‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 68 sur 124 · I20 LE TEMPS EN LUI-MÊME · texte numérisé non relu

I20 LE TEMPS EN LUI-MÊME

le changement, le mouvement, viennent de l'action, de la liberté. Le temps naît donc avec l'activité qui produit le multiple, le temps naît avec la création. Demander ce qu'est le temps, abstraction faite des choses finies, le temps pour Dieu, c'est demander ce qu'est Dieu en lui-même, c'està-dire poser un problème auquel il est impossible d'imaginer une solution...

3 Le temps lui-même n'est rien sans les êtres qui le mesurent ; aussi n'est-ce pas le temps qui les dévore, comme le dit notre langage encore mythologique ; c'est leur imperfection ou, plus précisément, leurs contradictions intérieures. Le temps n'est que la loi des changements, et chaque espèce d'être a la sienne ; ainsi, dans l'éternelle durée, chaque être a son temps particulier. Autre est le temps pour la nature sensible, autre pour l'esprit. Dans la nature tout passe, tout se transforme, tout se renouvelle, tout meurt. Nous aussi nous changeons et nous mourons, non parce que nous sommes dans le temps, mais parce que nous appartenons à la nature.

» Dans notre esprit, tout se transforme également, tout s'altère, tout s'efface, parce que notre esprit est soumis à la loi de la nature. Mais cette nécessité des changements et de la destruction n'a pas sa source dans l'essence de l'esprit. Plus

n'est rien lai

l'esprit est puissant, plus Tesprit est esprit, moins il subit cette loi. Le sommeil et l'oubli sont les compagnons de la mort ; mais la mémoire est la mère des muses, la mémoire est le principe de la vie spirituelle, et la mémoire n'est rien de moins, pensons-y bien, que la négation du temps ou tout au moins la négation de l'élément privatif du temps, un triomphe sur le temps, la liberté vis-àvis du temps. Nos plaisirs, nos douleurs, nos pensées, nos résolutions, tous les actes de notre vie se produisent successivement dans le temps ; mais chacune de ces pensées, une fois conçue, n'est plus destinée à périr. Chaque fait accompli dans le temps produit une infinité de conséquences » et par elles « il est toujours présent désormais, toutoujours actuel...; l'ignorance et la faiblesse empêchent seules de l'apercevoir dans le présent. Ce qui engloutit nos pensées, nos sentiments, notre volonté, c'est l'oubli, c'est-à-dire le contraire de l'existence spirituelle. Reçus dans une mémoire sans oubli, c'est-à-dire dans une mémoire véritable, les fruits du temps jouissent d'une durée éternelle. Et par le fait, même ici-bas, les développements successifs de notre esprit se conservent simultanément ; ils vivent dans notre souvenir, non sans altération il est vrai, car toutes nos facultés sont impuissantes, mais enfin ils y vivent et

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composent notre substance spirituelle. Ainsi, dans la vie spirituelle pleine et franche, il y a développement, transformation, même création successive ; il y a pour Tesprit pur une distinction d'époques, un passé, un présent et un avenir, mais cette succession n'a point le caractère privatif que nous lui trouvons dans la nature sensible et dans tout ce qui participe à la forme de l'existence sensible. Pour l'esprit dans la vérité de son idée, le passé est encore un présent, du moins peut-il toujours redevenir présent au gré de la liberté. Il y a deçenir pour l'esprit, son être s'enrichit successivement, mais ce qui existe une fois est pour toujours. C'est ainsi que chacun de nous porte naturellement en lui-même son enfer et son paradis peuplés des actes de toute sa vie. Au point de vue spirituel, le principe sur lequel nous fondons notre espoir d'immortalité acquiert donc une évidence intuitive en sexpliquant par les analogies de l'expérience. Ce qui est réel est immortel, bien qu'il ait apparu dans le temps, bien qu'il soit l'œuvre d'une époque ; il sera toujours, bien qu'il n'ait pas toujours été.

lù ... Nous avons conçu l'humanité comme une puissance spirituelle, car sa substance n'est autre chose à nos yeux que la première volonté divine, la volonté créatrice. Nous comprenons l'individu

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