UN DIEU MOURANT SUR UNE CROIX
»... Oui, sans doute, il faut que la raison s'humilie, il faut qu'elle se prosterne, qu'elle s'abîme, et que, sans le comprendre, elle accepte le christianisme en adorant, sur l'autorité du besoin qu'elle en a. Mais, pour elle aussi, la mort est le chemin de la vie, pour elle aussi, le sacrifice amène la bénédiction. Une fois le christianisme accepté, l'humanité s'en pénètre, et la pensée, comme la société,, se transforme peu à peu à son image. »
ce Le rôle du Sauveur pendant la restauration est un rôle de patience, d'abaissement et de douleur. Il consent à créer sur le fond souillé de la créature primitive ; il expose aux périls de la lutte son propre fruit, sa propre essence, le germe de l'homme nouveau. Dieu réprime ici sa puissance absolue selon une restriction qu'il n'a point voulue, mais à laquelle il se soumet. Il consent à n'être point sous la forme de Dieu. Sans se corrompre, il s'unit à l'être corrompu ; il voit le mal et il le souffre, lui le Saint. Quel abîme ! et du sein de cet abîme, quelle lumière ! L'histoire, la nature, toutes les traditions, tous les symboles, tous les soupirs de l'humanité témoignent de cette souffrance de Dieu. Quand l'Evangile nous montre un Dieu mourant sur une croix, il nous enseigne une chose qu'assurément nous ne pouvions pas
ao8 CHRIST EST MORT LE PREMIER
prévoir, mais on se trompe en taxant son récit d'invraisemblance. Au contraire, une fois le mot prononcé, il semble qu'on ne pouvait pas éviter darriver là. Le mal est la négation de Dieu. Dieu ne peut pas consentir à ce que le mal soit sans consentir à n'être pas Dieu ; et pourtant il faut que le mal ait son cours pour que la liberté soit réelle ; Dieu permet quelle se réalise afin de le guérir. Mais la guérison de l'humanité ne peut en un sens venir que d'elle-même. Sa guérison est une mort. L'œuvre est de persuader à la nature de mourir. Il y a dans chacun de nous un principe qui doit mourir. Christ est mort le premier, pour nous engager à suivre ses sanglants vestiges. Il est l'auteur et l'initiateur de notre aflTranchissement. jd
Avons-nous résolu le problème du mal ?
Avons-nous trouvé le mot de l'énigme ? Après avoir entrevu l'origine du monde, pouvonsnous en deviner Vachèvement ?
L'homme ne saurait être content s'il n'atteint le bonheur, qui est l'épanouissement complet et harmonieux de tout son être. Mais l'homme est un être social, qui vit dans la société de ses