EST-ELLE UN FAIT NORMAL? I7I
plusieurs phases qui reproduisent à leur manière les grandes étapes de l'évolution des êtres vivants, durant les époques géologiques, jusqu'à la période contemporaine. Le petit embryon, qui doit devenir un animal supérieur, un mammifère ou un homme, commence par être tout pareil aux animaux les plus simples et les plus primitifs, aux protozoaires. Peu à peu il devient comme un annelé, comme un insecte ; il traverse les diverses classes des vertébrés ; il est poisson, il est reptile, avant de devenir mammifère.
Si notre être physique se développe ainsi, passant par des phases qui correspondent aux divers degrés de l'évolution vitale, il n'est pas surprenant que notre être moral subisse la même loi, et que l'homme traverse les mêmes crises que l'espèce humaine. La créature primitive, à partir de la chute, s'est développée en aspirant toujours à un état en apparence irréalisable où elle pourrait retrouver sa liberté, se connaître telle qu'elle est et reprendre à l'égard de Dieu sa situation normale. L'humanité a trouvé en Jésus celui qui lui a fait connaître à la fois toute sa
I ^a « CONVERTISSEZ-VOUS »
déchéance et toute la grandeur de l'amour de Dieu. L'humanité, en la personne de Jésus de Nazareth, a passé par la crise la plus douloureuse ; elle a perdu la vie pour la retrouver. De même l'individu se développe en aspirant à une condition meilleure, en cherchant à devenir plus grand, plus beau, plus heureux qu'il n'est présentement. Mais tous ses efforts seraient vains ; le péché originel aurait vite fait de le reprendre et de l'entraîner vers l'animalité, plus bas encore, vers la bestialité, s'il ne passait pas, lui aussi, par une crise qui est comme un don du Dieu sauveur à l'homme pécheur : je veux parler de la conversion. Quelle est au juste la notion chrétienne de la conversion ?
Les Evangiles nous rapportent qu'à l'entrée de son ministère, la prédication de Jésus fut la suivante : « Faites pénitence. » C'est la version catholique. Les prolestants traduisent : « Repentez- vous. » Mais ni le mot de pénitence, ni le mot de repentir ne rend exactement le terme original, qu'il vaudrait mieux traduire ainsi : « Convertissez-vous. » Le mot conçersion
c'est a dire « TRANSFORMEZ-VOUS » 178
est un terme latin qui indique le fait de se retourner. On regardait vers le nord, on regarde vers le midi ; on se dirigeait d'un côté, on va dans le sens opposé. Le mot s'emploie couramment comme un terme de tactique. Il est, quand on l'applique à la vie intérieure, exact et profond. Cependant il n'exprime pas encore tout le sens du terme grec qui se trouve dans le texte original des Evangiles, et que l'on traduit par pénitence, repentir, ou conversion. MsTccvoia veut dire un bouleversement de l'esprit, une transformation de la volonté. C'est proprement la nouvelle naissance, qui n'est point corporelle, mais spirituelle. La volonté régénérée, au lieu d'être tournée vers soi, ce qui constitue l'égoïsme, se tourne vers Dieu.
L'étude psychologique de la conversion, et notamment de la conversion religieuse, a montré qu'il existe des cas nombreux où l'individu passe par une crise douloureuse ; il se sent tout à fait mal à l'aise dans son état actuel, dont il aspire à sortir comme l'insecte à changer de peau. Cette phase pénible, qui peut être longue, aboutit à une sorte de