‹ L'énigme du monde et sa solution selon Charles SecrétanChapitre 88 sur 124 · LA SOCIETE PARFAITE · texte numérisé non relu

LA SOCIETE PARFAITE

ments les plus nombreux, les plus dissemblables et les plus développés. Au terme de cette série nous trouvons l'idée de l'unité parfaite, fondée sur la parfaite liberté des membres qui la composent. Ainsi l'analogie de l'expérience nous conduit à concevoir un organisme supérieur à l'organisme individuel, en ce que chacun de ses membres, libre vis-à-vis du tout, possède en lui-même la conscience de la vie du tout.

» Nous pouvons maintenant comprendre la signification positive et permanente des différences individuelles. Les différences rapprochent lorsquelles sont aimées et comprises. Par la pluralité des individus, l'humanité devient à la fois et plus une et plus riche : les oppositions ne se déploient que pour accroître l'harmonie. C'est parce que l'individu fait partie d'un tout qu'il doit développer les côtés de sa nature qui le distinguent des autres. S'il n'en différait point, il n'apporterait rien à l'ensemble, tandis que dans l'unité véritable, la particularité de chacun devient un bien de l'ensemble. Ainsi l'unité naturelle se réalise en unité libre et voulue. L'amour de Dieu forme le principe de la société parfaite, et dans la société parfaite réside la véritable unité de l'être moral. La restauration des individus rétablit d'elle-même l'unité de l'espèce, l'unité du monde, dans la forme

s'appelle l'église 19B

d'un organisme absolu fondé sur la liberté. Cet organisme s'appelle l'Eglise : l'Eglise est donc le souverain bien. Je ne parle pas, cela va sans dire, de telle ou telle institution, obscure ou fameuse, qui s'appelle l'Eglise. Je ne parle pas surtout d'une institution qui établirait entre ses membres une distinction hiérarchique, et qui placerait des intermédiaires entre l'âme et Dieu. Je donne à la société parfaite le nom qui lui convient lorsqu'on la conçoit comme tendant à se réaliser par l'initiative de Jésus-Christ, L'Eglise ainsi comprise est un besoin de la pensée philosophique. Pour les établissements qui portent ce nom, elle est un critère, un but et un idéal. La certitude que cet idéal sera pleinement réalisé paraît impliquée dans la certitude qu'il existe un Dieu parfait. Sa réalisation progressive est l'objet de notre activité morale. Le souverain bien dépend donc des individus, et la résistance d'un seul peut y mettre obstacle. Il y a là une contradiction que je n'essaierai pas de lever, car je crois comprendre pour quelles raisons, pour quels motifs le problème est insoluble ici-bas. Il est impossible d'admettre que Dieu ne veuille pas le souverain bien, impossible que ce que Dieu veut n'arrive pas, impossible également que la liberté soit contrainte. On peut se représenter que la volonté persistante de s'anéantir

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finirait par amener l'anéantissement. On peut supposer que la force de résistance au bien diminue dans le pécheur à mesure que le courant du bien grossit dans T humanité. L'intercession des prières n'a pas d'autre objet, et repose sur l'unité foncière et primitive de notre essence morale ; car les miracles qu'elle sollicite ne sauraient être contraires à l'ordre moral absolu. On peut croire aussi que la résistance et le châtiment dureront toujours. La réalisation du bien suprême est un objet de foi ; rien proprement ne la garantit. Mais que l'organisme absolu sachève ou non, l'idée en reste la même.

j> Dans l'organisme absolu, chaque élément, formant un tout par lui-même, devient librement un organe, et la perfection du tout se reproduit dans chaque élément sans ^'altérer, sans s'amoindrir. Cette forme de l'existence, la plus élevée que nous puissions concevoir, est réalisée dans son trait essentiel du moment qu'elle est voulue. Par le fait de sa conversion, l'individu devient membre de l'Eglise et concourt à former l'Eglise. L'entière régénération de tous les hommes produirait d'ellemême lorganisme absolu.

j> Cependant, pour en obtenir une idée approximative, il ne faut pas l'envisager uniquement comme le but de nos propres efforts. Il faut se

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