‹ L'ennemi! l'ennemi! [microforme]Chapitre 7 sur 10 · VIEIL · texte numérisé non relu

VIEIL

J’ai démontré que la milice sédentaire telle qu'organisée par la loi, ne pouvait être parfaitement disciplinée, je n’en vais maintenant prouver que ceux qui ont eru mettre la force active sur un pied satisfaisant, ont fait preuve d'imprévoyance, dans son organisation même.

Prenez les statuts refondus; ouvrez-les au chapitre trente-cinquième, et passez à la clause quarante-septième; en effet vous y lisez ce qui suit: “47€. ‘ Aucun sous-officier ou soldat de compagnie volon-

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“taire, ne pourront en aucun cas, à moins d'être déchargé légalement, laisser la dite compagnie, sans “ notifier, an moins deux mois d’avance, l'officier “ commandant d’icelle, de son intention de Île faire. 18 V.ec. 77, ss. 41, 65, et 22 V. (1859.) c. 18, 8. 9. ” Aussi le volontaire, ne manquera jamais de donner la bienheureuse notification, à son capitaine, aussitôt qu'il aura reçn ses uniformes; ct mème il y en a qui ne se donneront pas cette peine; ils se contenteront de disparaitre k lendemain de la Fête de la eine, (24 mai,) jour où le volontaire Canadien, parade en grande tenue; et alors, Adieu, beau mousquetaire !

Il est habillé chandement pour la froide saïson, et soyez certain, qu'il ne reviendra pas avant deux ou trois ans. Il s’engagera encore dans une autre compagnie, et il renouvellera son stratagème qui lui réussira tout aussi bien. On le voit, c’est un moyen économique dese donner un habit et un pantalon.

Qu'on se garde bien de croire que je mets les volontaires de la classe B, an même niveau que les oiseaux de passage de la Classe A. On n’ignore pas que les hommes de cette classe, sont obligés de faire ds dépenses considérables, qui ne leur sont nullement remboursées ; et l’on comprendra facilement, que des recrues qui viennent volontairement s’enrôler, et cela pour le seul plaisir de le faire, seront bien aise de servir le nombre d'années voulu par la loi.

Les conséquences naturelles de cette clause, sont telles, qu’elle est une des principales de celles qui jusqu’à présent se sont opposées au développement et à l’amélioration de la force active; et je n’hésite pas un seul moment à dire, que si elle continuait à être mise en vigueur, elle tuerait à jamais le peu d’esprit militaire qu’il peut y avoir parmi les enfants du sol.

Voici, sur quoi je me fonde.

L'esprit militaire chez un peuple ne vient pas aussi spontanément que chez les individus. Nos pères, il est vrai, étaient des soldats ; mais c'était des soldats de circonstance; et à mesure que le danger s’éloignait avec les arbres de la forèt-vierge qui tombaïent sous

leurs haches colonisatrices, l’esprit militaire s’affaiblissait de plus en plus, et finalement il tomba dans un lourd sommeil léthargique, dont il ne fut tiré qu’à de longs intervalles.

ujourd’hui une nation sans esprit inilitaire, c’est un lion que l’on tient à la chaîne ; et comment ferionsnous si Dieu et la Grande-Bretagne donnaient au Castor Canadien liberté pleine et entière de gouverner par lui-même, ses institutions, ss langues et ses lois ?

L'esprit militaire est la source de l’émulation et de l'honneur ; et où sont l’honneur et l’émulation d’un soldat, lorsqu'il se ravale au point d’aller s’ennuyer sendant deux ou trois mois, pour faire l’exercice, dans L simple but de se passer la fantaisie d’un habillement complet? Non! un soldat est fait pour quelque chose de plus noble et de plus grand; et s’il possède la véritable vocation pour son état, l’esprit militaire contribuera à lui donner un caractère plus élevé et plus ‘chevaleresque, et le fera tendre aux belles actions.

Le Gouvernement, s’il veut avoir de bons volontaires, doit donc strictement exiger les cinq années voulues par la loi; autrement, je persiste dans mon allégation, s’il continue à tenir cette clause en vigueur, elle ne tardera pas à donner le coup de grâce au peu d’esprit militaire qui commence à germer parmi nous.

Ma tâche accusatrice est terminée ; il ne me reste plus qu’à traiter la partie la plus agréable de l’ouvrage: un plan de conduite qui, appuyé sur les fautes du passé, nous répondra des succès de l'avenir.

epuis longtemps, on faisait beaucoup de fracas, à propos de la milice, et cependant personne jusqu'ici n'avait osé ouvrir la plaie pour en extraire la tumeur

ui l’envenimait ; je l'ai fait le plus doucement possible et j'ai cssayé de ménager toutes les susceptibi-

lités, mais la tâche était si difficile que je ne veux pas me bercer dans l’espérance d’y avoir réussi.

Avant de finir ce qui avait trait à la milice sédentaire, j'ai comparé ses cadres si magnifiques sur le apier, aux effets du mirage que l’on aperçoit quelqnefois la veille d’un orage sur le Saint-Laurent; qu’on me permette de terminer cette esquisse sur la force active, en la comparant à un homme qui porterait des habits splendides, sans avoir de chemise par dessous.

Quant à la quintescence de la première partie de cette Hodluete:le voici :

La loi de milice, telle qu’elle existe aujourd’hui, paralyse complètement la milice sédentaire, qui en temps de paix, pourrait passer par un cours parfait de discipline et d'exercices militaires. Pour ce qui regarde Donation qu’elle donne à la force active, elle est incomplète et manque de prudence. La discipline et la prévoyance, étant deux qualités essentiellement militaires, sans lesquelles une arrée ne peut exister; et ces deux pisse qualités ayant été mises de côté par la loi qui régit nos milices, il est naturel de tirer la conclusion suivante : “ A l’heure du danger, elles nous feront défaut.”

Moyens de remédier promptement aux vices constitutionnels qui existent dans la loi de milice.

« Tous les peuples, tant de l'antiquité que de nos

jours, se sont accordés à dire, qu’une armée devait être tenue sur pied, pour les deux grandes raisons suivantes : fibuiques à la nation l’esprit militaire, et la préparer à une guerre offensive ou défensive.

“ Les plus grands hommes d'état, chez qui le culte “de la patrie était inné, ont été, dit 4e Colonel Dunham (#), vivement impressionnés, par la néces- “ sité d'encourager et de maintenir l'esprit militaire, “ chez ceux qu’ils étaient appelés à gouverner. Ils “s'étaient bien pénétré de cette maxime, que lors- “ qu’un peuple perd ses vertus guerrières, et son ‘ amour pour la gloire nationale et militaire, il doit “ tôt ou tard, malgré les efforts suprèmes qu’il pourra “ faire pour protéger ses droits ct ses libertés, succom- ‘ ber anédietiene sous les coups d’une nation “ envahissante, plus forte que lui.”

Cet axiome est tellement vrai, que si nous tournons nos regards, vers la glorieuse épopée de l'Histoire Romaine, nous y voyons l’énorme colosse se maintenir ferme et fort sur son piédestal, en dépit es efforts immenses des peuples coalisés, jusqu’au jour, où pendant le souvenir de ses vertus antiques, qui ren-

(*) Auteur d'une savante brochure, intitulée : { Canada ; is she prepared for war ?

daient sa base inexpugnable, il fut obligé de tomber le front prosterné dans la poussière de ses ruines, devant des tribus pauvres et sauvages, mais à qui Dieu avait donné le courage et la persévérance. Ce qui l’avait rendu ferme et plein d’énergie, c'était un sénatus consulte, qui défendait à tout citoyen romain, l'entrée dans la carrière des honneurs politiques et ubliques, avant d’avoir servi dix ans dans les égions. Du moment que ce décret fut jeté à oubli le Scandinave, le Gaulois et le fier Sicambre, purent désormais sans danger, contempler l’agonie longue et convulsive du géant, qu’ils avaient garotté avec les chaines de fer, forgées par la débauche, le luxe, l’énervement et la lâcheté, qui depuis quelque temps, foulaient aux pieds les mâles vertus de ses ancêtres.

Repassez, tour à tour, les nations des temps modernes, et vous verrez que celles qui, aujourd’hui, ont le plus de poids dans la balance de l’équilibre euro-

éen, n’ont pu acquérir cette prépondérance qu’en favorisant chez elles le développement des vertus militaires et guerrières.

Depuis 1795, la France, aux applaudissements de tous les cœurs nobles et généreux, est venu s’asseoir sur le trône de la gloire intellectuelle et militaire, où elle règne encore sans rivale; et c’est à peu près vers cette époque (en 1798), qu'a été introduit le système de conscription, levier immense emprunté à l’Autriche, et dont elle s’est toujours trouvé si bien. C'était avec ces conscrits que, pendant vingt ans, le Grand-Homme balaya presque toutes les capitales de l’Europe.

Voyez la Prusse, où chaque homme est obligé de servir trois ans dans l’armée régulière. A peine la nouvelle est-elle arrivée à Berlin que Napoléon, après la désastreuse campagne de Russie, vient de déclarer la

uerre contre elle, que toute la population depuis on jusqu’au vieillard se lève comme un seul homme, pour défendre l'indépendance de la patrie menacée. L'argent manque dans les coffres publics : aussitôt l’on voit les dames Prussiennes apporter leur: bijous au trésor, et recevoir en échange de simples

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ornements de bronze, où était gravée cette inscription sublime : “ J’ai donné de l’or pour-du fer, 1813. ” Voilà à quels actes de dévouement et d’abnégation, peuvent porter l'esprit militaire et l’enthousiasme rendus à leur apogée.

L’héroïque défense de Sébastopol et la fameuse campagne de Crimée, prouvent aussi que l’esprit militaire n’est pas ce qu’il y a de plus étranger à la Russie.

En Angleterre même, l’on a commencé à comprendre dernièrement, les immenses avantages que comportait l'esprit militaire inculqué à une nation; et tous les ans, maintenant, les grandes revues de Wimbleton Common serviront à soutenir la vérité de cette assertion.

Aïnsi, on le voit, une bonne force armée capable de répondre à la confiance du pays placé sous sa garde, et de repousser l’envahisseur, est absolument nécessaire au maintien de la bonne harmonie parmi les peuples.

Si vis pacem, para bellaim :

et il est à cspérer que la Législature, à sa prochaine Session, ne négligera pas d'employer tous les moyens nécessaires pour infuser l’esprit militaire à la nation, et mettre les Canadas sur un bon pied offensif et défensif. Mais qu’elle se garde bien, de se laisser influencer par ces hommes, à qui l’argenc est tout, et l’honneur national, rien ; car alors au lieu de sauver le malade, elle le tuerait. Qu’elle se sonvienne de ces belles paroles qu’écrivait le général Jomini: “ Mal- ‘ heur à la nation où le coffre-fort sans fond du contracteur et du banquier, sera placé au-dessus de l'uniforme du brave, qui aura sacrifié sa vie, sa for- “ tune ou sa santé à la défense de son pays ! ”

N’est-il pas singulier qu’en Canada l’idée de régtnérer nos milices ne soit pas encore venue à nos LA

hommes d'état ? Les matériaux qu’ils avaient à façonner étaient bons et solides ; la carrière qu'ils avaient

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à parcourir était vaste et libre ; Dieu leur avait donné le talent si rare de la bonne administration, mais il étaient arrêtés dès leur début, par un obstacle insurmontable, l’état précaire du trésor public. Cependant l’on aurait pu, en consultant des hommes pratiques, à qui la chose était familière, rendre la milice sédentaire effective, sans débourser plus qu’on ne le fait maintenant pour soutenir le simulacre militaire que nous possédons.

Le gouvernement a rempli dernièrement un vide immense dans notre milice, et qui se faisait sentir depuis longtemps, en créant un ministre pour les affaires militaires. Mais aujourd’hui, il a un devoir bien plus sacré et bien plus noble à satisfaire, celui de tenir ses engagements. En effet, en prêtant le serment d’allégeance à la Grande Bretage, n’avons-nous pas donné notre parole de lui sauvegarder cette colonie ? N’avons nous pas juré de mourir plutôt que de nous rendre à une puissance étrangère? Oct engagement, je suis certain, il le tiendra. Le passé glorieux du parlement canadien en est le garant le plus sûr. Mais pour ne pas faire mentir sa foi, il lui faudre répudier cette loi de milice, que nous avons sur le livre des Statuts de la province, et qui, suivant le dire d’un de nos meilleurs militaires canadiens, ‘ refléchit si peu “ de crédit sur les hommes qui l'on introduite, sur le parlement qui l’a passée, et sur le pays qui s’en ‘6 sert.” (*

Une infinité de projets ont été présentés, pour amécliorer le sort de l’armée coloniale en Canada; je ne sais si ces projets rentraient dans le domaine de l’impossible, mais aucun n’a été accepté par les autorités compétentes. Celui que j’ai l'honneur de soumettre aujourd’hui à la législature et au publie, s’il n’a pas le mérite de la nouveauté, a du moins celui de l'utilité, et lavantage bien plus grand encore de s’accommoder avec les finances de la Province. Comme je n’ignore pas que la classe de lecteurs à qui je m'adresse, préférera un exposé claire et précis, à une

(*) Colonel Dunham.

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longue dissertation, précédée d’une douzaine de phrases ronflantes, je m'en vais immédiatement entrer en matière, sans mème me faire annoncer par l'huissier de service.

Dans une colonie comme la nôtre, éloignée de plus de mille lieux de la mère patrie, ce qu’il faut par dessus tout, c’est une armée coloniale active dans toute la force du terme. Une maxime militaire dit, qu'une armée pour être effective, doit être débarrassée de tous les corps inutiles qui pourraient entraver sa puissance motrice ; et cependant l’on n’a nullement fait attention à cette vérité, dans lorganisation que l’on a donné à la milice sédentaire. Son action qui devait être puissante, a été étouffée dès qu’elle a voulu se remuer, sous les plis et les replis sinneux d’un nombre beaucoup trop considérable de districts militaires, et elle a fini par se perdre entièrement dans un labyrinthe bien plus inextricable de bataillons.

En effet pourquoi ne remplacerait-on pas les dixneuf districts militaires aujourd’hui existants, par douze divisions de cinq mille hommes chacune, pris” dans la première classe de service, qui serait composée des jeunes gens et des veufs sans enfants, de dix huit à quarante ans. Par ce moyen, l’on aurait soixante mille hommes sur pied en temps de guerre. Ces douze divisions militaires, seraient à leur tour, distribuées en trois corps distincts, placés sous la juridiction immédiate du Commandant en chef. Le premier de ces corps d’armée serait à l’est, le deuxième au centre, le troisième à l’ouest (*) Cinq régiments de mille hommes chacun, composeraïent une division militaire, et l'effectif des officiers de ces corps, serait le même que pour l'infanterie régulière ; c’est-à-dire, un Colonel, un Lieutenant-Colonel, deux Majors, dix Capitaines, dix Lieutenants, dix Enseignes, un Quartier Maitre, un Paie-Maître, un Chirurgien, un Assistant Clirurgien, en tout trente huit ofliciers; l'Adjudant et l’Instructeur de Mounsqueterie étant choisis ordinai-

(*) Ce plan avait déjà été ébauché, par l'Editeur du ‘* Spirit of our Times ; ” journal militaire publié à Montréal. Ce que j'en donne au public, est revu et corrigé.

rement parmi les officiers subalternes. Aïnsi on le voit, ce serait un enchainement très compréhensible, puisqu'il faudrait cent hommes pour une compagnie, dix compagnies pour un régiment, cinq régiments pour une division militaire, et quatre divisions pour un corps d'armée. Le nombre considérable de bataillons que nous possédons aujourd’hui seraient remplacés par soixante régiments d'Infanterie Légère, et tout serait pour le mieux. Ces soixante mille hommes seraient tenus par la loi à s'exercer péndant trente jours consécutifs, sans pour cela recevoir de paie. (*) Les armes seraient distribuées à chaque commandant de divisions qui, à son tour les expédierait aux colonels de régiments, avec ordre d’en faire la répartition aux capitaines qui en seraient responsables. L’inspection des corps d’armées se ferait une fois par an (+) et un ro! des différents régiments serait expédié semi-annuellement au bureau de l’Adjudant-Général.

Quant à la seconde classe, dite de réserve, elle se composerait de tous les hommes valides de dix-huit à cinquante-cinq ans. Si on jette les ‘en sur le rapport du bureau de l’Adjudant-Général pour 1858, l’on verra que le nombre total des miliciens dans les dixneuf districts était comme suit :

Haut-Canada ........,...... 151,065 Bas-Canada ................ 125,829

Aujourd’hui ce nombre s’est accru à 627,174, répartis de la manière suivante :

Bas-Canada ................ 279,978 Haut-Canada ............... 847,226

Aünsi, on le voit, en temps de guerre nous aurions une milice nationale active de 60,000 hommes bien disciplinés, et prêts au moindre danger à voler à la frontière ; tandis qu’en arritre la classe de réserve, formée de 567,174 combattants, se préparerait sans

rs ne

(*) Ces drills pourraient commencer le soir à sept heures et demie et se terminer à dix heures.

(t) Les officiers inspecteurs, pour la force active, seraient transférés à la première classe de service (Milice.)

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