Ou sœurs de charité protestantes
Excuscz-moi encore si désireux, de simplifier cl d’abréger autant que possible, je vous épargne les extraits, j’évite les citations, je ne consulte ni livre ni l'apport.
Interroger directement l’Evangile, écouler l’expérience et les faits, cela nous suffira.
Rien de frappant comme la place assignée* par l’Évangile à l’individu.
La foi est individuelle; la conversion est individuelle ; le bon Berger appelle ses brebis « nom par nom ». Chaque homme, à litre individuel, est responsable devant Dieu ; chaque homme a des devoirs individuels à remplir; nul par conséquent ne peut se faire suppléer par une organisat ion quelle qu’elle soit, par un mécanisme quelconque d’obéissance, de sanctification ou de salut.
Ceci s’applique à l’exercice de. la charité aussi bien qu’à toutes les manifestations de la vie chrétienne.
Les apôtres ont établi un Irès-petit nombre de charges, juste ce qu’il en faut pour le maintien de l’ordre, pour l’exposition de la saine doctrine, pour les distributions faites au nom de l’Église. En dehors
de ec strict nécessaire, les apôtres maintiennent le grand principe de l’alliance de grâce : l’action de l’individu.
« La religion pure et sans tache, écrit Jacques, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » Kl lorsque le Sauveur décrit les scènes inexprimablcmcnt solennelles du jugement dernier, voici quelles paroles il adresse aux élus : « J’étais nu et vous m'avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous m’êtes venu voir. »
Il ne dit pas : Vous avez remis de l’argent à une organisation chargée de vêtir et de visiter.
Personne! je le sais, ne lient précisément un ieî langage.
Nul ne délivre aux chrétiens une dispense de charité personnelle. En créant cette nouvelle spécialité, la spécialité charitable, .l’Eglise romaine n’a donc pas prétendu supprimer la bienfaisance chez l’individu. (I n’en reste pas moins vrai, toutefois, que par le fait des corporations consacrées à certaines œuvres, ces œuvres, bon gré mal gré, se concentrent d’une façon presque exclusive aux mains des hommes qui en ont accepté l’accomplissement officiel, qui s’y connaissent le mieux, et qui semblent, par conséquent, devoir s’en mieux acquitter que le premier venu; que vous ou moi.
Faites attention à ceci. De même que le principe général de l’Evangile, qui s’adresse à l’individu, trouve son application particulière dans l’exercice
individuel de la charité ; do mémo, procédant on vertu d’un principe général qui supprime l’individu, l’Eglise romaine mutile ou détruit, qu’elle le veuille ou non, les expansions individuelles de la charité.
L’invention des corporations charitables n’est qu’une des conséquences pratiques du principe romain.
On sait ce que sont devenues la foi personnelle, lu direction personnelle de la vie, lu recherche personnelle de la vérité, dans un système où le prêtre se place entre l’âme et Dieu. Si l’Eglise romaine se charge de nos consciences et de nous assurer le paradis, il n’est pas surprenant qu’elle se charge aussi d’obéir pour nous.
Le développement des corporations aumônières était inévitable dans son sein.
Elle avait les hommes spéciaux de la prière, les hommes spéciaux de la doctrine, les hommes spéciaux de la direction morale : elle devait avoir les hommes spéciaux de la charité.
D’ailleurs, ces spécialités sont commodes; nous nous en arrangeons volontiers.
•Qu’on me dispense de la fatigue de chercher et de l’embarras de me décider! Qu’on me dise ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire ! Qu’on achève de me mettre à l’aise en prenant ma place dans l’accomplissement de mes devoirs vis-à-vis des malades et des indigents !
1‘ U EM 1ER APPENDICE
Y y a-t-il pas des gens pour cela ? C’est leur métier, ce n’est pas le mien. Les spécialités religieuses et charitables agiront pour moi comme elles prient pour moi; je donnerai les aumônes qu’on m’impose comme j’exécute les actes qu’on m’ordonne, comme je récite les formules qu’on me prescrit, comme je me soumets aux pénitences qu’on m’inflige. Prenez mes écus, et laissez-moi tranquille !
Il est difficile d’être chrétien à meilleur marché.
Telles sont, messieurs, les deux tendances que nous voyons aux prises depuis dix-huit cents ans. D’un coté l’individu, de l’autre le mécanisme.
Pour me renfermer dans la question qui nous occupe, je constate ceci : autant le mécanisme charitable est étranger aux Églises apostoliques, autant il se développe de siècle en siècle, à mesure que le salut par grâce disparaît sous les pratiques, à mesure que la loi personnelle s'efface, que les procédés pour gagner le ciel se multiplient, que le culte en esprit se matérialise, que les relations "directes de chaque Ame avec Dieu s’interrompent, que le sanctuaire ouvert se referme, et que le peuple ne voit plus devant lui que le sacerdoce et la direction.
La charité se transforme en aumône; en aumône distribuée par les prêtres ou par les corporations. C’est-à-dire que les rapports directs de l’homme avec
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l'homme s’interrompent, aussi bien que les rapports; directs de l’homme avec Dieu.
L’Écriture veut que l’homme rencontre l’homme, que le pauvre rencontre le riche, que le malade rencontre le bien portant. En retranchant ces rencontres-là, on retranche la seule solution bienfaisante des problèmes sociaux.
Si, je souffre et si je n’ai devant moi que des organisations de charité, des hôpitaux, des secours officiellement répartis, des agents spéciaux accomplissant les devoirs de leur vocation, mon cœur n’est pas touché. J’éprouverai sans doute une admiration sincère, un profond respect pour le dévouement de ces délégués de la bienfaisance collective ; cependant je verrai toujours en eux, du plus au moins, les. rouages de cette machine clraritable mise en mouvement soit par des impôts, soit par des contributions
volontaires; de cet engin qui fonctionne régulièrement, qui répand systématiquement des aumônes glacées; de ce mécanisme dont j’entends bien les bruits réguliers et monotones, mais où je ne surprends ni tressaillements ni palpitations.
Que les relations personnelles s’établissent au contraire, que l’Évangile me restitue l’homme, tout est changé. Une main a pressé ma main, quelqu’un s’est intéressé à ma souffrance, j’ai en face de moi un visage que j’apprends à connaître, une âme que j’ap-
prends à aimer. Ainsi naît la réciprocité des aflfeelions, ainsi disparait peu à peu le venin des questions sociales qui menacent notre vieux monde, et auxquelles le nouveau monde fera bien de penser aussi.
Je me borne à indiquer, sans y pénétrer plus avant, ce problème de la charité pratique; il m’entraînerait trop loin. Mais dès à présent je constate deux faits : en premier lieu, l’action dominante de l’individu; en second lieu, les limites imposées à cette action. Pour qu’elle soit ce qu’elle doit être, il importe qu’elle ne s’étende pas au delà.
Dès l’instant où notre charité individuelle, franchissant le cercle des familles* que nous connaissons, ({lie nous suivons, dont nous savons les besoins et avec lesquelles des relations véritablement sympathiques peuvent s’établir , éparpille de droite et de gauche les secours dont elle dispose, elle devient ellemême non-seulement inefficace, mais funeste et malfaisante.
La charité banale, les aumônes de la porte, les dons sollicités et envoyés par correspondance, nuisent autant que les assistances officielles aux vrais intérêts de la charité *.
1 . Il s’est établi dans plusieurs de nos villes des bureaux d'assistance et de renseUfnerne)its (a) dont on ne saurait trop recommander
(a) Parfaitement libres, e*Mèr«iBcnt dus à l'initiative et à la consécration individuelle de ceux qui les ont fondés.
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l’universelle propagation. Celui de Genève, dirigé par M. Édouard Falio, nous paraît offrir le modèle à suivre.
Là, des hommes dévoués, éclairés, charitables au sens profondément vrai du mot, reçoivent, dépouillent, examinent celte énorme correspondance du paupérisme écriveur cl demandeur, celte montagne de lettres sous laquelle, avant eux, succombaient éperdus et ne sachant où trouver la lumière, les habitants de nos cités et de leurs environs.
Après avoir pris une connaissance sommaire des requêtes, chacun les envoie au bureau, se bornant à y faire également passer le solliciteur lorsque celui-ci vient chercher une réponse, c’est-à-dire toucher le mandat qu’il a tiré sur la fatigue ennuyée, sur la paresse, sur l’égoïsme, oui, sur l’égoïsme pressé d’en finir vite et à tout prix, encore plus que sur la charité.
Le bureau, qui tient en main toutes les demandes, qui commit toutes les origines, dont l’œil vif et clairvoyant a pénétré partout, tantôt et lorsqu’il s’agit de quémandeurs attitrés, de fainéants, de débauchés, met son vélo absolu; tantôt et lorsqu’il s’agit soit d'un coup de collier à donner pour tirer une famille du mauvais pas, soit d’un secours plus prolongé, ou d’un apprentissage, ou d’un rapatriement, appuie fortement le solliciteur en môme temps qu’il met au service du patron et son expérience et sa bonne volonté, afin de l’aider à placer, à surveiller, à sauver. — Ajoutons que le bureau s’efforce, avant tout, de procurer du travail aux indigents, cherchant à les tirer de ce bourbier fangeux qui s’appelle mendicité.
Qui dira le mal qu’ont empêché les bureaux, les ignobles comédies qu’ils ont déjouées, les pourritures qu’ils ont nettoyées, les misères incomparables qu’ils ont relevées, les secours puissants qu’ils ont donnés, les liens effectifs qu’ils ont établis entre le riche et le pauvre, l’incontestable bien qu’ils ont accompli, qu'ils accomplissent chaque jour?
Mais il y faut, des deux parts, une môme persévérance et une même vigueur.
Si le bureau ne rencontre devant lui que mollesse, qu'hésilalion ; si on ébranle son action par de continuelles inconséquences ; si aujourd’hui par lassitude et pour se débarrasser promptement d’un solliciteur ennuyeux, si demain par une sorte de sensibilité mal conçue et mal appliquée, les destinataires des lettres, au lieu de les renvoyer au bureau et de suivre l’affaire, lâchent une aumône, quitte à s’en repentir après, le bureau, malgré tous efforts, verra sa marche entravée et les résultats de son travail compromis.
Quant à nous, persuadés que les fondateurs de i'.4*sfsf(mce rensei-
g née (uni une œuvre excellente, qu'ils rendent un service hors ligne aux pauvres et à la société; les ayant vus, ccs bons journaliers de. l'Évangile, loyalement consacrés au labeur du jour, succomber parfois sous les fatigues de la tâche, sous les inconsistances, sous l’aveugle incompréhension, même sous le blâme de ceux qui devraient Tes bénir en leur prêtant main-forte, nous éprouvons le besoin de rendre ici un solennel témoignage à leur dévouement, à leur œuvre, à son utilité.
Deux mots encore sur cette autre institution que vient également de voir éclore Genève.
Un homme de grande capacité, M. Henri flarbey, après avoir passé trente années aux affaires, en Amérique, ce pays où tous les encouragements possibles sont donnés à l'épargne, rentré dans sa patrie, la Suisse, a été frappé de ce fait, que notre population — tant la population agricole que la population industrielle — ne sait ce que c’est que d'économiser et qu’elle perd des sommes fabuleuses en gaspillages, en mauvais plaisirs, en boisson.
('.es déplorables réalités, le besoin de surmonter le. mal par le bien, ont suggéré à H. Henri Barbey l’idée à la fois généreuse et pratique de fonder une caisse mutuelle pour l’épargne, dont Genève serait le siège, mais qui s’ouvrirait à toute la Suisse romande.
La caisse, ouverte en effet au moins de juillet 1873, a fonctionné dès le premier jour. Munie de capitaux qui lui donnent un crédit de premier ordre, elle reçoit les dépôts depuis vingt centimes jusqu’à mille francs. A partir d’un franc, elle paye l’intérêt au l %. Au bout de l’année, elle distribue les profits entre tous les déposants, proportionnellement à leurs apports. La caisse par conséquent, outre les intérêts payés, travaille gratuitement pour ses déposants, et leur assure des bénéfices qui deviendront un énergique stimulant à l'ordre, à l’économie, à la prévoyance.
Impossible de mieux comprendre les besoins de l'époque, d’opposer un plus vrai remède au poison du socialisme, de tendre une main plus fraternelle à quiconque veut, échappant au désordre et à la débauche, assurer le fruit de ses labeurs et le pain de l’avenir.
J’ai nommé les hôpitaux; vous comprenez, messieurs, que je ne les aime guère.
Sans doute, il en faut. Quelques hôpitaux, en petit nombre et de petite dimension, répondent à des besoins réels. Mais éloignons-nous le plus tôt possible de la tradition latine qui a couvert l’Europe de ces immenses palais de la pauvreté, dont la construction, pendant longtemps, semblait l’œuvre par excellence. Pour le moyen âge, tout se résumait dans ces deux formes de charité : les corporations et les hospices. On dotait les corporations, on bâtissait «les hospices. On soignait les malades, on secourait les pauvres et par les hospices et par les corporations. Les siècles qui ont suivi le moyen âge ont continué à marcher dans le même chemin. Cela est si commode, cela est si conforme au génie administratif de l’Europe! cette charité organisée laisse si bien en repos . les individus et les sociétés !
Nous-mêmes nous subissons plus que nous ne le croyons peut-être l’influence de l’esprit latin. Chaque jour il se crée des hôpitaux dont la charité se serait passée 1 , dont l’égoïsme ne se passe pas. Saut’ les cas exceptionnels qui demandent des moyens exceptionnels, il est déplorable d’enlever un malade aux soins de sa famille et de la dispenser ainsi des devoirs que Dieu lui avait imposés. Nos devoirs sont nos privilèges. Gardez-vous bien de nous en priver. Une famille se sentira peut-être soulagée quand on la délivrera de son malade pour le porter à l’hôpital; oserions-nous dire qu’un pareil soulagement est une bénédiction?
Les soins de la famille ont un tel prix, au contraire, ils remportent tellement, au point de vue de la guérison, sur les soins des hôpitaux les mieux organisés, qu’à Paris, par exemple, l’administration publique a fini par reconnaître f incontestable supériorité de ceux-là sur ceux-ci. D’année en année cette administration donne aux secours à domicile une importance qui va croissant.
Je frémis lorsque je vois fonder — dans les meilleures intentions, cela va sans dire — des hospices de vieillards!
Mettre ensemble toutes ces infirmités, toutes ces langueurs, toutes ces tristesses !
Si quelqu’un a besoin de la famille, c’est le vieillard. Il faut autour de lui de la jeunesse, des rires,
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itK
•les enfants. Il aime les enfants et les enfants l'aiment. Or quoi de plus aisé, je vous le demande, que de placer dans des familles particulières les vieillards indigents et solitaires? Avec le quart de l’argent que vous mettez à bâtir, que vous consacrez à meublerct à soutenir un hospice, vous payerez de^ pensions de. vieillards dans les villages, au bon air de la campagne. Cela fera 'moins de bruit, cela fera plus de bien.
Le principe chrétien qui substitue la charité individuelle et l’action de la famille aux mécanismes et aux hôpitaux, trouve ainsi dans la pratique une application infiniment plus étendue qu’on ne l’avait imaginé.
Prenez les aliénés, même les fous furieux dont l’état violent semblerait exiger impérieusement l’emploi d’asiles spéciaux, la famille s’en chargera, la famille les calmera.
Nos voisins de Belgique, par une expérience ancienne et répétée, nous montrent des villages où les insensés de toutes les espèces, reçus, choyés, associés aux joies de l’intérieur, intéressésaux travaux de la campagne, sont heureux, et souvent guéris pardessus le marché.
Est-ce à dire qu’il n’v ait pas à préparer, dans une certaine mesure, des serviteurs de l’Evangile, particulièrement doués, possédant des connaissances exceptionnelles, soutenus par un goût positif, poussés par des aptitudes décidées au soin des malades, ayant, en un mot, une vocation qui devient une profession? Nul ne le met en doute. Si réduit que nous fassions le nombre des hôpitaux, encore laut-il que les hôpitaux soient desservis. Or le service des hôpitaux ne s’apprend pas tout seul. La meilleure volonté du monde ne peut tenir lieu ni du savoir ni de l’habileté.
Ajoutons que plus se développent les soins à domicile, plus il importe d’avoir sous la main des gardes-malades bien qualifiées, disponibles, et de recevoir ainsi, chez soi, les secours de l’art qu’on allait demander aux établissements publics.
PREMIER APPENDICE
Pour cc double motif, instruisons et formons des infirmières indépendantes. Elles s’occuperont des riches, elles s’occuperont des pauvres.
A ceux qui prétendent que sans un costume religieux, que sans le caractère monacal de la corporation, que sans la double protection du nom et de l’habit, que sans être une sœur de charité, reconnue pour telle, nos infirmières ne sauraient impunément pénétrer dans certains quartiers des grandes villes, l’expérience a répondu.
Les femmes de la Bible visitent chaque jour les bouges de Londres; j’ai vu de jeunes femmes chrétiennes monter à Paris les plus sales escaliers des plus sales maisons; les unes comme les autres étaient partout respectées.
Et la ville où vous êtes réunis, messieurs, ne possède-t-elle pas sa vaillante armée d’amies des pauvres, qui jamais n’a reculé, même devant les fivepoints f
Celle simplicité, bonne pour le temps des apôtres, n’a plus suffi, bien entendu, lorsqu’on a perfectionné l’Évangile, lorsqu’on a organisé le grand mécanisme romain. Alors oui paru les corporations monastiques. Je n’en ferai pas l’histoire ; je constate seulement ceci : que les sœurs de charité catholiques ont servi de modèle à ces sœurs de charité protestantes dont les maisons se sont multipliées en Europe, et qu’on voudrait acclimater chez vous.
Je sais par où se marquent les différences qui existent entre les sœurs catholiques et les sœurs protestantes. Je sais aussi que les ressemblances dépassent de beaucoup les différences, et que ces dernières ont plus d’apparence que de réalité.
Au reste ne craignez rien , je ne me laisserai pas entraîner à des appréciations malveillantes. J’éprouve un sincère respect pour les sœurs protestantes et
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pour leur dévouement. Parmi les fondateurs de ces institutions nouvelles, je compte des parents et des amis; je comprends d’autant mieux l'entrainement auquel ils cèdent que j’y ai cédé moi-mème, recommandant l’œuvre à ses débuts. Aussi mon opinion — je l’espère, et peut-être le penserez-vous avec moi, — cette opinion à laquelle je ne suis arrivé que par un sérieux travail d’examen de conscience, pèsera-t-elle de quelque poids aux yeux des hommes impartiaux.
l)isons-le avant tout, le titre de diaconesse s’applique mal aux sœurs de charité dont il s’agit.
Une seule diaconesse, Phœbé, est nommée dans les écrits apostoliques ; rien assurément n’autorise à penser qu’elle fit partie d’une corporation, au sein de laquelle auraient régné des principes absolument contraires à ceux qui réglaient les autres charges des Eglises primitives. Une analogie naturelle semble l’indiquer au contraire, la diaconesse remplissait des fonctions pareilles à celles du diacre; elle satisfaisait aux mêmes conditions, si simples, si larges, et qui conservent si résolument à la vie son caractère normal. « (Jue les diacres soient maris d’une seule femme, gouvernant bien leurs enfants et leur propre famille. »
Trouvez-moi là l’indice d’un service qui placerait ses agents hors des éléments de l’existence commune,
PREMIER APPENDICE
dans la dépendance d’une direction, maîtresse absolue de l’individu.
Il est bon de le rappeler ici : les vraies diaconesses, les diaconesses d’ Église existent de nos jours. La petite Église libre à laquelle j’appartiens n’a pas nommé seulement des anciens et des diacres, elle a nommé des diaconesses. Ces dernières, qu’elles soient célibataires, mariées ou veuves, peu importe, s’occupent spécialement de visiter les malades et les indigents. Elles agissent, soutenues par l’Eglise, dans l’esprit de l’Église, et lorsqu’il s’agit de cas difficiles, sous sa direction. Elles mènent la vie de tout le monde. Leur intervention, pas plus que celle des diacres, n’empêche le développement de la charité individuelle, car elles ont leur ménage à soigner, leurs enfants à élever, leur intérieur à conduire, et ne sont pas, comme les sœurs, une personnification tellement spéciale de la charité, qu’on se sente autorisé à leur en abandonner le travail exclusif.
Notez de plus ce fait historique. Dans la constitution . si remarquable que s’étaient donnée, sous l’influence de leur pasteur Itobinson, les puritains réfugiés à Leyde, constitution où déjà se montrent en germe plusieurs des grands progrès réalisés depuis par l’Amérique, cinq charges figuraient à la base de l’Église; or les titulaires de la cinquième, qui venaient après les anciens, les docteurs, les évangé-
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listes et les diacres, étaient les diaconesses, nos diaconesses à nous, colles de la Parole de Dieu.
Les puritains retournaient sur ce point comme sur beaucoup d’autres au modèle apostolique, à la règle unique et féconde en dehors de laquelle on s’égarera toujours.
Ici s’élève une objection.
De mon propre aveu, disent nos adversaires, ni les diaconesses d’Ëglise, ni la charité individuelle ne suffiront à satisfaire certains besoins. Moi-mèmej’ai reconnu la nécessité de former des agents spéciaux ! dette nécessité ne nous ramène-t-elle pas aux institutions récemment fondées, aux corporations des sœurs?
Quelque temps on a pu le penser. Plus d'un chrétien sincère se persuadait que sans l’imitation romaine, il n’était pas plus possible d’obtenir des infirmières dévouées que d’organiser des hôpitaux bien desservis, l u véritable vide, convenons-en, se faisait sentir.
Aujourd’hui, l’expérience a prononcé.
Des laits récents sont venus démontrer que le christianisme falsifié de Rome n’a rien «à nous transmettre; ces faits sont, venus prouver que la vocation
de garde- malade chrétienne se produit mieux dans les conditions du pur Evangile, qu’asservie à des règlements conventuels.
Vous faut-il un exemple?
Voilà douze ans 1 qu’une école évangélique de gardes-malades fonctionne en Suisse, à Lausanne, dans le canton de Vaud.
Deux fois par an, après une exacte constatation de leur vocation et de leur piété, huit élèves sont gratuitement admises dans l’école. Elles reçoivent pendant cinq mois des leçons théoriques. Surtout elles s’exercent à la pratique, soit par des visites à l'hôpital, soit par le soin assidu — stations de jour, veilles la nuit — des malades à domicile.
I n sérieux examen, passé devant des hommes compétents, termine le cours; des brevets, selon la capacité et l’acquis, sont conférés aux gardes-malades qui se placent, les unes dans nos hôpitaux protestants, les autres, en qualité d'infirmières indépendantes, dans tel ou tel centre : celles-ci employées par une église, celles-là occupées par quelque association charitable, toutes e.n activité.
L’œuvre est une œuvre de liberté; aussi la direction cesse-t-elle, avec l’apprentissage. Les relations les meilleures se maintiennent entre le directeur de