L’ENLÈVEMENT
Am : Partie et Revanche *.
Aprèi avuir subi dans mon voyage I.rs fatigues du Juif Errant,
Dans mile auberge de village Je vais dire écorché vivant.
Comme un martyr du Nouveau Teslameut.
Du son pour moi faveur inespérée I
Quand j’ai failli, faute de logement,
Avec ma musique sacrée.
Passer une nuit en plein champ.
Combien pst-cc ?
MCETl E. Deux francs cinquante.
MCLüT. Les voilà! {Avec humeur. ) Il fallait me, demaiuler six francs !
NiCETfE, à pari. Ça me fait l’eJTet d'un vieil original.
Elle va placer le sac do nuit derrière le fauteuil.
MUl.OT, à lui-même. Voilà donc ce qu’on est cxiwsé h voir, même dans un voyage de onze lieues... des voitures peuplées de voyageurs lies deux sexes, entassés pèle-niéle... des auberges où l’on est volé en entrant et peut-être aussi en sortant... De jeunes créatures qui, à peine au sortir de l’enfance, exercent la périlleuse profession de celle-ci !
NiCETTE. Tout est prêt, et si monsieur a encore besoin de quelque chose...
MULOT. Quel âge avez-vous, jeune fille?
NICETTE. Bientôt dix-sept ans, monsieur.
MULOT, üix-sepl ans... et déjà vous vous livrez à l'état de servante d’auberge !
NICETTE. Je suis la fille du patron.
MULOT. Et il vous permet de montrer, toute seule, vos chambres... à des voyageurs de mon sexe...
NICETTE. Tiens! pourquoi pas?...
MULOT. Voilà donc les pères!... voilà les pères!
NICETTE. Voyons, monsieur... il est tard, fant-il faire la couverture de votre lit?
MULOT. N’y touchez pas. je la ferai moimême**. Je ne veux pas qu’une main féminine se pose sur ma couche.
NICETTE. .Mors, monsieur, bonne nuit.
MULOT. Un instant. {A lui-même.) 11 faut que j’accorde les orgues pour demain....
[Haut.) Jeune lille... indiquez-moi, s'il vous plalL.. le plus court chemin pour me rendre au presbytère.
NICETTE, dfonnee. Au presbytère !
MULOT. Eh bien!... quoi?... '
NICETTE, à part. Ab! mon Dieu 1... si c’était... {Haut.) Est-ce que vous seriez monsieur Mulot ?...
MULOT. Vous savez mon nom ?
NICETTE, avec joie. (T port.) C’est lui!...
(Uaul. ) J’ai entendu dire. . .
MULOT. Qu’on m’attendait ici , pour toucher l’orgue à la fête.. .
* NiceUc, Uulûl. V
** Mulot, MeeUe.
DE DÈJANIRE. ' 8
NICETTE. Oui, monsieur, oui !... {Aparti) Il ne sait pas qu’il est à la Têie d’or... faut pas lui apprendre... Et Joseph qui le cherche... {Haut.) Je vas vous conduire , monsieur... si vous voulez...
'mulot, à pari. Cheminer de nuit avec une jeune fille. . . au fait , les rues sont si noires... et si j’allais me perdre, moi qui ai déjà pas mal trotté... (flouf.) Allons! j’y consens... mais... (Grand tumulle dans l'auberge.) Qii’est-ce que c’est que ça?
NICETTE, Rien... rien, monsieur... c’est un étranger qui cherche sa cousine.
MULOT. Il parait qu’on doit bien dormir dans votre au^rge !
NICETTE, montrant laporle à droite. Par ici, monsieur, par ici... c’est le plus court chemin.
Ils 100601. Cris dans l'anberge.