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produire ce qui était en elle. Or ce qui était en elle, c’est la sainteté du mariage, c’est la famille, ce sont les bonnes mœurs, ce sont des caractères et ce sont des individualités; c’est toute une littérature honnête, vigoureuse, aimable, saine expansion de sentiments purs, d’où la vraie passion n’est pas plus bannie que le véritable amour, qui connaît les combats, qui connaît les tragédies, et qui n’a pas besoin d’aller ramasser au coin des rues, parmi les vieux adultères et les vices éraillés, ses secrets d’émotion ou ses études sur le vif.
Pour nous, en avant! Un réformé réforme toujours. La Réforme ne s’arrête pas. C’est que la Réforme, c’est la Bible, et qu’une fois la Bible lâchée — passez-moi le mot, — elle fait l’œuvre de Dieu, malgré les moines, malgré les curés, malgré vous, malgré moi, malgré tout!
l’incrédulité
Ce rapide examen d’histoire ne serait pas complet si nous passions sous silence le siècle le plus voisin du nôtre, le siècle de l’incrédulité.
L’incrédulité a eu son siècle, bien à elle, dont elle est .responsable. Elle a eu le xvnf siècle, que seule elle a gouverné.
Qu’en a-t-elle fait? qu’a-t-elle fait de la famille C’est ce qui nous reste à voir.
Soyons justes envers le xvm 0 siècle. D’une part, son incrédulité lui vient en droite ligne de ce christianisme faux, despotique et persécuteur, au moyen duquel le vieux roi Louis XIV et sa vieille cour cherchaient à racheter les péchés qu’ils ne pouvaient plus commettre. D’autre part, ce siècle a eu des élans généreux; il a senti le besoin de retrouver des principes et de les affirmer ; il a recherché la justice ; une sorte de
L’HISTOIRE
soif de la vérité s’est emparée de lui; tout au moins a-t-il brisé les masques hypocrites. Athée comme il est, on dirait qu’il croit à quelque chose. Il croit plus qu’on ne croyait sous les dehors cafards de cette dévotion de commande par où se marque le règne de madame deMaintcnon; il croit mieux, car il ne veut pas mentir. En tout cas, notre siècle dissolvant, à nous, le siècle des démolisseurs qui vont jusqu’à nier la conscience humaine, notre siècle n’a pas le droit de condamner celui-là.
Quelle que lut l’origine et quelle qu’ait été la nature de l’incrédulité au xviii 0 siècle, un fait demeure certain, c’est que ce siècle, l’incrédulité l’a dominé, c’est qu’elle l’a pétri, c’est qu’il a été ce qu’elle a voulu qu’il fut.
Qu’a-t-il voulu, lui, que lût la famille? Cette société philosophe, bien débarrassée de toute révélat ion et (pii se piquait de viser haut, qu’a-t-elle fait du mariage? A-t-elle sévi contre les désordres? s’esl-elle sevrée de la débauche? a-t-elle poursuivi l’idéal dans les affections? a-t-elle pratiqué le devoir sous le toit domestique? a-t-elle retrouvé les joies du foyer?
Demandez-lc à cette autre réaction, semblable par bien des côtés à la réaction du xvm e siècle; demandez-le à la réaction du xv e , à la Renaissance, à celte révolte toute païenne contre les asservissements du moyen âge, à celle classique protestation contre
L’INCHÈDULITÉ.
les obscurités monacales, à ce retour idolâtre vers les sérénités égoïstes ! Jamais le mépris pour les femmes ne s’est plus brutalement accusé. Obscénité des plaisanteries, le rire, à propos du vice, les mœurs perdues, la négation de tout avenir, la rupture de tout lien, l’oubli de tout devoir, voilà ce que la Renaissance vous montrera.
Le xviii 8 siècle- vous en fera voir autant.
Réparateur des injustices, il ne songera pas à relever la femme. Restaurateur des droits, ceux du mariage ne le préoccuperont pas un moment. Il se pique d’en revenir invariablement à la nature; et la famille, le fait naturel par excellence, n’aura pas, en fait, de pire ennemi !
Mettez à part la magistrature et la bourgeoisie, que préservent encore quelques vieux restes de moralité, vous avez devant vous un spectacle effrayant. La corruption est effrénée, nul ne s’en indigne, elle a pénétré tous les rangs de la société; l’adultère est entré dans les mœurs, je dirai presque dans les bonnes mœurs; ceux qui s’en tiennent là semblent presque de petits saints ; la famille n’existe plus; à la place du sanctuaire vous avez un carrefour que piétinent tous les passants; la conscience publique est morte, ou bien elle a donné sa démission, ce qui la met encore plus bas.
On est retourné aux abjections romaines, à la para-
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lysie du peuple romain. En même temps — les deux faits marchent ensemble, et c’est toujours l’antiquité païenne qui les amène — l’amour a disparu. Otez une figure sympathique et tendre : mademoiselle Aïssé; ôtez un cœur ardent, plus passionné toutefois que véritablement ému : mademoiselle de Lespinasse; vous ne trouverez rien, absolument, qui de près ou de loin ressemble à ce doux, à ce chaste, à cet intime et profond sentiment de l’amour.
A la place, on vous donnera les pourritures d’une société gangrenée jusqu’au fond. Et puis vous aurez les maîtresses du roi : la comtesse de Mailly et ses trois sœurs; madame de Pompadour créant le Parc-aux- Cerfs; la duchesse de Châteauroux, dont la reine fait prendre des nouvelles quand elle est soulfrante, que vont chaque jour visiter les princesses du sang, et qui était nommée surintendante de la maison de la Dauphine, au moment où la mort, arrêtant soudain sa fortune — ainsi s’exprime l’histoire, — vient l’empêcher d’occuper chez la belle-fille de la reine ce poste d’honneur ! Faut-il descendre à la du Barry — on sait d’où elle était sortie, — que son ancien tenant, le comte Jean du Barry, présente au vieux roi, et qu’il fait épouser à son frère Guillaume du Barry, pour qu’elle soit quelqu’un? Non, vous avez assez de ces fanges royales, n’cst-ce pas? Encore un détail : les maîtresses font et défont les ministres, mènent la