‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 82 sur 124 · SANCTIFIEZ-VOUS · texte numérisé non relu

SANCTIFIEZ-VOUS

déchirure et de brisement ; il semble que l'individu soit sur le point de succomber à l'amertume de sa condition ; mais bientôt, du fond de ce désespoir, jaillit un être nouveau, joyeux de vivre et d'être sauvé.

La conversion est justement la crise par laquelle l'individu refait à sa manière le sacrifice que Jésus a subi pour toute l'humanité. La conversion marque la fin du vieil homme, elle est le point de départ d'une vie nouvelle. Cette vie nouvelle porte, dans la langue religieuse, un nom qui a perdu pour la plupart d'entre nous son sens profond, tellement les prédicateurs et les théologiens l'ont rabâché à nos oreilles : celui de sanctification, mot un peu long, mais qui dit bien ce qu'il veut dire. La sanctification, c'est le fait de devenir saint, ce qui prouve qu'on ne l'était pas encore.

De même que Jésus est devenu fils de Dieu par les souffrances qu'il a subies, de même nous devenons à notre tour fils de Dieu par un travail intérieur qui part de la conversion. Pour mieux comprendre ce dont il s'agit, on ne ferait pas mal de substituer au mot latin de sanctification le terme grec qu'on trouve à sa place

c'est a dire «devenez parfaits» 176

dans les Evangiles, Stxatoauvy? ; on le traduit d'ordinaire par le mot justice, dont le sens est bien différent. La justice, en français, c'est l'égalité juridique : rendre à chacun ce qui lui est dû. Le mot âtxaroauvyj , aussi bien dans la langue classique de Platon que dans la langue vulgaire du nouveau Testament, dans les Evangiles comme chez Saint Paul, signifie proprement la perfection morale. « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Cet idéal de perfection, synthèse harmonieuse de toutes les vertus, la religion chrétienne a l'ambition inouïe de le réaliser chez tous les hommes. Une telle prétention n'est-elle pas téméraire ? Les faits vont nous répondre.

La vie morale d'un grand nombre de chrétiens, malgré leurs chutes et leurs faiblesses, atteint une hauteur qui ne se rencontre guère en dehors du christianisme. Il y a, chez plusieurs disciples du Christ, comme un reflet de l'harmonie divine dont rayonne l'âme de Jésus le Nazaréen, de ce parfait équilibre des qualités les plus diverses, la tendresse et l'énergie, la patience et

1^6 ACTION DE DIBU

l'enthousiasme, la perspicacité et la confiance. Il semble donc qu'à suivre l'exemple de leur maître, les chrétiens ne poursuivent pas tout à fait une chimère. Mais si le fait est devant nous, il nous reste à chercher son explication. Quelle est la cause véritable de la transformation du caractère que nous pouvons constater chez certains disciples du Christ? Nous trouvons ici encore deux thèses contradictoires. Suivant la première, la conversion du pécheur et la perfection morale vers laquelle il tend n'ont d'autre cause que l'action divine. C'est Dieu lui-même qui agit dans l'individu, qui le transforme, qui le rend parfait. On concède seulement que l'homme qui se convertit et se sanctifie, étant un être conscient, doué de raison et de sentiment, se rend compte de cette transformation, dont il sait bien qu'elle ne vient pas de lui, mais qu'elle est l'œuvre, en lui, d'une Puissance qui le dépasse infiniment. D'après la thèse inverse, il existe sans doute un principe idéal qui vient de Dieu, à savoir l'exemple sublime donné par Jésus ; mais c'est l'individu lui-même, par Teffort de sa volonté, par le développement intérieur de sa nature

ou ACTION DE l'hOMME ? I77

morale, qui s'approche peu à peu de la perfection, sans jamais y atteindre.

Chacune de ces deux thèses prétend naturellement être la bonne et accuse l'autre d'être complètement fausse. A la première thèse on oppose une objection capitale : si elle magnifie l'action divine, elle rend nulle l'action morale de l'individu. L'individu devient ce qu'il est par une action extérieure à lui, qui le pétrit comme une pâte molle. Ce n'est pas une renaissance, c'est une métamorphose. Et que fait-on de sa liberté ? — A la seconde thèse, on fait une objection qui n'est pas moins forte. Si par l'effort de sa volonté, l'individu arrive seul à réaliser le bien, cela rend inutile la foi religieuse et avec elle le sacrifice de Jésus Christ. On en revient tout simplement à la vieille morale qui sans doute a du bon, mais qui n'a jamais pu fournir aux hommes les moyens de réaliser la perfection. Les deux thèses se ruinent donc l'une l'autre, et la difficulté reste entière.

Charles Secrétan, marchant ici sur les traces d'Alexandre Vinet, nous fait remarquer que ces

l'jS LA FOI EST UN ACTE DE LAME,

deux opinions adverses trouvent leur synthèse dans l'idée même de la foi. Qu'est-ce que la foi? Est-ce uniquement l'adhésion intellectuelle à certaines idées, et pour ainsi dire la constatation de certaines réalités métaphysiques et religieuses ? C'est là un élément de la foi, ce n'est pas le tout ni même l'essentiel. La foi est un acte de la volonté. Longtemps avant William James, Secrétan a fortement exposé cette doctrine, que la foi religieuse est essentiellement œuvre de volonté, qu'elle est pour ainsi dire le plus haut degré auquel la volonté puisse atteindre. Par conséquent dans l'idée de la foi nous trouvons réunies les deux thèses qui paraissaient contraires, car la foi n'est pas seulement l'adhésion à l'amour de Dieu et au sacrifice rédempteur de Jésus ; elle est le désir ardent de retrouver tout cela en nous-mêmes, elle est l'acte de l'âme qui, pour s'unir à Dieu, veut s'unir à Jésus Christ. La foi n'est pas seulement affaire d'intelligence, ni même uniquement affaire de volonté. Elle est l'expression riche et complète de la vie de l'àme. Mais si la foi jaillit ainsi de toute notre vie intérieure, elle est en même temps la preuve que l'àme n'attend pas

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