L’ORIENT ANTIQUE
L’idéal indou vaudra-t-il mieux?
Dans cet immense pays aux vagues effluves, aux molles rêveries, l’effacement béat, l’abstention absolue dans l’éternelle contemplation forment toujours l’essence même de la sainteté. Le point culminant, radieux, le dernier terme du céleste bonheur, c’est toujours l’anéantissement de l’individu.
Ici même, l’individu rencontre deux ennemis nouveaux : la caste et la métempsycose.
La caste lui fait perdre sa liberté, elle lui enlève la détermination de sa carrière, elle s’oppose au choix de ses relations, elle lui soustrait la destinée de ses enfants, elle ferme, car elle fixe irrévocablement son . avenir; l’individu ficelé, muré dans sa caste, ne se meut plus, ne veut plus, ne décide plus; il roule sur un plan fatalement incliné vers la métempsycose, qui le prend à son tour, et qui achève d’étouffer son dernier souffle en lui arrachant l’identité. Ainsi cet objet, naguère un homme, passant à travers la foule des transformations successives, inconscientes, interminables, qui le débarrassent radicalement de ce qui lut lui, arrive au bonheur souverain, à la perte finale dans le grand tout.
Etonnez-vous après cela que la famille soit mortellement blessée, ou ne soit plus !
Étonnez-vous de trouver, dans les lois de Manou, et
l’autorisation de la polygamie — Manou permet quatre
L’HISTOIRE
épouses — et le mépris des femmes : « 11 est dans le caractère du sexe féminin de chercher à corrompre l’homme ici-bas. »
Etonnez-vous si les vices de l’homme, par compensation, rencontrent cette lâche indulgence que leur ont toujours réservée les civilisations étrangères au respect du sanctuaire intérieur.
Des marchés hideux sont conclus sous le toit conjugal; les femmes, réduites presque à l’état d’esclaves, n’ont plus ni intelligence, ni cœur, ni responsabilité; on marie les filles à huit ans; le droit d’aînesse opprime les frères cadets, écrase les sœurs ; et Manou porte le coup suprême à la famille en abattant l’autorité du père, en faisant du Gourou , du directeur, la première des affections, le vrai chef de l’âme, celui qui, gouvernant la conscience et réglant les devoirs, mène tout.
Voici l’ordre établi par le législateur :
Le Gourou;
Le père et la mère ;
Le frère aîné.
Quant à l’épouse, il n’en est pas même question.
La légende de Krichna , dans des temps beaucoup plus modernes, met sous nos regards une série d’aventures amoureuses qui nous édifient très-peu. Nous ne sommes guère plus émus, je l’avoue, par
L’OIUENT ANTIQUE.
r hécatombe des seize mille huit cents femmes, ses épouses, qui se brûlèrent sur son bûcher.
Zoroastre, le philosophe persan, laisse la polygamie dans l’ombre. Mais le dualisme, essence même de sa religion, suffit pour attaquer le mariage et pour le ruiner.
Le dualisme, cette assimilation de la matière au mal, considère le mariage comme un état inférieur.
Les Gnostiques, venus d’Orient, ont tous hardiment posé le principe et tiré la conclusion.
N’y a-t-il point de Gnostiques chez-nous? La confusion des idées de matière et de mal, confusion qui nous débarrasse de la responsabilité du péché et nous délivre du devoir de le combattre, ne règne-t-elle pas dans plus d’un esprit? L’Église romaine tout entière avec ses grands saints n’a-t-elle pas fléchi de ce colé-là?
C’est, il me semble, ce que démontre jusqu’à l’évidence le plus simple regard jeté sur l’histoire, sur le catholicisme et sur nous.
Le reste de l’Asie, dans sa partie occidentale, Carthage, la splendide africaine, pratiquaient à l’envi des cultes infâmes dont je ne veux pas même indiquer les traits essentiels.
Nommer Mol oc et Astarté , c’est assez dire sous quelle pourriture s’émiettait l’individu, dans quelle
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boue sombrait la famille, toujours étouffée par la corruption, car toujours et partout, ce qui dégrade l’homme le fait périr.
Je ne nie certes pas ce que la civilisation grecque a présenté de délicat et de supérieur. En fait de rites obscènes toutefois, la Grèce ne le cédait nullement à la Phénicie. Paplios, Corinthe, les mystères, les cérémonies publiques, tout se réunissait pour souiller l’âme, pour démoraliser l’individu, pour réduire par conséquent la famille au néant.
Chaque vice avait son représentant dans l’Olympe, chaque monstruosité y trouvait sa justification. Comment voulez-vous dès lors qu’une notion de pureté, je dis des plus élémentaires, restât debout au fond du cœur?
L’important, lorsqu’on juge une civilisation, ce ne sont pas les faits énormes, les crimes exceptionnels, ce sont les faits journaliers, acceptés et vulgaires : ce n’est
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pas ce qui scandalise, c’est ce qui ne scandalise pas.
Or les législations s’accordaient exactement avec les turpitudes sacrées : voyez Lycurgue.
Or les mœurs, les mœurs avouées, universelles, conduisaient les plus honnêtes Athéniens chez les femmes les plus perdues : consultez Aspasic.
Or l’antiquité grecque et romaine tout entière a ■célébré les hétaïres : et ici, ne craignez rien, je ne vous dirai ni tout ce qu’elle a honoré, ni tout ce qu’elle a fait, durant des siècles, sans remords et sans pudeur. *
Après cela, cherchez en Grèce quelque chose qui ressemble à la famille, cherchez quelque chose qui ressemble à l’amour, cherchez quelque chose qui ressemble à l’individu!
La famille ! je vous mets au défi d’en trouver un vestige.
L’amour! vous rencontrez bien un. dieu qui porte ■ce nom; mais ce nom-là, donné à ce dieu-là, c’est une protànation, c’est un blasphème. Où la femme n’existe point, l’amour n’est point. Il lui faut l’estime, le respect, la pureté. Quel Athénien a jamais dit : « Toi qu’aime mon àme ! 1 »
L’individu! ne le demandez pas davantage aux sociétés antiques du Péloponèse. Le grossier principe