‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 30 sur 124 · LA CRÉATURE QUI AIME DIEU · texte numérisé non relu

LA CRÉATURE QUI AIME DIEU

c<f Supposons, dit Secrctan, que la créature aime Dieu, alors la lumière se fait>> dans l'âme encore obscure de la créature primitive, <<rElle trouve dans Tamour de Dieu sa lin. son accomplissement, la réalité de son être... La créature qui aime Dieu se fonde incessamment en Dieu, elle renouvelle incessamment en elie-mème la merveille de sa création. Elle renaît toujours jeune et toujours belle, car elle trouve en Dieu la vérité de son être, et la beauté, c'est la vérité ; si la beauté nous apparaît ici-bas comme un mensonge, c'est le monde lui-même qui est mensonge. L'âme respire en Dieu l'air et non pas le vide. Dieu est son élément, son lieu, sa patrie. Ce n'est qu'en le possédant qu'elle se possède, puisque la réalité de son être est tout entière dans l'amour qui l'a produit. En l'aimant, elle s'aime, car elle sait qu'elle est encore lui ; comme en l'aimant, Dieu s'aime luimême, sachant quelle, c'est encore lui, non pas tant ])arce qu'il la fait être que parce qu'elle l'aime. L'amour est la profondeur et la force, la source inépuisable de la foi-ce et de la profondeur. On peut le dire même de l'amour teri'estre, symbole impuissant de l'amour véritable, il y a plus de réalité, plus de substance et plus de lumière dans un sourire et dans une larme (jue dans tous les systèmes des sages. Comment un devient-il

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deux ? Gomment deux ne font-ils qu'un ? Ces énigmes qui coni'ondent la logique et qu'il faudrait pourtant déchiffrer si Ion veut s'expliquer le monde, le premier ignorant venu en a le mot. lorsqu'il aime. Il sait par cœur tous les mystères, il les sait si bien qu'il joue avec eux ; et le jeu lui-même est un mystère que les philosophes n'expliqueront pas de sitôt. Dans tous les jeux il y a quelque chose de l'amour. L'amour est la seule chose sérieuse, mais l'amour joue parce qu'il est heureux; il est heureux parce qu'il est libre, parce qu'il est liberté. Pour qu'il devienne un esclavage comme nous le voyons, il faut le renversement de tous les rapports. Aimer, c'est vivre, aimer, c'est se sentir vivre, aimer, c'est se posséder, aimer, c'est se donner, aimer, c'est se doubler. Aimer Dieu, ce n'est pas se doubler seulement, c'est affranchir son être, au sens le plus vrai, des limites de l'existence finie, c'est se donner la plus haute réalité possible, c'est s'élever soi-même à la puissance de l'infini. »

Supposons au contraire que la créature se pose elle-même comme étant son principe et son but. que va-t-il arriver? Elle se trompe ; ce n'est pas elle qui est son principe, ce n'est pas elle qui est son but : c'est Dieu. Il me semble

l'égoïsme fait mourir 49

qu'on peut comparer la créature, dans cette hypothèse, à une plante qui s'imaginerait naïvement que pour être plus forte, pour jouir mieux de sa vie, pour se concentrer mieux en ellemême, elle doit tirer à soi toutes ses parties et notamment toutes ses racines. Vous voyez ce qui arrivera. Non seulement la plante ne pourra ainsi ni se développer, ni s'épanouir, mais elle risque de se déraciner et de s'anéantir dans son entreprise insensée. De même si la créature primitive, au lieu de s'épanouir en Dieu par l'amour, veut se concentrer en elle-même par l'égoïsme, elle va se déraciner et mourir.

Au fond, le mal c'est la désobéissance :

«^ L amour, dit Secrétan, est la source de toute obéissance véritable, comme l'égoïsme est au fond de toutes les rébellions... Obéir à Dieu, c'est vouloir que Dieu règne ; lui désobéir, c'est vouloir qu'il ne règne pas... Le mal, partout où il se trouve, vient de l'égoïsme de la volonté créée. Cette volonté se rend elle-même égoïste j)ar sa propre détermination, dont le sujet ignore les conséquences, quoiqu'il en sente bien le caractère.

» Maintenant, dira-ton, Dieu est l'auteur de cette ignorance qui rend possible l'erreur ; il pouvait

5o UNE IMPERFECTION NÉCESSAIRE

éclairer rintellig^ence de la créature sur les suites de sa décision et il ne l'a pas fait. Nous l'accordons, si l'on A'eut. tout en répétant que cette ignorance est létat naturel d'une intelligence avant toute action de sa part ; mais cette considération ne nous suffit point ; la nécessité des choses, ou plutôt la nécessité de nos conceptions n'est jamais, dans notre système, le dernier mot d'une explication positive ; or ici nous avons le droit d'attendre une explication positive, parce qu'il s'agit de notre destinée et du plan de Dieu à notre égard.

» En vérité cette ignorance est un bien, car sans elle notre liberté primitive ne serait plus réelle, puisque tous les intérêts se trouveraient dans un seul plateau de la balance, et dans l'autre tous les maux et tous les dangers, sans aucun attrait. Ainsi le choix de la créature serait tracé d'avance, l'acte par lequel la créature se constitue perdrait son caractère moral, et le plan de Dieu, qui a voulu confier la destinée de l'univers à la liberté de l'être moral, ce plan d'un amour téméraire parce qu'il est inépuisable, n'aurait pas pu s'exécuter. L'imperfection primitive de la créature libre n'est pas seulement inévitable, elle est positivement bonne. Cette idée, conclut Charles Secrétan. est la seule qui puisse mettre notre esprit en paix. »

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