‹ L'ennemi de la familleChapitre 6 sur 67 · Cantique des cantiques, ch. i, verset · texte numérisé non relu

Cantique des cantiques, ch. i, verset

païen, cette négation de l’âme et de la famille, en a vite raison : l’État s’est mis à la place de la conscience, par où s’affirme l’individu.

Il n’y a plus de foi personnelle; il y a la religion de l’État.

Il n’y a plus de vie intérieure; il y a la place publique, centre et palpitation de la vie de l’État.

Il n’y a plus de table de famille; il y a les repas de l’État.

Il n’y a plus de foyer autour duquel se pressent les enfants, plus d’éducation domestique, plus- de tendresses liliales; il y a les nourrissoirs , il y a les élevoirs de l’État.

L’État a dévoré le croyant, le père, l’époux. L’État a dévoré l’homme.

Ce que la Grèce a fait, Rome le continuera.

Encore une grande civilisation devant laquelle il faut s’incliner, encore une éclatante manifestation du principe païen contre lequel il faut protester.

J’ai dit protester , je pourrais dire lutter ; car Rome, Rome la païenne n’est pas morte, et son Vatican qui a hérité de son Capitole nous le fait bien voir.

Pour le droit romain, la famille n’existe pas. L’ngnation — parenté masculine -r- envahit tout. La cognation — parenté féminine — est comme si elle n’était point.

16 L’HISTOIRE

Dans cette agglomération toute civile, toute juridique, entassée sous un même toit, écrasée sous un même joug, l’émancipation détruit la parenté. Le jour ou le fils passe à l’état d’homme, la famille disparaît pour lui. L’autorité du père cessant, la relation filiale a cessé.

La femme n’est ni épouse ni mère ; le droit romain en fait un des enfants du mari.

La femme célibataire, gouvernée par ses tuteurs, reste soumise à une éternelle minorité.

Ceux des enfants que leur âge ou que leur sexe retient sous la domination du père, ne disposent contre l’excès de ce pouvoir ni d’un recours ni d’un secours.

Aussi longtemps que les fils et les filles font partie de la maison, le père qui leur a donné la vie peut la leur ôter : il a sur eux droit de mort.

La famille romaine, c’est le père; le père, c’est le maître; le maître, c’est le tyran.

Jamais la voix du sang ne fut méconnue à un tel degré. Jamais on ne vil quelque chose de plus dur, de plus artificiel que ce mécanisme sans entrailles, que ce despotisme absolu, que cette suppression brutale de tout ce qui n’est pas le chef, que cette insolente négation des sentiments du cœur, que cet arrachement des éternelles et naturelles attaches de la

parenté.

Pour conséquence, vous avez l’exposition des enants.

Comment en serait-il autrement? Home a supprimé les mères.

Et ne me parlez ni des matrones du premier temps de la République, ni des honneurs qui leur étaient rendus. La matrone, au travers d’apparents hommages, n’en demeurait pas moins fdledc son mari, sœur de son fils, assujettie, dépendante, à tous égards.

En somme, la femme, que respecte à un certain degré le siècle d’Homère, celui d’Eschyle, ira s’effaçant dans la mesure où grandiront les civilisations antiques. La plus haute fortune de Rome marquera le plus complet abaissement des femmes. C’est un des scandales de l’histoire. On fera bien d’y renvoyer ceux qui, niant le progrès par l’Evangile, affirment la perfection de l’humanité.

Quant à nous, ne cherchons pas ailleurs que là, dans ce berceau latin de nos races latines, et les stupides gausserics dont notre littérature a porté l’empreinte, et les grossiers abus de pouvoir dont nos législations ont hérité.

La monogamie régnait à Rome. On s’en dédommageait par un divorce effréné.

Ce n’est pas tout, Rome avait deux sortes de mariages : les justes noces et le concubinat.

L’HISTOIRE

Que devient l’idée de famille, je le demande, au sein d’une société qui, à tête reposée et de sangfroid, organise la dissolution de la famille, fait passer la corruption à l’état normal, inscrit la débauche dans sa législation?

N’oublions pas cet autre détail : pour toute une catégorie d’êtres humains, les esclaves, fraction immense de la population romaine, le mariage n’existait pas. L’esclave n’avait légalement ni femme, ni filles, ni fils. Représentez-vous ces malheureux livrés aux caprices du peuple-roi, et concluez.

Il se passa flans Rome ce qui arrive partout où le vice n’a plus de frein. Les liens qui subsistaient encore parurent gênants. Ce qui restait fut de trop. On ne put supporter ces semblants d’entraves. Aux divorces incessants vint s’ajouter le célibat, un célibat systématique et général.

En face de ce fait, qui menaçait son avenir, Rome prit peur. Si les questions de moralité ne l’émouvaient guère, la question de prospérité, question de vie ou de mort, l’ébranla. Elle fit la loi Julia , elle promulgua la célèbre loi Poppia Poppæa; elle promit des récompenses aux hommes de bonne volonté qui prendraient femme ; elle décréta des châtiments contre les célibataires obstinés. Peine perdue ; rien ne servit.

Ce n’est pas avec des codes qu’on réforme le cœur.

Si vous voulez savoir, non pas ce qu’était le bourbier romain, ma plume se refuse à l’indiquer; mais s’il vous plaît de mesurer, ne fût-ce que par l’indifférence même où de pareilles turpitudes laissaient les bonnêtes gens, la profondeur du mal et son action sur l’âme, lisez Caton, Cicéron, Auguste, ce qu’ils disent des courtisanes, quelles mœurs les trouvent sans indignation; vous aurez rencontré de nouveau la Grèce, Socrate, Platon, et toute celte classique atmosphère saturée de miasmes empoisonnés.

Le théâtre avec ses obscénités, les cirques et leurs lâches égorgements, les bacchanales, les lupercales, les fêtes ignobles des dieux impurs achevaient de ruiner ce qui pouvait rester de sens moral.

Aussi la nation tout entière glisse-t-elle sans étonnement vers les gigantesques débauches, vers les débordements inouïs des familles impériales. Nousmêmes nous en sommes à peine surpris. Le souper que Tigellinus donne à Néron n’ajoute rien aux abîmes creusés par la dégradation universelle dans les habitudes et dans les cœurs.

Et ce monde fangeux est un monde profondément triste. Après avoir cherché un refuge dans le célibat, il en cherche un dans la mort; le nombre des suicides s’accroît avec une effrayante rapidité.

Une fois les liens de la famille rompus, une fois la

conscience et le devoir arrachés à la vie humaine, (j ne reste-t-il?

L’homme ne se passe ni d’aimer, ni d’être aimé, ni de bien faire.

Ce qu’on appelle plaisir ne le séduit pas toujours.

Alors viennent les réactions philosophiques — elles . ne manquèrent pas à Rome, — alors paraissent les sages, qui répètent les maximes du vieil égoïsme païen sur l’inconvénient de trop aimer, de trop regretter, d’être trop en vie !

On cherche la paix par l’abstention, le bonheur par la mutilation; on coupe, on déracine, on détruit jusqu’aux derniers vestiges de la tendresse; le sol était souillé, on le fait aride; où il y avait un marais on met un désert.

Et l’âme ne s’en porte pas mieux, et tout sonne sec et faux dans cette société finie.

Elle ne renaîtra que lorsque l’Évangile viendra.

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