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ti ne sur un ouvrage de roulure, qui s'accroupit dans les cendres à côté de son pot-au-feu, qu’un mot du « maître de céans » fait trembler, à qui les grands saints interdisent de penser, de vouloir, d’être quelqu'un. Non, les époux se respectent; s’ils sont un au sens de la tendresse, un pour se chérir, ils sont deux au sens de l’individualité : la femme exerce son influence, elle a son opinion qu’elle émet librement; de la fusion des deux caractères naît le vrai mariage; les concessions réciproques, la déférence confiante d’un côté, de l’autre une autorité qui est une protection encore plus qu’elle n’est un droit, achèvent l’unité. Les enfants sont élevés, point asservis; ni le couvent n’attend invariablement les filles, ni l’armée le fils aîné, ni quelque ordre religieux les cadets.
le consistoire, elle insiste pour que la décision soit portée au prochain synode, et garde ses boucles avec son droit. Nous nous représentons mal ce qu’il fallait alors de bon sens, d'énergie, de sentiment de l’indcpendance, du devoir de la maintenir, pour résister et pour triompher.
Le courage persistant et calme qu’elle mettait ù conserver sa liberté, madame de Mornay l’apportait à soutenir sa foi. Bien femme et bien forte, type héroïque et gracieux, ardemment aimée de son mari qui en la perdant perdit toutes choses, elle met devant nos veux un de ces chastes profils, aux lignes pures, éclairés de tendresse, tels que la Bible seule peut les modeler.
La douleur de Duplessis-Mornay s'exhale en quelques strophes d’où nous prenons ces deux vers : ils disent tout dans leur naïveté tou- • chante :
Ame, pour te chanter, il me fault des sereines;
Ame, pour te pleurer, il me fault des fontaines.
L’HISTOIRE
Plus de célibat saint, plus de directeur, plus de confession. La Bible les a définitivement congédiés. Mariage, famille, individu, tout s’est retrouvé debout.
Voilà l’œuvre de la Réforme.
Bien des misères ont gâté cette restauration. Par malheur les Réformateurs étaient de leur temps; par malheur plusieurs d’entre eux avaient porté le froc. On retrouvait trop chez Luther le moine de Wittemberg, trop le curé chez Calvin.
Alexandre VI, Jules II et Léon X sc succédaient à Rome; ils assistaient, accompagnés de leurs cardinaux, aux représentations de la Mandragore ; Brantôme racontait les mœurs des Valois au public amusé ; les ordures de Rabelais, accueillies par tout le monde, salissaient tout.
Peut-on s’étonner dès lors si les grossièretés de l’époque viennent parfois gâter l’incisive, l’humaine, la géniale parole de Luther? Celle de Calvin, nette, sobre et‘ froide, se maintient à l’abri de tels contacts. Mais considérez Genève soumise aux lois somptuaires, lisez le catalogue des choses interdites, remarquez cette cléricale immixtion dans la vie intérieure des époux, regardez cette troisième personne qui tout à coup paraît entre eux, qui du bout de sa baguette touche ce plat, touche ce vêtement, supprime l’un, modifie l’autre; comptez ces fils de Lilliput, observez cette autorité indiscrète, souveraine, effective, qui
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n’est pas celle du mari, et dites si le séminariste n’a pas passé par là * !
C’est le séminariste et c’est le curé qui, par la bouche de quelques-uns des Réformateurs, présentent encore le mariage comme un remède à l'incontinence.
Le divorce suivi des secondes noces, réaction contre le mariage sacrement qu’a fait Rome pour en mieux tenir le nœud, semble l’apanage exclusif de la Réformation. Le divorce, négation implicite de l'union, le divorce qui rompt d’avance l’indissoluble lien, le divorce avec ses conséquences expressément condamnées par Jésus-Christ, le divorce, cette mons-
1. Je ne parle ni du bûcher de Servct, ni de condamnations inouïes pour cause d’infraction aux lois somptuaires, ni de la torture appliquée sous les yeux du Réformateur. Luther n’a point fait cela; Zwingle n’a point fait cela. Calvin, dont j’honore le? grandes qualités, est dur, il est despote, il l’est par caractère. Une femme lui a trop longtemps manqué; elle lui a trop vite fait défaut. Avant, écoutez-Ie : « I.a seule beauté qui me touche », écrit-il à ses amis, en quête de mariage pour lui, « consiste dans la chasteté d’une femme, dans sa patience, dans son économie, il faut qu’elle ne soit pas capricieuse, et qu’elle soit prête à prendre soin de ma santé ! » Impossible de montrer un plus parfait égoïsme : voilà l’union idéale comme la comprenait le curé! Après, écoutez l’homme : « Idclelto est malade» — observons ceci en passant, Calvin, qui voulait une femme pour prendre soin de sa santé, eut pendant les neuf années de son mariage une femme à soigner, et il lui ferma les yeux. — Ideletle est malade, et voici ce que mande Calvin à un ami : « Le frère qui te porte ma lettre te dira au milieu de quelles angoisses je t’écris. Ma femme est prématurément mère, non sans être dans un danger extrême. Veuille le Seigneur nous regarder dans sa miséricorde! » La note a changé; le cœur, sans être beaucoup réchauffé encore, s’est pourtant déroidi.