‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 47 sur 124 · N EST QU UN MOYEN · texte numérisé non relu

N EST QU UN MOYEN

Mais il y a plus ; la théorie qui voit dans le proiçrès le bien par excellence succombe sous le poids de ses contradictions. Elle réclame un progrès à l'infini qui n'est pas un progrès du tout. En effet, dès le moment où le but serait atteint, le progrès cesserait, et par conséquent le bien s'évanouirait. Et pourtant il n'y a de progrès véritable que celui qui rapproche d'un but, c'est-à-dire le progrès limité. Ainsi le progrès, quelle que soit la grandeur de son rôle, ne saurait être qu'un moyen. Le progrès indéfini, le progrès comme but, le progrès absolu est une idée contradictoire. Il faut donc reconnaître le progrès dans l'histoire avec une joyeuse gi'atitude; mais il faut bien se garder d'y voir le dernier mot de notre destinée. »

Jetons un coup d'œil sur les commencements de la Restauration.

A Torigine de notre univers il n'existait rien que la matière cosmique. C'est le premier degré de la Restauration, tout ce que Dieu a pu sauver de la créature primitive, engloutie dans son propre égoïsme. Cette matière élémentaire est pour ainsi dire de la vie éteinte ou mieux encore de l'esprit profondément

8o LA MATIÈRK ÉLÉMENTAIRE

endormi, qui ne pourra se réveiller que très lentement. Une telle conception n'est pas une pure fantaisie de métaphysicien, désireux de ramener la matière à l'esprit. Je la retrouve chez les plus grands penseurs et chez les astronomes les plus modernes.

En 1755, à Kœnigsberg, fut imprimé sans nom d'auteur un livre intitulé : Histoire universelle de la Nature et Théorie du Ciel, où il est traité de l'origine mécanique de l'Univers selon les principes de Newton. Cet ouvrage eut un malheureux sort : il était dédié k Frédéric le Grand, qui n'y a jamais jeté les yeux ; l'éditeur qui devait le publier fit faillite ; les exemplaires destinés à la foire de Leipzig n'y parvinrent jamais ; et le livre ne parut point. Son auteur était un jeune homme de 3i ans, Emmanuel Kant, qui, quarante etunansavantLaplace, exposait l'origine et la formation des astres. Je traduis de mon mieux un passage de ce mémorable traité, dont le style sévère n'est pas sans grandeur :

ce L'édifice du monde nous jette dans une muette stupeur par sa grandeur incommensurable, et par

D APRES EMMANUEL KANT Ol

la variété et la beauté infinies, qui éclatent en lui de toutes ,parts. Si l'imagination s'émeut à la vue d'un ensemble si parfait, un ravissement d'une autre nature saisit l'intelligence, lorsqu'elle considère comment tant de magnificence, tant de grandeur découlent dune seule loi générale, dans un ordre éternel et parfait. Le monde planétaire, où le soleil, placé au centre de toutes les orbites, fait parcourir, par sa puissante attraction, aux sphères habitées de son système des cercles éternels ; le monde planétaire s'est formé tout entier de la matière première qui, déployée dès l'origine, a constitué tout l'univers. Toutes les étoiles fixes, que lœil découvre dans la profonde immensité du ciel et qui semblent manifester une sorte de gaspillage, sont autant de soleils, centres de systèmes semblables. Et l'analogie ne permet pas de douter que ces systèmes, comme celui dans lequel nous sommes, ont été formés des particules les plus petites de la matière élémentaire qui remplissait l'espace vide, ce contenant infini de la présence divine. »

Qu'était cette matière élémentaire ? Ecoutez la réponse d'un savant astronome, M. Charles André, directeur de l'Observatoire de Lyon, mort en i^ii. Son témoignage est celui d'un

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