‹ L'enjoleuseChapitre 49 sur 111 · SCENE VIII HENIER, GRANDIER, PIERRE · texte numérisé non relu

SCENE VIII HENIER, GRANDIER, PIERRE

M. Hénier désire te parler, Pierre.

HENIER

Je n’ai pas besoin de te demander si tu te rappelles de

moi, n'est-ce pas ?

PIERRE

Non...J'vivrais cent ans que j’n'oublierais jamais comment j'vous ai vu pour la première fois.

HENIER

Et cependant, par la réception que tu m’as faite tout à l’heure, il m’a paru que tu me revoyais avec plaisir... Je ne dois pourtant pas te rappeler de bien gais souvenirs. . C'est toi qui étais chez le docteur Reynaud, n'est-ce pas ?

PIERRE (simplement. )

Vous avez été bon pour lui... Et s'il est libre aujour-

d’hui c’est grâce à vous...

HENIER

Je n’ai fait que mon devoir puisqu'à mes yeux ton maître était innocent. . . Asseyons-nous, voulez-vous ? Assieds-toi, Pierre. (un temps.) Veux-tu me dire, mon ami, quels étaient tes devoirs quand tu demeurais chez le docteur ? Cela m'intéresse fort...

PIERRE (confiant.)

Comme le docteur était tout seul chez lui, c'est moé qui faisait l’ménage, cuisinais, cultivais l’iardin, conduisais son cheval quand il allait visiter ses malades. . . C’est moé qui y faisais la causette, le soir, quand y n'sortait pas... oui, la causette. .Il avait beau être docteur, M. Reynaud, il aimait causer avec ses ‘‘gens’”, et dame ! comme souvent

108 DEVOTION tt ttes,

il n'avait qu'moé près d'lui, vous comprenez qu’on causait sans s'gêner...

HENIER

Oui, c'était plutôt un ami qu'un maître. . . Et que faisait-il le docteur d'habitude le soir ?

PIERRE l Il lisait.

É HENIER } Tous les soirs ?

1 PIERRE

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Chaque soir qu'y n'était pas appelé ‘“‘aux”’ malades, ou qu'y n'venait pas ici, chez M. Grandier.

HENIER (à Grandier qui écoute avec passion.) Le docteur Reynaud venait souvent chez vous ?

GRANDIER

Souvent, oui...

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HENIER

Il ne pouvait en être autrement. . .Le docteur devait rechercher la compagnie des gens instruits et cultivés comme vous l’êtes, vous et votre famille. (à Pierre.) Le docteur avait-il un frère ?

PIERRE (mal à l'aise.)

Personne le sait mieux qu’moé, puisque c’est moé qui l'ai élevé après avoir vu son père et sa mère mourir.

Non.

Tu en es sûr ?

HENIER En effet. Alors, il est fils unique ?

PIERRE

HENIER

Lui connaissais-tu des ennemis ?

PIERRE

Cantique ! Pourquoi toutes ces questions ?

HENIER

Mais, mon cher ami, nous causons tout simplement. . Est-ce que ça te déplaît qu'on parle de ton ancien patron ?

PIERRE Non. ..Oh ! non, au contraire...

HENIER

Oui.

Alors ?

Réponds aux questions de M. Hénier, Pierre, et ne cache rien. . .rien, tu entends ?

PIERRE (tressaillant: à part.)

Aie ! te v'la pris, mon vieux Pierre, et bien pris ! Sors de là si tu peux ! Et l’pauvre vieux qui m’dit d'tout dire...de rien cacher...(haut.) J'veux ben répondre aux questions de M. Hénier, mais si c’est à propos du... de l'affaire, vous savez, ça vaut pas la peine. . .j'ai tout dit aux juges c'que j'savais là-d’sus. ..

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