S-2 LA MATIÈRE ÉLÉMENTAIRE
savant très éclairé, mais étranger à toute croyance religieuse. On ne saurait le soupçonner d'aucune complaisance pour les dogmes (lu. christianisme. Je résumerai les premières pages d'un mémoire qu'il a écrit en 191 1 :
La masse entière des étoiles qui forment aujourd'hui l'ensemble dessiné par la voie lactée étant disséminée à lorigine dans tout l'espace que la voie lactée occupe actuellement, cette masse serait exprimée par un nombre de kilogrammes qui dépasse toute imagination. Ce serait un nombre de quarante chiffres, c'est-à-dire environ le nombre sept multiplié par lé nombre dix. à la quarantième puissance. Mais une telle masse, si elle était répandue uniformément dans l'espace en question, aurait une densité si faible que celle de riiydrogène dans les conditions dites normales lui serait vingt milliards de fois supérieure. Or un litre d'hydrogène pèse moins dun gramme, exactement neuf dixièmes de gramme.
<( A cet état, conclut textuellement M. André, à cet état, extrême degré de ténuité, en face duquel les vides les plus parfaits (suivant le langage ordinaire) que nous luiissions obtenir représentent des pressions dont Ténormité relative échappe à nos appréciations courantes, ce milieu peut-il être
SE RAMÈNE A DE l'ÉNER(,IK 83
encore considéré comme ce que nous appelons matière ? Et jouit-il des propriétés que nous attachons à ce mot? Gela nest pas probable. Ne serait-il pas formé d'éléments qui ne sont pas de la matière, mais de l'énergie? Les derniers résultats acquis par la science sur la nature électro-magnétique de linertie donnent à cette hypothèse un haut degré de probabilité. Quoi qu'il en soit, il est bien certain que, dans ce milieu éthéré primitif, dont la matière elle-même est issue, s'est emmagasinée une provision presque indéfinie dénergie dont la consommation consiste dans sa transformation en matière. Quel est le mécanisme de cette transformation? Nous lignorons, dit notre astronome, et toute cette période de l'existence de la voie lactée nous échappe absolument. »
L'hypothèse dont je me fais ici l'interpiète s'adapte donc sans peine aux conceptions scientitiques de l'astronomie moderne.