‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 73 sur 124 · ASPIRATIONS CONVERGENTES · texte numérisé non relu

ASPIRATIONS CONVERGENTES

des Grecs est de ressaisir Funité de Thumanité et par là de rattacher l'homme à Dieu, idéalement, en spiritualisant la nature. La mission des Juifs est de réaliser Tunité humaine et l'union de l'homme à Dieu, réellement, pratiquement, en faisant descendre dans la nature le principe divin de la liberté, par l'incarnation du Messie. » Les Grecs ont leurs philosophes, le peuple hébreu a ses prophètes : ce La mission des uns est semblable à celle des autres, mais leurs chemins sont opposés. L'antiquité païenne, qui voit Dieu dans le monde, cherche la A^érité du côté des origines ; les regards du prophète sont fixés sur l'avenir. L'unité de la nature et de lesprit que le sage démontre en principe, comme une vérité de théorie exprimant l'essence des choses, le voyant la prédit comme un fait qui s'accomplira quand le temps sera venu. L'hostilité entre Dieu et le monde s'apaisera dans les jours du Messie : alors le désert fleurira comme la rose, alors l'enfant jouera auprès de la vipère et mettra sa main sans crainte dans le trou du basilic; alors les peuples monteront ensemble au sanctuaire.

» Ce que font chez les Grecs Platon et Aristote, Esaïe et Jérémie le font parmi les Hébreux : ils réveillent dans les consciences le sentiment de l'union à venir, ils font pénétrer dans les âmes

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individuelles le contenu de la loi. Au sein de la nation ils font surgir des hommes. x\lors aussi la nation, comme telle, a vécu, et la captivité de Babylone met fin à son indépendance. A la lumière prophétique comme à l'intuition spéculative succède la réflexion individuelle, qui s'applique à déterminer les règles d'une sage conduite et la manière d'obtenir le souverain bien. Seulement, comme le Dieu des Juifs est hors du monde, le souverain bien reste pour eux une promesse d'avenir. La loi est commentée par la libre réflexion, et des divisions pareilles à celles des écoles morales de la Grèce se produisent dans la synagogue. Si les stoïciens, en qui l'on voit se refléter le caractère juif, sont les pharisiens de la Grèce, les sadducéens, sectateurs d'un messianisme charnel, sont les épicuriens, c'est à-dire les païens de Jérusalem, tandis que la secte des esséniens rappelle assez le mysticisme d'Alexandrie, sur le développement duquel elle ne laissa pas d'exercer une certaine influence. L'opposition entre les deux principes du monde ancien est émoussée, et leurs représentants, réunis dans le même empire, obéissent bientôt à l'impulsion puissante qui les porte à se rapprocher. Les Juifs étudient la Grèce, les savants grecs traduisent et méditent les livres mosaïques, d

LE MOMENT EST ARRIVÉ iZj

Le moment est arrivé où Dieu peut intervenir. L'humanité, de mille manières différentes, dont nous avons seulement indiqué deux des plus caractéristiques, soupire après l'homme parfait qu'elle entrevoit confusément, qu'elle souhaite avec ardeur. Mais son aspiration par elle-même est impuissante. Plus elle cherche à réaliser l'idéal qu'elle entrevoit, plus elle sent qu'il est irréalisable. En chaque individu se rencontrent les fds innombrables d'une hérédité et d'une solidarité qui l'entraînent vers le mal, avant même que son caractère ait pu se former. On ne conçoit pas, à moins d'un miracle, que l'homme normal, vers lequel tous les hommes aspirent, puisse naître enfin sur la terre. Dieu viendra-t-il, encore une fois, au secours de sa créature ?

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