‹ L'ennemi de la familleChapitre 49 sur 67 · Corinthiens, vu · texte numérisé non relu

Corinthiens, vu

qui le mari et la femme, Aqnilas et Priscille, c’est Paul qui nous l’apprend, « ont exposé leur cou! »

Quant à moi, je ne m’étonne pas des erreurs qu’ont enfanté les thèses de Paul; je m’étonne d’une seule chose, c’est que les gens qui prennent ici, au mépris des avertissements de Dieu, la parole de Paul pour la parole du Saint-Esprit, s’accrochent à ce pis aller : « se marier plutôt que de brûler », et n’adoptent pas, et ne hissent pas adopter aux leurs, le seul état qui nous permette de servir Jésus sans distraction : le célibat perpétuel ! — Une situation dont le moindre inconvénient serait de nous assujettir aux choses du monde ne saurait convenir à des chrétiens. Les chrétiens sont tenus de poursuivre, d’accomplir le bien absolu : rien de moins.

Mais il y a autre chose. Ce mieux proposé par saint Paul aux pères qui ne marient pas leurs filles, hasarde pour la première fois ici — tenez grand compte du fait — son apparition dans les Ecritures. La Parole de Dieu ne connaît pas de mieux. L’Évangile n’admet ni saintetés d’exception, ni saintetés aux rabais. La perfection présentée à tous, obligatoire pour tous, au même degré, je vous défie de trouver autre chose dans la Révélation. Et que serait un Dieu, je vous le demande, qui exigerait moins? Et que serait une àme qui se contenterait plus bas? Là est le sceau divin. Les religions humaines établissent en matière de sainteté des degrés

LE SOCIALISME

divers, Dieu qui est parfait exige la perfection. Or le- Dieu parfait a créé le mariage; or le Sauveur parfait a ramené le mariage à son intégrité ; or le mariage chrétien, or la famille chrétienne, telle est la grande prédication de sainteté adressée au monde païen. Aucune idée ne pouvait lui paraître plus nouvelle, aucun fait plus merveilleux. Des célibataires, il en avait vu, el beaucoup ; des prêtres et des prêtresses gardant la virginité sacrée, ses fausses notions de sainteté lui en avaient montré dans tous les pays et dans tous les temps. Les sages de l’antiquité ne se mariaient guère, les philosophes dédaignaient l’union conjugale, quelques-uns même la proscrivaient; l’égoïsme ascétique, la perfection déplacée, les sources de la vie morale perverties ou détournées, voilà ce que l’antiquité connaissait. Ce qu’elle ne connaissait pas, ce qu’elle ne soupçonnait pas, c’est le mariage dans sa pureté, dans sa force, dans son immortalité; ce que ses regards n’avaient jamais rencontré, ce sont des époux saintement épris l’un de l’autre, croyants, travailleurs, heureux, héroïques au besoin, et qui marchent la main dans la main, un dans la vie, un dans la mort, le front tourné du côté des horizons éternels. Ce que l’antiquité ne connaissait pas, c’est l’amour, 'le pur amour conjugal, l’amour clairvoyant, viril et tendre. Ce qu’ignorait l’antiquité, c’est la famille, c’est le foyer, ce sont les bonnes joies, ce sont les saintes douleurs.

LE MARfAGE ATTAQUÉ PAR LE SOCIALISME. 179

Communauté des biens, communauté des existences, négation des droits de l’âme, absorption de l’individu par l’État, despotismes sous toutes les formes, le vieux socialisme lui avait donné tout cela; les sectes soi-disant chrétiennes et qui sortent du paganisme un instant terrassé, mais non vaincu, devaient lui rendre tout cela Si' l’Évangile, ainsi que l’affirme le socialisme païen mal déguisé sous sa robe de moine, si l’Évangile a fondé non la famille, mais le couvent; non le mariage, mais le célibat; non l’individu, mais le numéro, l’Évangile n’a rien apporté, rien enseigné, rien changé; aucune révélation, aucune restauration, aucune transformation n’a signalé, n’a suivi la venue de Jésus-Christ!

Ouvrez les yeux, regardez le monde antique, regardez le monde moderne; faites attention dans le monde moderne aiix deux courants; comparez les peuples de la aux peuples de la tradition latine, le courant chrétien au courant païen, et concluez!

V * 11 viendra des sectes de perdition... défendant de se marier! .

I Timothée, iv, 3.

Je vais scandaliser, et beaucoup, on parlant du mal que font les bonnes œuvres et les braves gens.

L’histoire toutefois ne nous enseigne rien avec plus de clarté.

On se délie des coquins, on hésite à les suivre; on ne se défie point des braves gens, on marche derrière eux, les yeux fermés, emboîtant le pas, heureux de se débarrasser du soin d’examiner et du souci de vouloir. A l’origine de chaque déviation funeste, vous trouvez un digne homme, le plus souvent un chrétien. Sincérité d’intention, dévouement de fait, il a tout ; seulement il se fourvoie. Si l’on y eut regardé de près, on aurait admiré l’homme, on aurait rejeté l’ erreur. Mais l’on n’y regarde pas. Pourquoi prendre cette peine? Tenir pour chrétien tout ce que fait un chrétien est plus commode; déclarer bonne toute œuvre

qui produit quelque bien est moins gênant; on se dispense du travail de l’âme, le troupeau suit Formère, si elle mène au gouffre, tans pis!

Qui pourra douter qu’à l’origine du célibat religieux il n’y ait eu de bonnes âmes, qu’il n’v ait eu de bonnes œuvres à la base des couvents? Et c’est justement pai ce qu il y a\ait des unes et des autres que le mal, énorme, s’est développé sans contrôle, grandissant, envahissant, corrompant les Ecritures en attendant qu’il les proscrivît, diminuant la famille en attendant qu il la renversât, produisant le clergé, la confession, la direction, la papauté, toute l’erreur catholique, tous les développements du despotisme spirituel, toute cette funeste organisation, couvée dans le principe par d'honnêtes gens qui ne se doutaient pas du mal qu’ils faisaient.

Ee socialisme a ses mauvaises bonnes œuvres, par lesquelles la famille est attaquée et qu’il importe de signaler.

Ea plus recente, très à la mode, la Crèche, est une de ces mauvaises bonnes œuvres , absolument contraires à l’institution de Dieu.

Ea Crèche achève de supprimer la mère pour ne plus uvoii que 1 ouvrière et pour l’avoir en conscience. Avant la Crèche, les nourrissons entravaient le mécanisme des rouages; l’ouvrière parfois se sentait des entrailles maternelles et laissait la manufacture pour le

berceau. Le foyer se rallumait, le nid se réchauffait, l’intérieur se peuplait, la mère retrouvée faisait retrouver le père, la famille se reformait, se groupait; il y avait plus de gène peut-être, il y avait plus de bonheur; si le père allait moins au cabaret, s’il fréquentait moins les lieux de plaisir, il revenait d’un pas plus hâtif de la fabrique au logis, car le logis, tout pauvre qu’il fut, gardait au père des gazouillements, des sourires et des caresses; cela relevait le coeur, cela refaisait l’homme complet! Avec la Crèche, grâce à la Crèche, l’ouvrière reste ouvrière, le logis reste fermé ; on n’y retourne que le soir, tard, harassé; le logis est froid, hostile, il ne reconnaît pas ses hôtes ; presque étrangers les uns aux autres, ceux-ci ne se sentent pas chez eux. Nul attrait, nul comfort; Pâtre est glacé, les cendres en sont éparses ; le lit quitté dès l’aube, les meubles poussés au hasard portent les traces d’un départ précipité; l’enfant, qui se sent mal à l’aise dans ce lieu de passage, grogne et pleure; l’ouvrière fatiguée, surmenée, tire au court; le père, qui connaît d’expérience ces déplorables rentrées et que n’attend rien de bon, nillamme claire, ni chambrette avenante, ni doux regards, ni bonne causerie, ni repas modeste mais soigné, ni cette dilatation de la paisible, de la tiède atmosphère de famille, le père déserte; il va au café; s’il ne mange pas, il boit; il pousse quelque bille; l’air de la taverne est épais, les émanations en sont

nauséabondes, c’est égal, il a chaud, il n’entend pas geindre les marmots, lamenter la femme; il ne reviendra que tard, pour se jeter sur son matelas, quand le sommeil, ce lourd sommeil que produisent des lassitudes sans joie, aura fait taire tout ce qui gémissait dans le taudis.

Vous dites que la Crèche n’est pas responsable de ces misères, qu’elles existaient avant la Crèche, que la Crèche décharge la mère, et voilà tout! La Crèche décharge la mère! C’est justement là ce que la Crèche fait de pis ! Ce n’est pas la mère qu’il faut délivrer de sa charge, c’est l’ouvrière dont il faut briser le joug. Ne lui facilitez pas l’esclavage; n’emmiellez pas la servitude pour conserver le droit de la maintenir. 11 y a des monstruosités, il y a des crimes contre nature auxquels on doit laisser tout l’odieux de leur caractère ; seulement alors ils pèseront sur la conscience publique, seulement alors ils auront raison de l’égoïsme général. Sitôt que vous parvenez à en diminuer l’horreur, vous en assurez la durée; amoindrir le mal, c’est le favorisor.

La Crèche est commode, qui en doute? Il est commode assurément de se délivrer des soins d’un maimot, comme il est commode d’abandonner les tracas du ménage, commode de ne pas élever des (ils, commode de ne pas aider un mari, commode d’éteindre le

foyer, de déserter l’intérieur, de fermer la maison !

il*

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Mais, par toutes ces choses commodes, une chose funeste est advenue : la famille s’est si bien dépouillée de ses devoirs, qu’elle a perdu sa vie. Ses devoirs • sont sa vie. Nos devoirs sont notre vie, toujours. Qui nous allège nous blesse à mort.

Notez-le bien, la Crèche ne fait ici que le premier pas. L’enfant recueilli par elle passe à la salle d’asile* ; la salle d’asile le transmet à l’école, qui le livre au collège ou è l’apprentissage, selon sa position; puis la vocation le prend, et cet enfant, devenu jeune homme, n’aura pas vécu de la vie de famille un seul jour.

Je n’oublierai jamais, pour ma part, la répugnance profonde, l’espèce de frisson que me faisaient éprouver le collège, ces cours de monastère, ces réfectoires de couvent, ces dortoirs d’hôpital, cette existence collective, ce socialisme cloîtré, loin du père, loin de la mère, loin des bonnes tendresses, loin du nid ! Soyez-en certains, il y a dans ces répulsions instinctives une révélation de la vérité.

Qu’on n’exagère pas ma pensée. Je ne veux fermer

i. Dans la plupart des villages du canton de Berne, la salle d’asile n’existe pas; les familles n’en sont que plus unies. Rien de charmant, rien de touchant comme de voir, au temps des récoltes, le père et la mère entourés de leur pépinière d’enfants, les plus grands traînant les plus petits dans leurs chariots rustiques, tous heureux, épanouis, tous niellant la main à l’œuvre, jusqu’au dernier, qui apporte eu triomphe une poignée de foin, trois ou quatre épis, quelque pomme de terre oubliée sur le champ!

ni tous les collèges, ni toutes les salles d’asile, ni meme toutes les Crèches. Je signale un entrainement auquel nous obéissons cq aveugles, un débarras de nos soucis qui est une abdication de nos devoirs, une tendance socialiste qui, faute de résistance, nous tuera.

Un trait encore. On est en train d’organiser, pour les classes indigentes, des espèces de restaurants où l’ouvrier, trouvant sa nourriture apprêtée, pourra la consommer sur place, loin des siens. Les restaurants coopératifs, parfaits lorsqu’ils s’ouvrent à l’ouvrier sans famille que son isolement même condamne à la vie du restaurant, aux solitaires et tristes repas du restaurant, aux prétentions exagérées et chaque jour plus onéreuses du restaurant, appliqués à la famille deviennent un dissolvant pernicieux contre lequel on ne saurait lutter avec trop d’énergie.

Prenons-y garde. Sans compter que le prix accumulé des portions livrées par les fourneaux coopératifs dépasse le prix du même repas préparé par les soins de la mère, que la famille est ici, en fait, la plus économique des sociétés coopératives ; du moment où nous éteindrons Pâtre de famille; du moment où, continuant à mettre le commode à la place du devoir, nous délierons la femme des meilleurs travaux de son intérieur et des plus doux soucis de son existence, nous ferons un acte socialiste et mauvais, nous attaquerons la famille, nous ruinerons la famille, nous lui ravi-

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rons un de ses trésors touchants et saints. Le pot-aufeu, cette arche sacrée, disparaîtra sous nos soins insensés.

C’était autour du repas préparé par la femme, par la mère, qu’on se retrouvait avec bonheur. Tout le jour on y pensait, là s’échangeaient les doux propos; la flamme était claire, la grosse marmite sentait bon, le va-et-vient de la ménagère mettait la joie au cœur, le chez-soi rayonnait; on n’aurait pas échangé cet être, les fagots de menu bois qui pétillaient, cette bouilloire qui chantait, cette petite cuisine reluisante et gaie, la nappe grise, la vaste soupière, le babil des enfants, tout ce tracas heureux, contre la salle à manger d’un palais. Autour du potau-feu, pas ailleurs, l’ouvrier rencontrait l’existence comme Dieu l’avait faite; il retrouvait la vie domestique, la vie normale, la vie de famille, qui n’est ni la vie d’atelier, ni la vie de café, ni la vie de restaurant. Eh bien, non, le pot-au-feu ne subsistera pas ! De cette création excellente, les sociétés coopératives, qui so bornent à fournir l’ouvrier de denrées à prix réduit, qui laissent peser sur la femme les saints travaux du ménage, qui maintiennent les privilèges avec les devoirs de l’intérieur, vite on en est venu à celte institution détestable, le restaurant, qui supplée la ménagère, c’est-à-dire qui la supprime, et qui éteint le foyer! Les fourneaux économiques, bons, redisons-

le, pour les existences isolées, pour les désemparés, ont apporté b* fausse économie, celle qui, afin d’épargner quelques centimes, détruit la famille, et son centre, celle qui calcule qu’on gagne quelques sous à neplus vivre chez soi, à. ne plus posséder de chez soi, à ne plus s’aimer entre soi, et qui ne voit pas qu’elle provoque les mauvaises dépenses, les dépenses du cabaret, de la toilette, de tout ce qui prend la place du vrai bonheur. — Après avoir ruiné l’industrie de iûmille, emporté les berceaux de famille, on renverse le pot-au-feu de famille! Croyez-vous que l’homme en sera plus heureux? croyez-vous qu’il en deviendra meilleur?

Je ne prétends pas énumérer ici toutes les mauvaises bonnes- œuvres, toutes les œuvres socialistes. Laissez-moi pourtant nommer encore les hospices et les hôpitaux.

Cette même répugnance, instinctive et saine, que le collège inspire à l’enfant; l’hôpital s’y heurte chez le malade, l’hospice la rencontre chez le vieillard. La famille, en dépit de nous, est si bien ancrée au fond de nos cœurs, que ces cœurs, toujours, reculent devant ce qui l'ébranle ou ce qui la nie. N’importe ! les habitudes sont là, les facilités y sont, et malgré les répulsions du malade, malgré les protestations de son cœur, on profite de l’hôpital. La famille s’évanouit au

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moment même où elle devrait s’éveiller, s’affirmer, exercer ses droits, pratiquer son devoir. Ceci encore est commode ; il est commode assurément de se débarrasser d’un membre gémissant, souffrant, exigeant peut-être, dont il faudrait écouter les plaintes, calmer les angoisses, qu’il faudrait soigner, veiller, pour lequel on aurait à dépenser, surtout à se dépenser. On le porte à l’hôpital, dans son intérêt, cela va de soi! llicn ne lui manquera, rien, sauf la tendresse des siens, sauf leur dévouement, sauf leurs sacrifices! — Une fois le débarras opéré, les égoïsmes se dilatent , la gaieté revient, nul ne s’est gêné, la conscience demeure en paix. Le malade n’a-t-il point ce qu’il lui faut? d’ailleurs n’ira-t-on pas le voir, pendant une heure, tous les huit jours?

Et tandis que cette mère, couchée sur un lit d’hôpital, au milieu d’étrangers, rêve en son délire de visages aimés que ses regards ne retrouvent pas, de voix connues que ses oreilles n’entendent plus, d’un entourage accoutumé qu’elle cherche en vain, le logis se dépeuple, la famille se défait, les enfants à l'abandon, le père à la débauche; encore un foyer dont les cendres se dispersent, encore des affections qui se refroidissent, encore des liens qui se dénouent! Et quand la malade reviendra, si elle revient, « son lieu ne la reconnaîtra plus » !

Pour des cas rares, exceptionnels, pour de pauvres

êtres sans feu ni lieu, l’hôpital est nécessaire. Le plus souvent, presque toujours, on peut s’en passer. Presque toujours la famille, à condition de recevoir un peu d’aide, sera le meilleur des hôpitaux. Presque toujours il sera facile, j’en ai par devers moi l’expérience , d’organiser les soins en recourant aux bons voisinages, aux aptitudes qu’on a sous la main, aux sentiments généreux et vrais que l’appel excite toujours et que développe l’application, aux moyens naturels qui font beaucoup de bien et peu de bruit.

La cause des soins à domicile est gagnée, du reste, auprès des esprits éclairés et des gens qui ont étudié les réalités. Pour eux, il est bien prouvé que l’exil d’un malade lui est toujours cruel, souvent funeste, que rien ne remplace l’atmosphère du chez soi, les tendresses du chez soi, qu’il y a là les plus puissants agents curatifs. Sans compter qu’avec le quart, qu’avec la dixième partie des sommes employées à bâtir, à meubler, à entretenir les hôpitaux, on opérerait à domicile des miracles de bien-être et de guérison !

C’est égal, la mode socialiste porte aux hôpitaux; c’est à qui aura le sien, il en naît de partout, et une fois ce déversoir à portée, pas un malade ne reste au logis *.

1. Distinguons entre l’hôpital, déversoir de l’égoïsme humain, il faut répéter le mot, et les maisons de convalescents, qui, situées à la campagne, procurent l’air salubre des champs aux souffreteux des

l'JO

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N’a-t-on pas inventé les hospices destinés aux ménages, le casernement économique de la famille ellemême?

Ainsi l’on tourne le dos à toute bonne, à toute vraie solution.

La famille est li\, prête à tout, propre à tout : sachons nous en servir.

Voici des “vieillards. Concevez-vous une plus étrange idée que la pensée de mettre ensemble ces infirmités, «tes vétustés, ces gémissements, ces ruines et ces langueurs, sans un sourire de jeunesse pour en égayer les ennuis? Est-ce là ce que Dieu a fait ? Dieu n’at-il point, au contraire, placé le vieillard auprès du petit enfant? Entre le petit enfant et le vieillard, Dieu n’a-t-il pas établi ces douces, ces mystérieuses affinités dont la famille seule possède le secret?

Allez, n’agglomérez pas les décrépitudes, n’entassez pas les décombres. Si le vieillard est absolument abandonné, s’il ne possède plus ni parents ni amis, placez-le dans quelque intérieur paisible, où il sera choyé, caressé, où on lui fera sa place de père-grand , où il aura ses petites occupations, avec des enfants pour jouer entre ses jambes et le foyer domestique

villes, et le procurent pour un temps limité. Il ne s’agit plus ici de suppléer la famille en la déchargeant de ses devoirs ; il s’agit d’un puissant moyen de guérison, que la ville ne saurait fournir; il s’agit d’une courte absence et non plus d’un exil.

pour s’y réchauffer le cœur. Ainsi abrité, le vieillard vous coûtera. moins et vous le rendrez mille lois plus heureux*.

Voici des orphelins; voici des enfants qu’il faut, à tout prix, tirer d’un milieu corrompu! Au lieu de les condamner à la vie toujours factice, toujours placée d’un établissement spécial, ouvrez-leur la famille; qu’ils y retrouvent le père, la mère, les frères et les sœurs, les bonnes affections, les bonnes joies, les bonnes gronderiez avec les bons chagrins, cette saine éducation de l’existence comme elle est, en un mot, que vos institutions collectives, quoi qu’elles fassent, ne remplaceront jamais.

Qu’on ail des maisons de correction pour les cas extrêmes, qu’elles prennent la place de? prisons publiques et reçoivent les jeunes détenus, rien de mieux; à la condition, toutefois, que ces refuges reproduiront autant que faire se pourra les caractères de la famille, et qu’ils restitueront au plus tôt leurs pensionnaires au grand soleil de la vie normale, à la pleine liberté.

Répétons-le, il s’agit de réagir.

1. Est-il besoin de le dire? chacun connaît tel asile de vieillards, fondé par Je dévouement, où la sollicitude la plus éclairée lutte contre les inconvénients que nous signalons. Elle lutte, mais les principes sont plus forts que les intentions ; le système, quoi qu’on fasse, porte ses fruits. S'il y a du bien, parce qu’il y a de l’amour, il y a du mal inévitable, parce que le système est faux. Vous n’cmpêchercz jamais l’agglomération des sénilités, des tristesses, des infirmités et des dévastations, de produire ses lamentables résultats.

Nous avons la rage [du règlement, de l’officiel, de l’apparat. Il nous faut des dortoirs, des uniformes, des sœurs, des numéros, que sais-je!

Mais ce que je sais bien, c’est que la famille comme Dieu l’a donnée, c’est que la vie comme Dieu l’a créée valent un peu mieux, sont un peu plus salubres que le phalanstère, le pensionnat ou le couvent, et que si nous voulons remédier aux souffrances, que si nous voulons remettre l’homme sur ses pieds, nous n’en ferons ni un phalanstérien ni un moine, nous en ferons un mari, un père, et qu’en faisant cela, nous ferons bien.

Chacun les connaît, chacun les a nommées, ces habitudes subversives de la famille. Je n’en dirai que deux mots.

Autrefois on avait le cabaret. Le xix® siècle, plus délicat, plus hypocrite peut-être, a le cercle , a le club , ce refuge ouvert à l’égoïsme contre les devoirs de la tendresse, ce chez soi bâtard prépare pour ceux qu’ennuient la femme et les enfants, cette manière aisée de se procurer un foyer sans être plus ni mari ni père, cet intérieur bien chauffé, bien éclairé, bien fourni de tout ce qui rend la vie matérielle douce et veloutée, parfois ce palais, organisé pour l’homme qu’éloigne une pauvre demeure d’ou l’économie a nécessairement banni le luxe, où les bûches sont

rares, les tapis minces, les meubles simples, les servantes novices, où l’on ne trouve ni billard ni jeux de cartes, où les marmots pleurent souvent, font du bruit toujours, où la femme raconte ses peines, implore le secours, où l’on rencontre les exigences de la conscience, mais aussi les bons regards, les douces caresses, de petits bras aimants, des voix qui pénètrent le cœur, des faiblesses qui font sentir le bonheur de protéger, d’ètre homme, chef, responsable et roi!

D’abord on n’accordait au club qu’un moment.

Parcourir quelques journaux, serrer la main à deux ou trois amis, savoir les nouvelles, ou n’en demandait pas plus. Puis l’instant se prolonge, le club est gai, chaud en hiver, frais en été, on y fait ce qu’on veut, comme on veut, et l’on y reste, et la femme, seule au foyer- désert, s’en tire comme elle peut. N’a-t-elle pas ses devoirs pour lui tenir compagnie? Peu à peu la pauvre créature, qui a gémi, qui a pleuré de son abandon, s’v accoutume, elle en prend son j

parti; les vies se séparent absolument; si le mari revenait, la femme en serait étonnée, presque scandalisée, elle ne saurait que faire de lui! Les enfants connaissent à peine leur père. Ce père-là, qui ne les a jamais ni caressés ni grondés, 11e dit rien ni à leur sens moral ni à leur cœur. Vienne le collège, ils ne le connaîtront plus du tout.

Et le père à son tour rencontrera le désert. Quand arrivera l’Age, avec son cortège d’infirmités, quand le vide naîtra, quand le besoin d’un foyer s’éveillera dans l’âme du vieil égoïste, des voix cassantes etsèches, répétant froidement la phrase consacrée : Mon père a son club! lui opposeront le fait, inexorable, implacable, d’une séparation qu’il a voulue, qu’il a opérée, qu’il a maintenue, et qui l’enfermera dans son anneau de fer.

Sans cercle et sans club, on vit séparé des siens. Le siècle y pousse, tous en subissent l’influence; les chrétiens eux-mèines n’y échappent pas entièrement. Le sont les comités, ce sont les voyages pieux, mille occasions dévotes d’échapper aux devoirs d’intérieur.

On pourrait, à l’heure où naît un enfant, tirer son . horoscope sans risquer de se tromper beaucoup. S’agit-il des classes pauvres?Commencerpar la crèche, finir par l’hôpital en passant par la manufacture, vivre loin de la famille, privé des forces et du bonheur qu’elle donne : tel est le destin. S’agit-il des classes riches? Le collège, puis le club, vivre exilé de l’intérieur, sevré des bonnes joies et des bonnes douleurs : tel est l’avenir. '

Prenons-y garde. A ce jeu l’homme ne perd pas dos félicités seulement, il perd son Aîné et son cœur, rien que cela. Le nivellement rabat tout, efface tout, les vies,- les caractères, les individualités. Nous avons

LE SOCIALISME

nos administrations très-perfectionnées ; nous avons notre centralisation poussée au dernier degré ; nous avons nos chemins de fer, nos télégraphes, notre luxe, nos mille manières de satisfaire nos mille appétits; nous avons tout, sauf des hommes.

Retrouvez la famille, je vous le dis encore une fois. Sans la famille, l’homme achèvera de périr.

LE REMÈDE

Il n’v a qu’un remède. Je viens de l’indiquer : la famille restituée par la Parole de Dieu.

Chaque époque de l’histoire fournit à l’Evangile une nouvelle mission. La mission moderne, pour l’Evangile, consiste à refaire la famille, que tous les socialismes conjurés s'efforcent d’anéantir.

Socialisme impie, socialisme pieux, socialisme des idées, socialisme des faits , socialisme des bonnes œuvres, socialisme des mauvaises, et le terrible socialisme des manufactures et le socialisme non moins terrible des éducations et le socialisnle général du nivellement universel, chacun bat en brèche la famille, chacun va démolissant à qui mieux mieux l’individu.

Tout est bien nivelé par vos chemins de fer.

Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air!

On meurt dans notre air! Nos sociétés humaines

LE SOCIALISME

n’ont plus de place pour le cœur humain. Il n’y a

plus moyen d’être quelqu’un. L’individu étouffe. En

présence de ce géant qui grandit sans cesse : l’Etat!

l’individu s’amoindrit de plus en plus.

Qui le protégera? qui le mettra au large?

Pour le protéger, il faut, affirme-t-on, des êtres collectifs qui puissent opposer une résistance à l’Etat! Et l’on invente des phalanstères plus ou moins mitigés, et l’on nous ramène au couvent, et l’on ne voit pas que l’être collectif par excellence, celui que Dieu a préparé pour sauvegarder l’individu, celui qui crée, celui qui maintient, celui qui développe, celui qui ennoblit souverainement la personne humaine, c’est la famille, ce chef-d’œuvre de Dieu !

Vis-à-vis de la famille vous avez un autre être col-

lectif, puissant, bienfaisant, fondé par l’Évangile: l’Eglise. L’Église et la famille se soutiennent et s’arc-

boutent pour former l’édifice complet. J’entends ici la véritable Église, l’association des hommes qui par un libre mouvement de la conscience et parce qu’ils ont donné leur cœur à Jésus, se déclarent chrétiens. La famille chrétienne, l’Église selon Christ, opposant le seul grand obstacle à l’absorption de l’individu par le grand tout phalanstérien, sauveront seuls la société. Il n’y a que l’Eglise, il n’y a que la famille pour tenir tête au socialisme ascendant. Ou le socialisme ou

LE REMEDE

l’Évangile, ou l’État, mi l’homme. La guerre est engagée, le bien et le mal combattent à ciel ouvert, chacun sous sa couleur : il fout choisir.

Ce qui nous y contraindra, c’est que le paupérisme monte, lui aussi. En dépit, souvent en vertu même des institutions charitables destinées A le conjurer, le flot se gonfle et le mal s’étend. Il ne s’agit plus d’appliquer des palliatifs. Ce débordement-l;\, ces soufîrances-là demandent une solution. L’Évangile et la famille, la famille par l’Evangile, je ne connais point d’autre salut.

Hâtons-nous.

Qui aurait le courage d’attendre? qui oserait temporiser? La misère, la corruption, l’émiettement, n’attendent pas, ne temporisent pas. Si nous ne nous portons en avant, armés de résolution et de foi, ils auront vite achevé l’effondrement final !

Nous les gens du Livre , les gens de la famille, nous avons notre socialisme à nous, sachez-le bien. Nous prétendons réformer la société. Seulement, au lieu de demander aux lois un nivellement qui l’écrase, nous demandons à l’Évangile une libération qui la relève.

Changer les cœurs! la réforme sociale est là tout entière, vraie, profonde, complète, radicale. Trouvezen une meilleure, je vous mets au défi !

LE SOCIALISME

Au surplus, aimons la société humaine. Le monde appartient à ceux qui l’aiment.

Quand l’amour chrétien, pressant nos coeurs, aura conquis le retour progressif à la vie de famille, une immense révolution commencera de s’accomplir.

Cette révolution ne sera pas morale seulement, elle remaniera partout les conditions de l’existence-, elle fera partout remonter les niveaux.

Prenez le budget de l’ouvrier, rien que cela. Au lieu du budget de l’égoïsme et du désordre, que ce budget devienne le budget de. la famille; retranchezcn les dilapidations du lundi, le laisser-aller de chaque jour, les débauches périodiques; comptez après. Vous trouverez des millions et des centaines de millions ajoutés aux ressources du travailleur 1 .

En môme temps que les ressources croîtront, le bonheur naîtra, les affections légitimes reparaîtront, la santé morale s’épanouira, faisant fleurir avec elle la santé du corps. Car tout se tient, car tout périt, âme et corps, dans ces bas-fonds du paupérisme socialiste où nous enfonçons à chaque pas.

En face de la machine, qui menace de machiniser l’espèce humaine, redressons la famille, vivifiée par la Parole de Dieu. La famille créera des besoins, des

1. Ceux qui savent combien d’objets indispensables, de lits entre autres, sont engagés au mont-de-piété quand vient le carnaval, ne trouveront pas exagérés les chiffres que je donne ici.

LE REMÈDE

tendresses, des forces, des indépendances toutes nouvelles; elle créera des devoirs aussi : le devoir! cette puissance qui a le secret des énergies, cette austérité qui a le mot du bonheur.

La famille résoudra le problème des salaires insuffisants.

La famille résoudra le problème des ouvrières isolées, que perd l’abandon.

La famille résoudra le problème des logements insalubres.

La famille résoudra le problème de la charité, de la vraie charité, de celle qui fait du bien et qui ne fait pas de mal.

Voyez ces admirables femmes de la Bible! J’y reviens; messagères, de la famille, elles pénètrent journellement au fond des quartiers les plus redoutables de Londres, elles vont dans les taudis les plus répugnants annoncer l’Evangile et reconstituer la famille. C’est là le caractère de leur mission. Elles enseignent aux mères à tenir leur ménage en ordre, à aimer leur mari , à bien élever leurs enfants. Elles introduisent la propreté dans les tanières infectes, elles y amènent l’économie, le bien-être, le goût, ne craignant pas de mettre la main à l’œuvre pour accomplir ces humbles, réformes qui sont les grandes. Peu à peu les intérieurs sordides et délabrés se transfigurent; au lieu d’éloigner, ils attirent, on s’y

LE SOCIALISME

trouve heureux, on y revient volontiers, on y reste, et la misère est vaincue, et la famille a triomphé.

La famille s’emparera de toutes les institutions saines et bonnes, pour les assurer, pour les développer. Ainsi les caisses d’épargne; ainsi les sociétés de secours mutuels 1 , sociétés si éminemment propres à réveiller l’esprit d’initiative, à relever le moral; ainsi les bains et lavoirs, qui favorisent la propreté, cette vertu presque inséparable de l’Évangile; ainsi et pardessus tout la construction des maisons d’ouvriers, cette œuvre excellente de notre temps, qui par la persévérance crée la race des acquéreurs, qui par le labeur crée la race des propriétaires, c’est-à-dire des hommes de famille, c’est-à-dire des hommes de résolution, de vaillance et de liberté.,

L’Évangile et la famille fermeront bon nombre d’hôpitaux, bon nombre d’asiles; en revanche, ils porteront des secours à domicile, ils fourniront des infirmières sans guimpes et sans béguins; ils replaceront dans ce nid chaud et velouté, qui s’appelle un intérieur chrétien, les déshérités, les abandonnés d’icibas. ,

L’aumône s’exercera.

Si, jetée au hasard, elle agrandit les plaies; si la charité du couvent engendre des populations men-

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