INCRÉDULITÉ
France, qui se laisse mener et que l’Europe regarde, tandis que les grands cardinaux politiques suivent, cela va de soi, les exemples de bonnes mœurs donnés par leurs devanciers, Retz et Mazarin !
C’est le temps où le duc de Richelieu vieilli, flétri, se voit poursuivi par l’effronterie des femmes de la cour ; le temps où, se faisant porter mourant au jardin des Tuileries, il y obt ient un triomphe hideux. C’est le temps des abbés de ruelle, du luxe à fracas de la Guimard, des orgies du Palais-Royal, des folies éhontées de la fille du régent. C’est le temps et de Piron, et de Collé, et de Vadé, et de Crébillon fils, et de Voltaire, dont le plus licencieux écrit s’étale dans les boudoirs.
Je parlais du spectacle que donne la France à l’Europe. L’Europe en profite, crovez-le bien. On connaît les dépravations de la cour de Russie, on sait quelle série d’impératrices succèdent à Pierre le Grand. L’Angleterre a ses sauvages ivresses, ses vices brutaux; l’Allemagne a ses intrigues et ses dépravations; pas un des petits princes noyés dans la vaste confédération germaine, que sa grandeur n’oblige à singer Versailles et son roi. Impératrices et souverains, royaumes et duchés, les seigneurs, les penseurs, tous ont les yeux tournés vers la France, tous boivent largement î\ la coupe d’impureté qu’elle leur tend à deux mains !
{5i yous trouvez partout du scandale, vous cher-
tu
L’HISTOIRK.
cheriez en vain un scandalisé. 11 n’y en a point. Or le mal, il faut le redire, est moins horrible que n’est hideuse cette impossibilité de s’indigner du mal.
Que voulez-vous que devienne la famille, en face d’un cardinal Fleury, le gouverneur de Louis XV enfant, qui le premier donne une maîtresse à son élève royal ?
Que voulez-vous que fasse de la famille cette petite fille jetée au couvent dès qu’elle a cessé d’être une amusette, cette jeune fille tirée du couvent pour venir chaque matin baiser en cérémonie la main de monsieur son père et de madame sa mère, cette jeune femme accordée et mariée sans avoir guère entrevu son mari que sous le dais nuptial? Elle ne connaît ni sa mère, ni son père, ni son mari. Mais elle a entendu parler du monde; elle en rêve du matin au soir et du soir au malin. Avoir un salon, tenir un salon, tout est là. On abrège le jour tant qu’on peut, le jour n’a rien à donner; il s’agit d’arriver à la nuit, à la vie factice, à la vie de salon, au jeu, au souper, à l’intrigue galante, à l’éternelle causerie avec des gens qui ne sont ni le père, ni la mère, ni les enfants, ni le mari. Ah! surtout pas le mari ! Celui-ci a d’autres salons, d’autres causeries, d’autres soupers; le rencontrer chez lui serait d’un ridicule achevé ! N’ayez pas peur, ce ridicule, le mari ne se* le donnera pas! Au lieu du mari, on trouve l’ami; mettons le mot vrai, on