I Timothée, v
LE SOCIALISME
Entre la veuve réellement veuve , solitaire, dénuée, âgée de soixante ans, et la jeune veuve dissipée qui court de maison en maison, trouvez une place, si vous pouvez, pour la vocation que vous avez inventée! Y mettrez-vous les jeunes veuves paresseuses et curieuses, celles à qui saint Paul ordonne de se remarier, faisant ainsi du mariage, prenez-y garde, le seul remède à leur déréglement? Y mettrez-vous les veuves qui ont achevé leur carrière, celles qu’on n’assiste qu’âgées, hors de combat? L’hypothèse tombe de soi-même. Ou renoncez à les assimiler aux diaconesses, ou déclarez que pourdevenir diaconesse il faut, d’après saint Paul, avoir perdu son mari; compter soixante ans, pas moins; ne plus posséder un parent ; se trouver dans un dénûment absolu !
Le bon sens avec les faits, s’unissant pour démolir le rêve d’une institution qui n’a jamais existé, on se rabat sur l’utilité ! l’utilité du célibat!
Sans le célibat, que seraient devenues certaines œuvres? Sans le célibat, qui aurait entrepris les missions du vi° siècle? Sans saint Gall et saint Colomban, sans l’armée de moines qui les suivait, nous demeurions païens.
Pourquoi? Les missions apostoliques, bien plus difficiles, qui avaient à renverser toute une civilisation idolâtre, qui avaient à réfuter toute une philosophie païenne, qui avaient à transformer les sociétés,
à renouveler le monde, rien. que cela, ces missions, qui ne savaient pas ce que c’est qu’un moine, onl assez bien accompli leur œuvre, convenons-en. Nos missions modernes, à nous les peuples de la Bible; nos missionnaires qui ont annoncé l’Évangile aux habitants de Taïti, des îles Fidgis, et qui de ces cannibales ont fait des hommes, qui de ces bêtes féroces ont fait des nations éclairées et chrétiennes; nos missionnaires, que n’empêchent d’avancer ni la mort violente, ni les climats empestés des cotes africaines, ni les miasmes délétères des jungles indoues, ni les glaces du Labrador, ni l’exil, ni les privations; ceux-là, qui ne sont pas moines, donnent aux idolâtres la grande leçon pratique de la vie selon l’Évangile, dans son amplitude, dans scs affections, dans ses devoirs; ceux-là gagnent les grandes batailles du Christ!
Parlez-vous de charité, de consécration aux membi *es soutirants de la famille humaine, d’un service actif et persévérant? Il me semble qu’Aquilas et Priscille, placés en tête des ouvriers de Jésus, prouvent dès le début qu’au point de vue utilitaire, le mariage chrétien vaut peut-être le célibat organisé.
Embrigadez tant qu’il vous plaira des célibataires; ils n’auront pas cette expérience des joies, ils n’auront pas cette connaissance des douleurs, ils n’auront pas cette puissance de sympathie et de virilité
({tic donne la vie normale, avec son développement
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absolu, telle que Dieu l’a créée et telle qu’il la veut.
A ceux qui nous montrent les sœurs sous leur coiffe blanche nous montrerons nos simples diaconesses d’Église, vêtues comme tout le monde; nous montrerons nos garde-malades sans guimpe ni voile; nous montrerons nos femmes de la Bible, leur vaste panier au bras; épouses et mères, indépendantes et fortes, dans la modestie d’un dévouement que ne signale à l’admiration publique ni costume, ni dénomination, ni direction, ni genre de vie particulier, et qui accomplissent au sein des villes les plus corrompues ces régénérations du cœur et des habitudes, ces relèvements par l’exemple, ces réformes des existences perdues, ces reconstructions de la famille écroulée, dont jamais le célibat systématique, quelque saint que vous le fassiez, ne serait venu à bout, car il n’en possède pas le secret.
Le mariage, grand et solennel principe de la création divine, solidement établi , vigoureusement maintenu par les apôtres, a de plus une portée qu’on ne mesure pas du premier coup : il tue la spécialité religieuse, cet appauvrissement et cette mort. La famille féconde, la spécialité stérilise. Grâce à la famille, les saintes spécialités reculent pour faire place à la sainteté générale. Grfiee à la famille, l’homme pieux n’est plus un moine , la femme charitable n’est plus une sœur, le ministre de l’Évangile n’est plus un clerc; tous ceux-là
rencontrent, et nous en bénissons Dieu, les obstacles, les difficultés, le train de la vie ordinaire; ils apprennent ce que ne leur enseigneront ni les couvents ni les séminaires: ils apprennent à être hommes comme vous et comme moi.
Sans le célibat religieux, l’Europe n’aurait jamais connu cette organisation factice et funeste qu'on nomme clergé!
Sans le célibat religieux, nous n’aurions connu ni les ordres aumôniers et mendiants, écoles de paresse et.de lâcheté; ni la charité en froc ou en robe de bure, adorée, célébrée, vivant dans une atmosphère à part, affectant le dédain des choses humaines, déchargeant notre conscience à tous des devoirs du dévouement et des affections de l’humanité.
Pensez-vous que la foi chrétienne y eût perdu? Pensez-vous que l’égoïsme y eût gagné? Je ne le crois pas.
Les Eglises du temps des apôtres, qui ne connaissaient pas plus le clergé qu’ils ne connaissaient les sœurs et les moines, savaient pourtant ce que c’est que de mourir pour la foi. Sous le coup des spoliations, au sein de leur profonde misère, elles savaient donner selon leur pouvoir, et même « au-delà de leur pouvoir ! »
Les partisans du célibat sacré, loin de se tenir pour
battus, nous opposent certains textes. « A la résurrection, dit Jésus, on ne prendra ni ne donnera des femmes en mariage, car ceux qui ont été rendus capables du relèvement ne pourront plus mourir ! »
I)e quel mariage s’agit-il? Chacun a répondu. II s’agit de l’union matérielle, terrestre, destinée à peupler notre globe. Le mot divin : Croissez et multipliez ! en indique le sens. Ne pouvant plus mourir, l’humanité, qui est entrée dans le définitif, ne peut plus s’accroître. Oserez-vous prétendre que par ces mots Jésus détruise le vrai, l’immortel mariage, le couronnement de la création divine? Celui dont Jésus lui-mème a fixé le caractère, en disant : « Dieu les a fait un! » Celui dont II a dit : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint! » Celui qu’il choisit pour type de son intime union avec l’Église! Celui qu’il a honoré de son premier miracle! Celui dont les noces forment la splendide image du bonheur des oieux !
Tandis que Jésus ne voit pas de plus beau titre à prendre que le nom d’époux, oserez-vous prétendre qu’il n’y aura plus d’époux?
Tandis que les pères, les mères, les enfants, les frères, les sœurs se retrouveront là-haut pour ne plus se quitter, oserez-vous dire que les époux ne se retrouveront pas?
Si vous voulez toucher du doigt l’absurdité de votre
proposition, demandez-vous un peu ce que deviennent ces mères et ces pères , dès que les époux ne subsistent plus? Que signifie cette paternité, que signifie cette maternité, dès qu’il n’y a plus de mariage? D’où procèdent ces parentés, d’où viennnent ces relations, d’où sont sortis ces enfants? Votre vie, cette vie terrestre qui détermine irrévocablement la vie céleste, dans quel Létlié la plongez-vous? L’amour, l’éternel amour qui voit tout passer, tout finir, et qui seul ne périt jamais, qu’en faites-vous?
En présence de telles aberrations, on ne sait lequel l’emporte du ridicule ou de l’odieux.
Ce qui chez vous est froissé, je vais vous le dire : c ; n’est pas la pureté chrétienne, c’est l’égoïsme païen.
Ce qui vous répugne et vous révolte, c’est l’indissolubilité du mariage, telle que la pose Jésus, alors qu’interdisant le divorce absolument, il proclame adultère quiconque répudie sa femme pour en épouser une autre, adultère quiconque épouse la répudiée, pour quelque cause que ce soit.
A la déclaration de Jésus, un cri, le cri de l’antiquité tout entière, sort de la bouche des apôtres de Jésus :
« Si telle est la condition de l’homme avec la femme, il ne convient pas de se marier ! »
Se passer des secondes noces, se faire eunuque plutôt que de contracter une union que le Seigneur
proscrit, n’espérez pas cela du cœur charnel. Ce
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cœur vous accordera le célibat saint tant que vous voudrez; le célibat saint n’est que pour quelquesuns. Ce cœur ne vous accordera pas l’indissolubilité de l’union, car la règle est pour tous.
On cite le passage de l’Apocalypse 1 concernant ceux qui, ne s’étant point souillés avec les femmes, suivent l’Agneau partout où il va! — J’attendrai que quelqu’un ait l’audace d’appeler le mariage une souilluï'e , pour appliquer ce stigmate à l’institution divine par excellence, au dernier trait de la création, trait chaste, radieux et parfait. D’ici là, je continuerai de voir dans le texte cité l’une de ces nombreuses images, pareilles à celle de la grande prostituée, à . celle de la femme qui fuit au désert, à celle de la bête qui monte de l’abime, à tant d’autres, propres au style oriental, et dont fourmille la révélation de Notre-Seigneur.
Abordons le principal argument.
Saint Paul, dans sa première épître aux Corinthiens 2 , déclare le célibat préférable au mariage. Saint Paul prête au célibat un caractère sacré !
^ Avant tout, remarquez le : ici-même, à l’endroit précis où Paul, faisant l’apologie du célibat et rabaissant le mariage, abandonne l’inspiration pour n’écouter que son sens, ici-même Dieu contraint l’apôtre
t. XIV, 4.