SE PRÉCIPITE
dégrade el souille plus qu'aucune autre la créature humaine qui s'y livre. Le bourreau et la victime sont d'ordinaire également dégradés. Mais à sa dégradation le bourreau ajoute cette entreprise vraiment satanique d'anéantir dans son âme tout respect de la personne morale, en traitant volontairement une créature humaine comme une esclave, pire encore, comme une chose, une simple chair à plaisir dont il s'assouvit.
Grâce à la débauche, à l'alcoolisme, à la déchéance physique et morale qu'ils entraînent, la race s'abâtardit, la natalité diminue, et la tuberculose fauche notre jeunesse. La décadence apparaît plus terrible chez les peuples les plus intelligents et les plus civilisés, mais on en voit les germes dans toutes les nations du monde. Il y a bien longtemps qu'elle a commencé ; mais de nos jours elle avance à pas de géant. Quel remède pourrait nous sauver?
La guerre monstrueuse dont nous sortons à peine a précipité cette décomposition morale, déjà si avancée en 1914. Elle a remué jusqu'en ses profondeurs l'abîme de l'égoïsme : les exhalaisons qui s'en dégagent ont une odeur de
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mort. A-t-elle en même temps rendu quelque énergie aux vieilles croyances, sur lesquelles se fondait notre vie morale ? Verrons-nous refleurir et la foi et l'amour ? Il est permis de l'espérer. Toute grande transformation est une crise : toute crise est douloureuse. Assistonsnous à l'enfantement d'une nouvelle humanité ? Sans doute, le mal dont nous souffrons ne date pas d'hier. Les influences qui détendent peu à peu le lien social, à mesure qu'il se noue, sont aussi vieilles que l'espèce humaine. Mais on ne peut nier que la crise où nous sommes soit de celles qui risquent d'être fatales. Si les médecins ne sont pas d'accord sur le traitement à ordonner, ils sont pour la plupart d'avis que le mal, si rien ne l'arrête, pourrait devenir une agonie.
Après avoir abaissé nos regards sur les ténèbres de l'humanité contemporaine, élevons nos yeux, avec Charles Secrétan, vers les clartés de l'idéal :
« La créature, une et libre de sa nature, doit réaliser son unité par sa liberté. La liberté est son
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essence, la liberté est sa Jorme, la liberté est le caractère de tous ses attributs. L'unité première est imparfaite par cela même qu'elle est naturelle ; l'unité dernière doit être libre. Il faut que la créature se la donne par son propre fait. Cette unité sera la plus forte et la plus vraie, précisément parce qu'elle sera libre. Gomment la créature aurait-elle transformé son unité naturelle en unité volontaire si la chute eût été évitée? nous ne le comprenons qu'imparfaitement. Mais comment les hommes, produits de la chute et de la rédemption, servent à réaliser l'unité libre où s'accomplit l'œuvre restauratrice, cela, nous le savons, car nous le sentons ; il suffit d'écouter son cœur. L'unité de la création morale est rétablie, elle est réalisée sous sa forme suprême par le fait même que les individus, cédant à la grâce, rendent personnel leur rapport substantiel avec Dieu. L'unité suprême est immédiatement réalisée par la conversion de tous les individus, qui fait de leur nature normale une réalité. L'intégrité des membres fait l'intégrité du corps. Quand tous les organes sont en santé, ils sont nécessairement en harmonie. Et cette harmonie bien comprise est la perfection de l'unité. Tous aiment le même Dieu ; ainsi l'unité règne dans la volonté. Chacun sait que Dieu est aimé de tous, et s'en réjouit parce qu'il l'aime ;