous dit, doit réaliser sa propre liberté. Deux voies s'ouvrent devant la créature : Ou bien elle peut naïvement profiter de sa liberté pour s'affirmer elle-même, comme étant sa raison d'être, son principe et son but. Ou bien elle peut se souvenir qu'elle est non seulement libre, mais créature de Dieu, et rendre à Dieu par amour ce que par amour Dieu lui a donné. Elle peut vouloir en toute chose la volonté du Dieu qui est son Créateur, vouloir comme Dieu, vouloir dans le même sens que Dieu, en un mot aimer Dieu. Et la création atteindra ce résultat magnitique d'ajouter à la perfection. Par un mystérieux sacrifice. Dieu avait renoncé pour sa créature à quelque chose