‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 70 sur 124 · CHAPITRE X LE DÉSIRÉ DES NATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LE DÉSIRÉ DES NATIONS

Après cette envolée vers le ciel, revenons sur la terre.

L'humanité primitive, fille de Dieu, est une pauvre créature déchue. Gomment Dieu va-t-il la relever ? Il ne servirait de rien à l'individu d'être libre, et partant immortel, si sa liberté n'était pas le moyen d'affranchissement de l'humanité, si son immortalité n'était que la cristallisation d'un effort inutile. L'apparition de l'humanité n'est pas le dernier acte du grand drame de la Restauration. Elle est au contraire l'origine d'une phase nouvelle, dont l'importance est pour nous capitale, puisqu'elle dure encore et que nous y sommes tous plongés.

IL FAUT QUE l'iNDIVIDU SE FORME 125

C( L'individualité de l'homme, dit Secrétan, est le trait dominant, le trait positif du monde historique. Le salut est remis aux efforts individuels ; l'individu est désormais l'agent de la restauration. Dans ces mots se trouve le secret de l'histoire. La créature, divine mais déchue, a revêtu la forme individuelle au commencement du monde, sous l'influence du Dieu sauveur. Le but de cette dispensation c'est que l'individualité naturelle s'accomplisse par la liberté, et que la divinité se rétablisse enfin dans l'humanité par l'acte libre d'un individu.

D II faut d'abord, disons-nous, que l'individu se forme ; l'existence naturelle, en effet, n'est que la condition de la véritable vie, qui est la vie morale ; l'individualité naturelle n'est que la base de la personnalité morale. Nous ne pouvons pas remonter au début de l'histoire; mais l'état le plus ancien de l'humanité sur lequel nous possédions des renseignements paraît avoir été caractérisé par l'absence ou par la négation de l'individualité morale. Les premières civilisations sont despotiques, les premières religions fatales. L'humanité semble n'être qu'une seule masse obéissant instinctivement à d'irrésistibles impulsions. On dirait que la malédiction de la chute pèse encore sur elle. Au lieu de transformer sa nature en liberté

lîïô l'homme primitif

par Fobéissance, elle a voulu s'affranchir de la règle intérieure, et nous la voyons succomber sous le poids d'une contrainte extérieure. Telle nous paraît Thumanité dans cette période, antérieure à l'histoire proprement dite, où l'autorité des religions mythologiques n'est pas contestée : humanité sans histoire, parce qu'elle est sans conscience d'elle-même ; humanité sans conscience, parce qu'elle est sans liberté. Les dieux n'ont pas encore de noms, ils assaillent la conscience humaine comme des fantômes... Les cultes païens ont été le résultat d'impulsions plus ou moins irrésistibles. Il suffit pour s'en convaincre de rappeler l'incroyable attachement des peuples anciens pour les usages les plus contraires aux sentiments de l'homme réfléchi, pour les sacrifices humains, par exemple. Quelle est cette sombre divinité qui oppresse ainsi la conscience des multitudes?

»... C'est le dieu dont l'homme a voulu secouer le joug, c'est la volonté créatrice primitive, car c'est la nature humaine, et la nature humaine n'est que cette volonté. La chute consiste en ceci, que l'homme se sépare du centre et se prend pour centre. Il s'adore lui-même ; il le peut, en raison de la divine origine des principes qui le constituent. Il y a deux principes dans l'homme,

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