LA PROPRIÉTÉ ATTAQUÉE PAR LE SOCIALISME, AU NOM DE LA PAROLE DE DIEU
Au nom de T Evangile, le socialisme tend à saper la famille par ses deux bases : le mariage et la propriété.
L’usage que le socialisme fait en ceci de la Révélation n’est pas nouveau. Les Pères ontdonné l’exemple. Personne plus qu’eux n’a propagé le faux principe en vertu duquel quiconque garde ses biens et se marie, s’il ne pèche pas précisément, se place néanmoins sur un niveau rabaissé 1 . On sait ce que l’Église romaine
1. Luther écrivait, dans son langage original et salé : « Moi, aux paroles des Pères, des hommes, des anges, des démons, j’oppose, non pas l’antique usage de la multitude des hommes, mais la seule Parole de l’éternelle Majesté, qu’eux-mêmes sont forcés de reconnaître. Là je me tiens, je m’assieds, je m’arrête. Là est ma gloire, mon triomphe... Je m’inquiète peu des paroles des hommes, quelle qu’ait été leur sainteté ; pas davantage de la tradition, de la coutume trompeuse. La Parole de Dieu est au-dessus de tout... Dieu ne peut errer ni tromper; Augustin et Cyprien, comme tous les élus, peuvent errer, et ont erré. »
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a fait de la théorie dans les pays de race latine, où une rigoureuse logique en a tiré toutes Hes conséquences, où l’habitude du despotisme pour les uns, des lisières pour les autres, en a favorisé tous les développements. Le couvent y a démoli la propriété, le célibat religieux y a démoli le mariage; on possède toujours, on se marie encore, mais le mariage et la propriété sont deux suspects, et tout chrétien d’élite les regarde du haut en bas.
Ce qui caractérise notre temps, c’estqu’une pareille doctrine, soi-disant évangélique, essaye défaire irruption chez-nous les Réformés, et qu’elle n’y rencontre pas toujours l’opposition de ces forces vives qui s’appellent la vérité et le bon sens. Faisons-y attention, dès qu’une telle tendance nous gagnerait, nous les disciples de la Parole de Dieu; nous les gardiens de l’œuvre de Dieu; le mal serait sans mesure, car les soldats de l’armée spécialement appelée à combattre le socialisme — la seule qui puisse le vaincre- parce que seule elle a conservé le respect absolu de la Bible et que seule elle en maintient l’autorité, — ces soldats, tournant visage, s’occuperaient à gagner des batailles en faveur de l’ennemi !
Il y aurait là un mortel sujet de tristesse, une cause incessante de découragement, si l’Évangile ne nous „ avait cent fois montré qu’il triomphe non-seulement
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de ses adversaires, niais encore de ses amis, ce qui est plus malaisé.
L’Evangile, supprimer la propriété ! Voyons un peu cela.
.l’aborde l’examen sans crainte. Nous vivons à uno époque où le propriétaire, très au clair sur l’incertitude des biens, s’est demandé, souvent comment il gagnerait sa vie, le cas échéant * Or cette question, qui peut effaroucher le viveur oisif, a trouvé le travailleur riche sans trouble et sans souci. Quiconque obéit à Dieu connaît le sain travail d’où vient l’indépendance; l’ouvrier, dans tous les genres de labeurs, est toujours un homme libre; sa liberté ne dépend ni d’un lopin de terre, ni d’un sac d’écus. Ceci dit, posons nettement le fait. La propriété, aussi vieille que le monde, écrite en caractères indélébiles au fond du cœur de chaque homme, de ceux qui la nient comme de ceux qui l’affirment ; la propriété se relie étroitement à l’essence même de la famille ici-bas. Elle forme une portion de son unité. Otez la propriété, il n’y a pour la famille ni passé, ni présent , ni avenir; il n’y a plus de sanctuaire, car il n’y a plus d’intérieur; il n’y a plus de lien entre les ascendants et les descendants, car il n’y a plus d’héritage; il n’y a plus de travail, il n’y a plus d’efforts en commun, il n’y a'plus ni dévouement ni pré-
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voyance, car il n’y a plus d’intérêt pour le sort des enfants !
La famille,- dans ses conditions terrestres, a besoin, pour demeurer unie, de la propriété; je dis d’une propriété quelconque, d’un chez-soi quelconque, de quelque chose, fût-ce un outil, dont elle puisse dire : c’est à moi !
La propriété à son tour a besoin de la famille; , elle a besoin de l’hérédité; elle n’est propriété qu’autant qu’on la possède, c’est-à-dire qu’on peut la donner ou la transmettre. Il n’y a, pour la propriété , de solides bases que ces bases-là. En dehors, c’est une jouissance à bien plaire, c’est un mirage, ce n’est plus la propriété. L’inviolabilité de la personne a pour corrélatif l’inviolabilité du patrimoine; ce que j’ai gagné, ce que mon père a gagné, ce que mon grand’père a gagné m’appartient, tout comme mon corps, tout comme ma liberté. Ge qui m’appartient, j’en puis faire ce que je veux; je le laisse à mes enfants ; c’est pour cela que je ne le mange pas, c’est par amour pour eux qu’à force de labeurs je le conserve , que parfois même je l’accrois à force de privations.
La nature organique de la famille forme les assises
de l’hérédité. L’hérédité
maintient à son tour la réno-
vation successive de la famille et assure sa permanente ..unité. Supprimez l’hérédité, vous avez la dispersion.
Dans la dispersion, une seule chose demeure : l’égoïsme personnel. Sitôt que vous ne dites plus : chacun pour tous ! vous dites : chacun pour soi !
Un homme qui n’est pas suspect en pareille matière, Proudhon, nous l’a déclaré : « Qui abolit la propriété, abolit la famille. »
Remarquez-le bien ; il ne s’agit pas seulement de la propriété acquise : il s’agit de la propriété virtuelle. Oui, la propriété possible, la propriété à venir, la propriété à conquérir forme dès cette heure un des fondements de la famille. Moi qui n’ai rien encore, je sais que ce que je vais gagner appartiendra aux miens ; .je sais que mes enfants le posséderont. Mon premier livret de caisse d’épargne me tient autant et plus au cœur que ses vastes domaines à l’homme riche ou qu’au spéculateur ses actions de chemin de fer.
Si des sentiments intimes nous passons à l’histoire, nous y trouvons la contre-épreuve du fait. L’histoire nous montre invariablement, dans la désorganisation de la famille, le corollaire de l’ébranlement de la propriété. Regardez Sparte ! propriété niée, famille annulée. Et ce que nous montre Sparte dans l’antiquité, les pays musulmans nous le font voir aujourd’hui. Là, point de propriété au soleil; l’état socialiste possède tout, l’individu ne possède rien; je parle desterres. Longtemps le fait même de posséder quoi que
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ce soit était si suspect, il entraînait de tels périls, qu’on s’en cachait comme d’un attentat. La fortune, au lieu de travailler pour acquérir, au lieu d’ensemencer pour récolter, s’enfouissait sous forme de trésor. Les gros pachas roulaient de gros diamants dans leur ceinture, les petits beys en mettaient de plus petits. On augmentait le capital, on en réparait les brèches, non pas au moyen du labeur, mais par la violence et l’extorsion; on battait monnaie sur le dos des chétifs. Il en est résulté non-seulement un engourdissement général, cette impuissance aux progrès qui caractérise les pays musulmans, mais encore — les deux choses se tiennent de plus près qu’on ne croit. — l’extinction de la îamille et du foyer. Un pays à propriété personnelle et sûre ne supporterait pas la polygamie; un pays monogame ne supporterait' pas l’absence de propriété. La polygamie et l’État seul possesseur vont au contraire très-bien ensemble. Nul ne s’attache ni à femmes ni à enfants. On dort, on mange, on se baigne, on engraisse. Après moi!... Allah ou Allah! — et Ion se retourne do l’autre côté.
Maintenant, prenons les textes de l’Écriture; car c’est la Parole môme de Dieu qu’on vient nous opposer.
On imagine, et l’on prétend trouver dans les Actes
des apôtres, le fait d’une sorte de phalanstère qui aurait réuni l’ensemble des croyants.
« Tous ceux qui croyaient étaient dans un même lieu 1 ». — La déclaration est nette, elle est positive. Que répondre à cela?
Une chose très-simple : il s’agit ici, non de la vie chrétienne, mais du culte chrétien. Le culte rassemblait les chrétiens en un même lieu ; la vie laissait les chrétiens chacun chez soi. En voulez- vous la preuve? lisez deux lignes plus bas 2 : « Chaque jour ils rompaient le pain de maison en maison! » Par conséquent il y avait des maisons; par conséquent ces maisons avaient des habitants.
Saul, quand il persécute les disciples du Christ, « entre de maison en maison, traînant les hommes et les femmes » pour les livrer aux tribunaux 3 .
Pierre, lorsqu’il est délivré par l’ange et qu’il se trouve seul, la nuit, dans les rues, réfléchit un instant, puis se rend « dans la maison de Marie », — mère de Jacques, surnommé Marc — où plusieurs personnes priaient pour lui 4 ! — Cette maison a un vestibule, ce qui dénote une certaine élégance de construction; cette famille aune servante, Rhode,Cfi qui dénote