‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 84 sur 124 · CHAPITRE XIV L'ORGANISME ABSOLU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV L'ORGANISME ABSOLU

Suivre Jésus, c'est naître de nouveau. Suivre Jésus, c'est porter sa croix. Suivre Jésus, c'est donner sa vie pour les autres. Lorsque l'Esprit de Dieu, après s'être glorieusement manifesté dans la personne d'un maçon galiléen, se manifeste encore dans l'àme d'un individu, le fils prodigue qui est ainsi ramené à son Père céleste n'est pas sauvé uniquement pour lui-même. L'individu est toujours l'organe de l'humanité. Sans doute, en un sens, le but qu'il doit atteindre est son salut personnel. Mais l'homme est un être social : il ne peut se transformer que si son entourage l'y aide ou qu'il parvienne lui-même à le transformer. Sa conversion doit

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devenir un moyen pour la conversion de l'humanité. La restauration sociale est à la fois la raison d'être et la condition nécessaire de la restauration de l'individu.

Notre société civilisée se meurt, ou du moins elle est bien malade. Les médecins ne manquent point à son chevet. Mais suivant leur coutume, ils sont plus habiles à constater le mal qu'à le guérir.

L'égoïsme sauvage qui, depuis les temps primitifs, est resté tapi au fond de sa tanière inaccessible, je veux dire au fond du cœur de l'homme, commence à briser toutes les barrières que le génie individuel et la lente ténacité des générations successives avaient peu à peu élevé devant lui. Le respect des mœurs, des lois, de la hiérarchie sociale ; la foi religieuse, naïve ou éclairée, qui ajoute, aux horizons toujours limités de la vie individuelle, la perspective radieuse et sublime d'un monde surnaturel où la justice triomphe toujours de l'injustice, et où le mal n'a jamais le dernier mot ; toutes ces traditions devenues instinctives, toutes ces

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croyances propres à dompter la bête féroce qui est dans l'homme ; tout cela s'effrite et se désagrège aujourd'hui, comme ces vieilles murailles, dont les pierres se délitent peu à peu sous l'action de l'humidité.

Chacun aujourd'hui veut « vivre sa vie ». Cette locution nouvelle exprimerait un idéal fort légitime, si elle ne désignait que le droit pour chacun de développer librement toutes ses facultés, en tenant compte du droit des autres. Mais nos contemporains entendent par là le fait pour l'individu d'atteindre au suprême degré de plaisir, de pouvoir et de fortune dont il est capable, en foulant aux pieds, comme une vile ordure, tous les intérêts d'autrui, les vies, les cœurs, les sentiments profonds de tous ceux qui l'entourent, et même, chose admirable ! ses propres sentiments, lorsqu'ils s'opposent à la fièvre de jouissance dont il est possédé. Sous une forme ou sous une autre, une formidable poussée de l'égoïsme brutal est en train de faire éclater, non seulement toutes les parois, mais les fondements eux-mêmes de notre vieil édifice social. La classe ouvrière, abrutie par le règne des machines et la concentration

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industrielle, écrasée sous le marteau-pilon du capitalisme international, s'est enfin ressaisie, mais pour opposer à la brutalité du capital qui l'opprime l'explosion tout aussi brutale de ses haines farouches et de sa longue colère. La famille, l'antique citadelle du devoir et de la tradition, s'émiette et se désorganise. Au lieu de rester unis et de travailler ensemble au bien de leurs enfants, chacun des deux époux tire de son côté, et met son plaisir au-dessus de son devoir. On en est venu à redouter l'enfant au lieu de le désirer, et à violer l'instinct naturel pour assouvir sans crainte un appétit bestial. On recherche avec autant de soin les motifs ou les prétextes d'un divorce hàtif qu'on s'appliquait autrefois à réaliser l'harmonie entre deux êtres destinés à vivre ensemble et à collaborer toute leur vie.

L'individu, mal satisfait de la condition que lui font une famille désunie et une société chaotique, l'individu cherche avant tout à s'étourdir dans l'ivresse du pouvoir, dans l'extase de la richesse, dans l'ivresse alcoolique et dans l'ivresse sexuelle, la pire de toutes, lorsqu'elle n'est qu'une ivresse, parce qu'elle

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