PARUS RE UE D
Rene rem peer
110 DEVOTION HENIER
En ce cas, tu n'as pas besoin d'éluder mes questions, non plus...Dis moi, que faisait le docteur le soir de l'at-
tentat ?
PIERRE (surpris de l'attaque.)
[1.. Mais comment voulez-vous que j'le sache ? (ave: effort.) Y me semble qu'vous d’vez l'savoir aussi ben que moé, puisqu'il a été condamné pour vous avoir attaqué sur la route...
HENIER (à part.)
Le gaillard est sur ses gardes... ( haut.) Et toi, où étais-tu ce soir-là ?
PIERRE (nerveux.)
Su...sur la route...Je v'nais chez M. Grandier qui m'avait fait d'mander...
GRANDIER
En effet, je !’avais prié de venir s'entendre avec moi ce soir-là au sujet des travaux à faire le lendemain. Il revenait coucher chez moi, comme c'était entendu, quand l'attentat a eu lieu.
HENIER Et tu n’as rien vu de suspect sur la route ?
PIERRE (de plus en plus nerveux.) No...n! Non!
HENIER
Mais alors comment se fait-il que tu te fus trouvé là justement au moment où je tombais, frappé d'un coup de
revolver ?
J'ai entendu le coup. ..j'suis accouru. . . C'est tout... HENIER Et tu es retourné où ?
PIERRE Chez l'docteur...
HENIER (vivement. ) Qui se trouvait chez lui ?
PIERRE (s’oubliant.) Oui...mais... > HENIER (de même.) Et que faisait-il quand tu es arrivé ? Il lisait ? PIERRE (désemparé.) Oui. . .c’est-à-dire. . .il arrivait. . .il était... HENIER Avait-il quelqu'un avec lui ?
PIERRE (écarlate.) Non !
A ha Faso cr Qu PRE ar re ma roma
HENIER
Il était comme d'habitude, le docteur, n'est-ce pas, calme et bien portant ?
PIERRE (tout à fait perdu.)
Alors il n'était pas blessé ? PIERRE (même jeu.) Oui. . . Oui, il l'était...
HENIER
Soit ! Le docteur courtisait-il une jeune fille dans
le pays ?
PIERRE (hésitant.) Je...j'ne sais pas...
GRANDIER (doucement.) Il était presque fiancé à ma fille...
HENIER
A Mademoiselle Aline ? Ah! je comprends maintenant pourquoi vous désiriez l’éloigner...(à Pierre.) Et connaissais-tu des «mis intimes au docteur ?
PIERRE (décidé à ne plus parler.) Non.
HENIER
Tu ne veux pas parler, et pourtant tu sais des choses importantes, des choses qui nous permettraient de rendre
l'honneur au docteur, ton ancien maître et ami... Pour quelle raison tu refuses de parler je n'en sais rien. . . Je ne me l'explique point, mais laisse-moi te dire que tu fais très mal. . .Le docteur pour qui cette situation est intolérable se tuera un jour ou l’autre, de cela son défenseur est convaincu, et je le sais, moi, par une entrevue que j'ai eue avec lui, voilà peu de temps... (à part.) Voyons si ce mensonge. . (haut.) Tu le crois donc coupable enfin ?
PIERRE (avec douleur.)
HENIER Eh ! bien, soit ! Mais tu le tues, alors !
GRAN! ER (allant à Pierre.)
Mais parle donc, Pierre ! dis donc ce que tu sais, ce
que tu as vu ! Quand tout devrait crouler autour de nous: , fortune et joie, parle donc ! Sauve le docteur Reynaud, si tu le peux. . .sauve-le à n'importe quel prix. .
sauve-le !
PIERRE (sanglotant.) J'n'peux pas !...Non, j’n’peux pas !...
HENIER (Frappé du ton de Grandier et de la douleur de Pierre ; à part.)
Je brûle ! je brûle ! et je vais savoir ! Encorr un effort, voyons ! (haut.) Ce sera le grand regret de ma vie d’: zoir échoué dans cette tentative de réhabilitation du docteur Reynaud. Et si, comme il l’a laissé entendre, il attentait à ses jours, (insistant) s’il se tuait. .
PIERRE (avec un cri de douleur et de rage.) T'aisez-vous !
HENIER (continuant sans sourciller.) J'en serais au désespoir toute ma vie...
PIERRE (hors de lui.)
J'veux pas! non, j'veux pas que l’docteur Reynaud, que mon p'tit Jacques se tue...j’n'veux pas qu'il meure !...Non, non, non ! Ce n'est pas lui l’coupable, c'n’est pas lui qui vous a attaqué, M. Hénier. . L'docteur c’soir-là était dans son bureau avec moé...avec moé, vous entendez ? Il lisait. . .il était en robe de chambre et en pan-
touffles. ..
HENIER (triomphant.) Oui, oui. Et sa blessure au bras ?
PIERRE C'est lui-même qui s'était tiré une balle dans le bras.
HENIER (vivement.) Pourquoi ?
PIERRE (haletant.)
Pour sauver l’autre...
GRANDIER (à part.) Mon Dieu ! Que ce calice...
HENIER (bondissant vers Pierre.)
Ah ! enfin! Mais cet autre ? cet autre? Quel était-il ?
PIERRE (va pour parler, puis s'arrête en voyant Grandier pâle et dont les lèvres remuent.)
Je n'sais pas. . . Je ne l'connais pas...
GRANDIER
Dis, mon ami...dis le nom...Tu le peux maintenant, je t'en prie...je te l’ordonne ! Parle !..
Allons donc ! Mais c’est de la folie !
GRANDIER (debout, calme et noble, à Hénier.)
Permettez-moi... (à Pierre.) Ecoute, Pierre, je connais le coupable aussi bien que toi, maintenant, et voilà pourquoi tu vas me rendre l’horrible service de le nommer. . Il ne faut pas qu’un innocent prenne ia place d’un coupable, qu’il souffre ‘pour lui, qu’il meure pour lui, et si tu refuses, c'est moi qui le dirai ce nom. . .Il faut que la justice de Dieu se fasse et elle se fera pleine et entière...
Parle !
PIERRE (brisé.)
, Eh ben...Non! M'sieu Grandier, j'peux pas... j'peux pas comme ça...d'’vant vous...
HENIER Qu'est-ce qu'il veut dire ?
GRANDIER (avec c:torit5.) Parle !
Jamais !
PIERRE Eh ben, l’homme qui vous a attaqué sur la route, vous a blessé, c'était... (indiquant Grandier) c'était son fils !
Armand Grandier ! Comme il s'était refugié chez nous, l'docteur Reynaud a voulu l’sauver, par pitié pour mamzelle Aline, et v'là pourquoi il s’est accusé lui-même... (il s'affaisse sur une chaise et se cache le visage dans ses mains.) Jamais, jamais l’docteur n’me pardonnera d’avoir
dit ça !
GRANDIER (avec horreur.) C'était donc lui !
à HENIER ieu !
Fin du quatrième acte.