‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 31 sur 124 · CHAPITRE IV L A CHUTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV L A CHUTE

11 est temps que nous examinions quel a été le choix de la créature primitive. A une telle question, il est tout à tait impossible de répondre a prioi^i, par la spéculation pure. Mais l'expérience nous répond trop clairement pour nous laisser un seul instant dans l'hésitation. Il suffit d'un coup d'œil sur le monde qui nous entoure pour constater que la créature s'est tournée vers le mal. L'univers n'est-il pas le royaume de l'égoïsme? Nous sommes donc forcés d'admettre que la créature, voulant s'aflirmer elle-même et se concentrer en son égoïsme, s'est précipitée pour ainsi dire à son propre anéantissement. Nous sonnnes donc

02 LKS PREUVES DE LA CMÎ'TE

forcés d'admettre la réalité de la chute, au sens d'une catastrophe universelle antérieure à l'histoire. Deux grands faits, dit Secrétan, sont pour nous, par-dessus tous les autres, les preuves de la chute :

« i^' Dans le monde actuel, le mal moral s'impose à la volonté des individus.

» 2« Les conséquences du mal moral pèsent sur les individus indépendamment de leur volonté. »

Et d'abord c( le mal moral s'impose à la volonté des individus. Ceci ne doit pas être entendu dans un sens trop rigoureux. Si le mal pouvait nous être véritablement imposé, il cesserait par là d'être mal, et notre caractère moral disparaîtrait. » Mais la liberté qui subsiste en nous est tellement faible! ce Si, dans le moment où la conscience s'éveille, dans le moment où la lutte commence, les penchants qui nous portent au mal se sont déjà fortiliés et sont devenus des habitudes, si des préjugés immoraux étouffent en nous la voix intérieure, il est certain que l'équilibre est rompu, et que, sans être anéantie, la liberté se trouve au moins paralysée. Le mal est devenu très facile à vouloir et le bien très difficile; voilà dans quel sens nous disons que le mal sïmpose à la volonté.

LE MAL MOKAL 53

)> Eh bien, cette condition n'est-eîle pas celle du plus grand nombre? N'est-elle pas, jusqu'à un certain point, celle de tous les hommes, sans excepter les plus favorisés par l'éducation ou par les circonstances ? La conscience de chaque individu ne traduit-elle pas l'esprit de son temps et les mœurs sociales qui lont formée? Et les mœurs de tout pays, l'esprit de chaque époque ne consacrent-ils pas constamment des immoralités contre lesquelles s'élèvent déjà les consciences les plus éclairées, les plus indépendantes de cette époque et de ce pays ; sans parler des immoralités qui se dissimulent aux meilleurs, parce qu'ils en sont infectés eux-mêmes? Le niei' serait nier révi<lence. Ainsi la [)artie n'est pas égale. Nous ne traversons pas une mei' aplanie ; il faut nager contre le courant du mon<le. et le courant nous emporte.

»Et la chair?... Tel naît paresseux, tel voluptueux, tel colère... si mon tempérament me pousse au mal. est-ce ma faute? Et pourtant, il faut bien que ce soit ma faute, ou bien l'étoile de la justice s'éteint là-haut et notre boussole est menteuse. >:>

En second lieu, ce les conséquences du mal moral [K'sent sur l'homme indépendamment de sa volonté. >:> Pensez d'abord à la souffrance, à l'ignorance et à la misère.

54 I A. DOULEUR ET LlGNORANCE

cf Au fond la douleur est un désordre... Un Dieu juste et bon ne saurait faire souffrir l'innocence. Pourtant nous souffrons en naissant, nous souffrons sans doute avant de naître : un tiers du genre humain meurt sans avoir pensé, sans avoir parlé, sans avoir connu de la vie autre chose que la souffrance, et les petits enfants qui meurent ainsi sont les plus heureux d'entre nous...

» Et les peines du cœur, ce luxe de la souffrance, qui se mesure à la délicatesse de l'organisation, à la pureté des sentiments ! Plus nous aimons ici-bas, plus nous souffrons...

» Et l'ignorance, qui la guérira? — Ceux qui savent. Mais où sont-ils? et s'il y en a. qui les écoute ? Je ne sais ce qu'ont fait toutes les générations pour naître et mourir ainsi, mais dès les premiers jours dont l'homme a gardé la mémoire, le mensonge succède au mensonge ; nous buvons à longs traits l'erreur et l'imposture, sans que la source en semble près de tarir.

» La terre est trop petite pour nourrir ses enfants. Quelques-uns consomment ses biens en s'ennuyant ; ils n'ont rien fait pour être riches. Des millions ont faim ou se nourrissent mal ; ils n'ont rien fait pour être pauvres. Aussi parle-t-on de partager. Mais partager serait ruiner tout le monde. En abolissant la i)ropriété on tarirait la source de la richesse, le

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