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LA POLITIQUE EN BELGIQUE ET LA FRANC-MAÇONNERIE BELGE

En politique, les Francs-Maçons proclament tout haut un but avéré, avouent tout bas un but caché et n'avouent jamais leur véritable but secret.

Nous allons dévoiler successivement ce triple aspect politique de la Maçonnerie belge, toujours avec des documents authentiques, rien qu'avec des documents officiels.

(i) Le F.-. Gustave Jottrand, avocat, ancien membre de la Chambre des Représentants, 33™'' et Grand secrétaire général du Suprême Conseil de Belgique, le 28 janvier 1887. Bulletin du Suprême Conseil, n° 3o, page 32, lignes 28 à 42, et page 33, lignes 1 à 16.

A. Ce qu ils proclament tout haut.

Le Grand Orateur du Suprême Conseil de Belgique, le F.". Henri Pappaert, avocat et greffier, a déclaré le 2 juillet 1875 :

* ^ « L'interprétation des statuts de la P'ranc-Maçonnerie belge, formulée par décret du 2g novembre 1862, forme encore aujourd'hui la charte de la Franc-Maçonnerie en Belgique (i). »

Voici cette charte de la Franc-Maçonnerie belge :

/, « Le Suprême Conseil de Belgique, sur les conclusions de son Grand Orateur, reconnaît que l'interdiction des discussions politiques et religieuses en Loge, formulée par ses statuts, ne doit pas être entendue dans un sens étroit, et que l'activité de l'homme doit pouvoir s'exercer librement, et, surtout, ^sur des objets aussi importants que les rapports avec l'Etre suprême, et les rapports entre les citoyens et entre les peuples (2). »

Il y avait lieu de provoquer une déclaration un peu plus accentuée, dont le besoin se faisait sentir, pour pouvoir l'avouer hautement ; car :

/, (( Les circonstances de la vie de chaque jour, en Belgique, nous constituent, nous autres Francs-Maçons, en état de guerre permanente contre l'intolérance et le fanatisme, et font ainsi rentrer dans l'intimité même de notre existence les questions religieuses et politiques. »

« Aujourd'hui, un citoyen digne de ce nom ne peut plus rester indifférent aux luttes politiques, qui sont également des combats contre la théocratie (3). »

Et voici le F. • . Comte Goblet dA Iviella qui la formule ainsi :

*^ « Le jour de mon installation officielle, j'ai souvenir d'avoir émis le vœu que ces trois années servissent

(1) Bulletin du Suprême Conseil, n» 18, page 55.

(2) Décret interprétatif du Suprême Conseil de Belgique, 29 novembre 1862.

(3) Le F.". Henri Pappaert, Grand Orateur du Suprême Conseil, le 27 novembre 1874. Bulletin du Suprême Conseil, n" 18, page 18.

surtout à favoriser le développement de notre Ordre matériellement et moralement : matériellement, par la multiplication de ses membres et de ses Ateliers ; moralement, par le resserrement des liens de fraternité entre tous les Maçons aussi bien dans la vie profane qu'à l'intérieur des Loges.

» Ce double vœu s'est-il réalisé? J'ignore si les derniers rapports de nos Inspecteurs permettent d'affirmer une amélioration quelconque dans le chiffre total des effectifs ou dans la fréquentation des Ateliers pris en masse; mais j'ai le regret de constater que, durant celte période, il ne s'est pas fondé une Loge nouvelle, et je doute fort, — à considérer l'ensemble du Corps Maçonnique, — que l'esprit de fraternité y soit en progrès sensible. Je n'affirme pas qu'il y ait recul, mais, assurément, il y a stagnation, et cette stagnation est déjà un échec. Quelle est, dans cet échec, la part des événements et celle de mon insuffisance personnelle? C'est ce qu'il ne m'appartient pas de déterminer. Je croirais cependant manquer au premier de mes devoirs si je me renfermais aujourd'hui dans un silence commode, quand je pense devoir vous signaler quelques-uns des écueils qui nous menacent. Nous n'avons pas le droit de nous reposer, aussi longtemps que nous n'aurons pas assuré à la Maçonnerie belge l'importance et la considération que l'Ordre a acquise chez tous nos voisins et même chez tous les peuples qui tiennent un rang élevé dans la civilisation moderne.

» Lorsque vous m'avez confié le premier maillet, notre pays semblait s'avancer à toutes voiles sur la route du progrès. S'il y avait encore des ombres pour le présent, l'avenir paraissait assuré, grâce à une organisation de l'instruction publique qui promettait des générations élevées suivant toutes les exigences de l'esprit moderne et, puis-je ajouter, de l'esprit maçonnique. Je n'ai pas ici à insister sur les événements profanes qui ont brusquement interrompu ce beau rêve. Je me bornerai à dire que le triomphe des idées de tolérance et de libre examen dans le monde extérieur a des rapports trop étroits avec

la prospérité de la Maçonnerie pour que notre Ordre ne se ressente pas de tout désastre infligé au parti qui représente ces idées sur le terrain politique. A la rigueur, je pourrais me contenter de cette excuse pour expliquer l'arrêt de notre développement. J'ajouterai même que si la seule cause de cet arrêt était dans la retraite de ceux qui ont l'habitude de se tourner vers le soleil levant, je me féliciterais de voir disparaître un des éléments qui tendent le plus à fausser l'esprit de la Maçonnerie. Mais il y a d'autres causes encore sur lesquelles je dois insister, car tous, nous en sommes plus ou moins responsables, et, parmi elles, la principale, — je n'hésite pas à le dire, — c'est l'ouverture de la Maçonnerie aux dissensions politiques qui déchirent le parti libéral.

)i Pendant longtemps la Maçonnerie belge s'est interdit en Loge des questions politiques ou reUgieuses. Celte attitude, parfaitement admissible en Allemagne, en Angleterre, en Suède, en Amérique et ailleurs encore, ne. pouvait se maintenir chez nous, en présence des attaques dirigées contre notre Ordre par une Église qui, en Belgique plus que partout, s'est constituée en parti politique pour mieux asseoir sa domination liberticide. Au F.'. Verbaegen, mon illustre prédécesseur, revient la gloire de l'avoir compris et de l'avoir fait comprendre aux Ateliers de notre Obédience. Ce fut une véritable révolution maçonnique, mais on peut se demander aujourd'hui si, comme toutes les révolutions, elle ne dépassa pas le but, en amenant nos Loges, non seulement à traiter toutes les questions politiques du moment — ce qui était hautement désirable, — mais encore à prendre des décisions en ces matières à la majorité des voix.

» Tant qu'il ne s'agissait que de protéger la société moderne contre les envahissements du cléricalisme, le mal n'était pas bien grand, puisque, par la force des choses, seuls les adversaires de l'Église dominante fréquentaient nos colonnes. Mais il devait arriver fatalement que des Frères conviassent leurs ateliers respectifs à se prononcer sur les questions qui divisent le parti

libéral. On a beau rappeler que de pareilles décisions n'ont rien d'obligatoire pour la minorité, elles n'en revêtent pas moins, par la sanction apparente que leur donne le vote de l'atelier, une autorité morale qui place les dissidents dans une situation difficile, sinon plus ou moins fausse. D'autre part, les FF.*, dont ces décisions servent les vues, mettent à les obtenir une ardeur et un empressement fort naturel, sans doute, mais qui ne tendent pas moins à transformer les Loges, de sociétés d'études en assemblées délibérantes, ainsi qu'à y introduire les procédés habituels de la tactique parlementaire, de façon qu'on s'y occupe moins d'examiner les queslions sous toutes leurs faces que de les trancher à coups de majorité.

» Onamême vu des ateliers se constituer en véritables associations électorales où l'on s'occupait de choisir les candidats à faire triompher dans le monde profane, contre d'autres libéraux, voire contre d'autres maçons. Je suis heureux d'ajouter que, dans les derniers temps, les Loges, peut-être les plus ouvertes à ces abus, ont réagi contre eux avec une vigueur et un succès de bon augure. Elles ont ainsi établi une fois de plus que la Maçonnerie a la force de se guérir elle-même dès qu'elle a reconnu le mal dont elle souffre. Peut-être suftit-il, à cet effet, d'une initiative énergique due à quelques Frères de bonne volonté.

» Parmi les motifs qu'on invoque pour justifier une intervention active de la Maçonnerie dans la politique, il y en a un qui mérite une attention spéciale, car il répond à une préoccupation des plus légitimes. Il s'agit de l'immense service qu'elle pourrait rendre en ramenant l'entente au sein d'un parti politique étroitement associé, comme je l'ai déjà dit, à ses propres tendances humanitaires.

» L'entreprise est des plus tentantes, moi-même je m'y suis essayé en me servant de mon autorité officieuse, et peut-être, un autre, plus habile, plus désintéressé, eût-il réussi là où j'ai échoué. Mais cet échec m'a du moins fait comprendre toutes les difficultés de la tâche, ainsi

que les inconvénients qu'il y aurait à y faire intervenir officiellement la Maçonnerie. En effet, celle-ci devrait se mettre au-dessus des fractions politiques en présence, et c'est là une attitude d'autant plus difficile que la plupart de ses chefs ont comme moi pris malheureusement position dans les luttes intestines du libéralisme.

» Parmi les événements maçonniques de la dernière période triennale, il y en a un que je rappellerai avec une légitime satisfaction. C'est la fête qui a eu lieu dans notre temple à l'occasion du cinquantenaire de l'Université libre. Cet établissement réalise, en quelque sorte, dans l'instruction supérieure, l'objet même de la Maçonnerie, qui est de former des hommes libres dans l'acception la plus haute du mot. C'est ce qu'ont bien montré mes prédécesseurs par la part qu'ils ont prise à sa fondation et à son développement. C'est ce qu'a prouvé une fois de plus la jeunesse universitaire, en venant apporter au Grand Orient le témoignage de sa sympathie et de sa reconnaissance. Il est bon que la Maçonnerie soulève de lemps à autre le voile de ses mystères et entr'ouvre aux profanes les portes des temples ; c'est non seulement la meilleure réponse à ceux qui calomnient nos symboles, mais encore le meilleur moyen de nous tenir en communication avec le public profane et peut-être de nous préparer des recrues précieuses.

» A ce propos, je ne pourrais assez applaudir aux efforts de certaines Loges pour attirer dans leurs Temples les femmes et les enfants de leurs membres, soit en organisant des fêtes de Maçonnerie blanche, soit en solennisant les principaux événements de la vie privée et familiale par des cérémonies organisées dans un esprit véritablement maçonnique.

» 11 reste un dernier point sur lequel j'aurai quelques réflexions à vous soumettre.

» Assurément, l'on peut soutenir que laguerre déclarée par l'Eglise romaine à la Maçonnerie universelle et surtout à la Maçonnerie belge rend la qualité de Maçon incompatible avec une profession de foi catholique. Je comprends même que l'on considère comme ayant renié

— ait —

notre Ordre ceux qui, en connaissance de cause, se rejettent dans les bras de l'Eglise, fût-ce à leur lit de mort. Mais ce sont là des mesures de guerre qui, à ce titre, doivent toujours conserver un caractère exceptionnel et précaire. Vouloir les généraliser, en les étendant à tous ceux qui professent des religions positives, ce serait enfreindre l'esprit et la lettre de nos principes. La liberté de ne pas croire implique la liberté de croire ou elle n'est qu'une autre forme d'intolérance.

» En terminant cette critique, peut-être un peu vive, de certaines tendances, qui, si elles devaient s'aggraver, menaceraient notre Ordre d'un grave préjudice, j'ose espérer que vous pardonnerez, à la faveur de l'intention, la franchise de ce langage. Le rôle de Cassandre n'a rien d'enviable, il m'eût été facile de me renfermer dans l'optimisme habituel aux Rapports officiels. Mais ne pouvant, comme je l'eusse désiré, vous faire verbalement mes adieux, j'ai préféré conserver à cette communication une forme toute personnelle, afin de vous dévoiler d'autant mieux le fond de ma pensée. Mon seul but, vous le savez, est de voir grande et forte la noble institution qu'à l'exemple de mon père, j'ai servie depuis l'âge d'homme, qui a bien voulu me témoigner son estime en m'élevant à sa plus haute dignité, et dans les rangs de laquelle je serai heureux de rentrer demain en soldat obscur, mais toujours dévoué, pour travailler à la réalisation de son impérissable idéal (i). »

Voici ensuite la nouvelle déclaration publique en vigueur aujourd'hui :

/, Le Grand Orient de Belgique a décidé à l'unanimité le 19 février 1887 que :

« Gomme il ne serait pas possible de déterminer d'une manière précise les limites dans lesquelles doivent être circonscrites les discussions d'ordre politique, il'y a lieu de laisser ce soin à la sagesse des Vénérables de

(1) Message d'adieu du Sérénissime Grand-Maître National Comte Goblet d'Alviella, daté d'Ajaccio le 12 décembre 1886 et lu à la tenue du Grand Orient de Belgique le 27 février 1887 : Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n° 3i, pages i53 à iSg.

chaque Atelier, sous la réserve des décisions du Grand Orient, autorisant la discussion des questions politiques et sociales dans les Loges, et de l'observation des règlements particuliers des Ateliers. »

» Le F.'. Paul Janson, Membre de la Chambre des Représentants, spécialement invité par le Grand-Maître adjoint Reisse à assister à cette assemblée, a déclaré que:

« 11 va de soi qu"il ne peut être question de restreindre les discussions relatives à la politique théorique en dehors des questions personnelles (i). »

Il pouvait y avoir des doutes sur le fait de savoir si la politique de la Maçonnerie belge est théorique ou pratique, carie 29 juin 1884, lors de l'installation solennelle comme Grand Maître National du Frère Goblet, le Grand Orateur au Grand-Orient de Belgique, le Frère Willequet fit la déclaration suivante :

/^ « La Franc-Maçonnerie belge touche par trop de points à la politique et a trop de titres à la haine du cléricalisme, pour ne pas être intimement engagée, par le jeu naturel des choses, dans tous les faits qui s'accomplissent en Belgique. »

« Aussi le Grand-Orient a décidé et toutes les Loges de son obédience ont accepté, que le cercle de ses travaux puisse et <^ozVe comprendre la politique et la religion. »

« Mais la politique est en même temps un art et une science, elle comporte une pratique et une théorie. Laquelle des deux, de la politique pratique ou de la politique théorique, la Franc-Maçonnerie doit-elle pratiquer ? ))

« A notre avis, elle ne doit pas donner sa préférence d'une manière absolue à l'une ou à l'autre (2). »

Et que, d'un autre côté, il existe une Déclaration officielle du Frère Victor Desguin, Orateur de la Loge « les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis » d'Anvers, du 21 octobre i883 qui dit :

(i) Bulletin du Grand-Orient de Belgique, XV, pages 86 et 87. (2) Bulletin du Grand-Orient de Belgique, X et XI, pages 45

/^ « Les sciences sociologiques ont prouvé par la statistique que, en Belgique, l'ignorance, la misère et la criminalité constituent une douloureuse trilogie qui est l'apanage de celles de nos provinces qui sont encore le plus fortement courbées sous le joug sacerdotal. »

« Aussi la Maçonnerie ne peut-elle se désintéresser de la question religieuse et elle est obligée de proclamer qu'entre le Dogme et elle il y a incompatibilité absolue, opposition radicale et essentiellement intolérante. »

« Dans l'ordre politique, ce n'est pas sans raison que les organes de nos adversaires ont dénoncé la Maçonnerie comme une puissance occulte, dont la pression exercée sur les gouvernants a produit tous les actes législatifs e( administratifs posés par nos amis au pouvoir. »

« Car il faut reconnaître que les discussions qui ont lieu dans les Loges ont façonné l'opinion libérale et que c'est du travail patient et continu des Loges qu'est sorti tout entier le programme libéral de 1878 (i). »

L'aveu du pouvoir despotique que la Franc-Maçonnerie exerce sur la politique du parti libéral belge, a été fait sans ambages :

^\ « Travaillant les uns à côté des autres, et quoique n'arrivant pas aux mêmes conclusions sur bien des questions politiques, nos Ateliers exercent, par la diversité même de leurs appréciations, une influence complète sur toutes les nuances du parti libéral (2). »

Cela permet à la Franc-Maçonnerie belge d'avouer que :

^*, « Beaucoup de questions politiques, toutes importantes, quelques-unes brillantes, sont à l'ordre du jour, et le Suprême Conseil, sur les colonnes duquelse trouvent des Magistrats, des Représentants du peuple, des Jurisconsultes, des Négociants, des Savants, des Artistes et

(1) Bulletin du Grand-Orient de Belgique, X et XI, pages i38, iSg et 141.

(2) Rapport officiel du F.*. Scailquin, avocat à la Cour d'appel, du 19 mars 1876. Bulletin du Grand-Orient de Belgique, III et IV, page 81.

des Médecins doit, dans les luttes de la tribune et du forum, encourager et stimuler les timides (i). »

Et de développer son plan de campagne :

/, H De ce que la Franc-Maçonnerie Ecossaise interdit de faire de la politique, s'ensuit-il qu'on ne puisse aborder et discuter dans nos ateliers les problèmes les plus divers qui se rattachent à l'état politique ou social de n'importe quel pays ou quelle époque?

» Ce serait vouloir restreindre singulièrement, je dirai même rapetisser le rôle de la Maçonnerie, qui a pour devise : Homo sum et nihil humani a me alienum puto. Il suffit, du reste, de Jeter un coup d'œil sur les sujets portés dans les conférences ou les travaux d'un grand nombre de nos chapitres pour constater que nulle part cette prohibition n'est prise dans un sens aussi restrictif.

» De même dans l'ordre des questions religieuses, il ne peut être interdit aux ateliers d'étudier ou même de comparer scientifiquement les phénomènes les plus variés qui se rattachent aux manifestations du sentiment religieux.

» Dans le monde profane, la polémique est quelquefois nécessaire pour déblayer le terrain, et je ne dis pas qu'il faille respecter les institutions et même les hommes lorsque nous rencontrons des obstacles aux progrès de la raison ou de la justice.

» Mais il faut distinguer, mes Frères, entre le rôle des Maçons qui ont chacun pour devoir de combattre ce qu'ils tiennent personnellement pour ennemi, et le rôle des ateliers maçonniques qui n'ont pas à décider là où cesse la vérité dans les convictions individuelles de leurs membres (2). »

Les conséquences ne se font pas attendre, car le Grand Maître national le F.\ Henri Berge, professeur à l'Université et ancien membre de la Chambre des représentants, déclare que :

(1) Bulletin du Suprême Conseil, no 26, page 5y.

(2) Le F.*. Comte d'Alviella, le 9 mars 1888. Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n^ 3 1 , pages "91 et 92.

/, « L'organisation des forces libérales n'est possible que par la Franc- Maçonnerie, car rien ne peut se faire en Belgique, ni sans elle ni contre elle . »

« Elle sera à la fois et l'asile oià viendront s'apaiser les dissentiments et l'arsenal où se prépareront les armes pour le combat. »

« Que ceux qui l'ont méconnue viennent lui rendre hommage; que ceux qui ne veulent pas la servir, la respectent (i)! »

Et aussitôt que les FF.' .Jules Bara, B?^uno Renard, et Pierre Van Humbeeck sont nommés ministres en juin 1878, les 33™^^ belges leur demandent audience, sont reçus par eux et leur déclarent que :

* ^ « Le Suprême Conseil voit dans votre élévation aux plus hautes fonctions de l'État la preuve que \e?, principes et les doctrines qu'il a toujours pratiquées et professées sont les plus rationnelles pour présider au Gouvernement de l'État (2). »

Les Francs-Maçons belges proclament donc tout haut que leurs doctrines franc-maçonniques sont gouvernementales.

B. Ce quils avouent tout bas.

Ce blasphème du « gouvernementalisme » des doctrines franc-maçonniques était par trop flagrant.

Aussi les Francs-Maçons belges se sont-ils empressés d'expliquer, que si, après tout, la Franc-Maçonnerie ne peut pas être un gouvernement, elle peut, néanmoins, aider le Gouvernement :

/. « Le système politique et les droits électoraux sont des questions qui exigent, en Belgique, des solutions plus ou moins rapprochées, plus ou moins complètes,

(1) Déclaration officielle du j3 août 1875.

(2) Le F.*. Henri Pappaert, Grand orateur et porte-parole du Suprême Conseil, le 6 septembre 1878. Bulletin du Supréitte Conseil, n" 21, pages 53 et 54.

que la Maçonnerie peut aborder avec les éléments dont elle dispose (i). »

Et puis sans tambours ni trompettes, elle remplace cette coopération consultante, théorique, par une collaboration active et pratique :

^\ « L'affirmation solennelle de ce que le Suprême Conseil formant le pouvoir exécutif de la Maçonnerie Ecossaise, ses membres sont chargés de transformer en faits les enseignements donnés dans tous les grades antérieurs, constitue une grande leçon de haute politique (2). »

La Franc-Maçonnerie belge est anti-constitutionnelle. En voici la preuve :

^\ u Je crois, mes Frères, qu'il est urgent pour le Grand Orient de Belgique de prendre l'initiative d'une propagande active en vue de préparer le pays (i) à la Revision de la Constitution.

» Le fétichisme qui fait considérer l'œuvre des constituants de i83o comme une arche sainte crée, à mon avis, un danger prochain pour la patrie.

» Je n'aperçois que dans la Maçonnerie la force morale suffisante pour en avoir raison.

» La propagande que Je préconise est dans notre rôle, elle constitue un devoir, ne pas l'entendre serait mentir à nos principes.

» Nous admettons tous que retarder les réformes nécessaires, cest fomenter des tentatives révolutionnaires, des coups de force.

» Tous, nous proclamons volontiers que la loi du progrès est inflexible, qu aucune puissance ne peut dire à r humanité : « Tu n iras pas plus loin » /

» C'est pour l'avoir dit qu'Alexandre II vient d'être assassiné.

(1) Le F.\ Henri Pappaert, avocat et grand orateur du Suprême Conseil, le 19 mars 1880. Bulletin du Suprême Conseil, r\° 2?, page 46.

(2) l.e même grand orateur, le 5 mai 1880. Bulletin du Suprême Conseil, n» 23, page 63.

(3) Voir aux « Docunients Justificatifs » ce que préparer le pays veut dire en Franc-Maçonnerie.

» C'est pour ne pas savoir réformer qu'Alexandre III disparaîtra probablement demain.

» Le non possumus a fait perdre à la papauté son prestige et son autorité temporelle.

» Les partis désespérés, comme le nihilisme, procèdent d'une résistance trop longue à la voie du progrès !

» La Commune de Paris est la réaction de l'absolutisme impérial !

)) Y a-t-il, au point de vue du principe, une différence appréciable entre l'homme d'État belge déclarant à priori inacceptable toute réforme amenant une modification à la Constitution qu'il proclame parfaite, et Alexandre III répondant au Prince de Galles qui lui conseillait d'octroyer une Constitution: « Ne suis-je pas là ( »

» Celui-ci se croit parfait, comme celui-là croit parfaite la charte appliquée par lui.

» Bientôt une modification à cette charte sera pourtant inévitable, si la Belgique veut continuer à progresser par évolutions, seul moyen d'éviter les révolutions ; je prends ici le mot dans !e sens populaire du mouvement extra légal, balayant par la force ce que l'imprévoyance des gouvernants n'aura pas écarté de la route vers la justice.

» Pour justitier ces prévisions, je me bornerai à indiquer les circonstancesdominantes quidoiventfaire naître la nécessité inévitable de la Revision.

» Et d'abord, l'instruction, l'éducation des classes ouvrières, celte panacée universelle que tous les efforts de la Maçonnerie ont contribué à répandre, va modifier les notions que la masse prolétaire acceptait jusqu'à présent sur ses droits et ses devoirs.

» Par une fiction constitutionnelle très hardie, les mandataires de cette masse prolétaire sont nommés par une classe de citoyens privilégiés^ que, à tort ou à raison, elle considère comme son antagoniste dans la lutte pour l'existence.

)) L'élu du corps censitaire est, en effet, censé repré-

senîer, non pas ses électeurs seulement, mais tous les habitants de la circonscription où il a été nommé.

)) Dans la lutte du capital et du travail, qui constitue la redoutable question sociale, c'est donc le représentant du capital qui est appelé à défendre les intérêts du travail.

)) Est-il possible que pendant longtemps encore, alors que par l'instruction répandue à profusion, l'intelligence du prolétaire aura éclairé son bon sens, un leurre semblable puisse subsister?

» Et quand au nom de la logique, le peuple, comme corollaire de celte instruction que vous lui aurez donnée, réclamera les droits du citoyen, lui répondrez-vous : La Constitution de 1830 s y oppose l

» Qui donc peut croire que l'argument sera convaincant et ramènera les réclamants au respect du statu quoi

» La situation politique de l'Europe est la seconde de ces circonstances dominantes que je veux invoquer.

)) Avant tout, l'exemple d'un grand pays voisin, avec lequel nos relations littéraires et artistiques, industrielles et économiques s'étendent chaque jour, n'est-il pas là pour faire réclamer le droit de suffrage par nos ouvriers, qui, ayant les mêmes devoirs que leurs frères d'au-delà de la frontière, peuvent prétendre aux mêmes droits?

» Ce pays ne vient il pas, sous le régime du suffrage étendu, d'effacer en dix années à peine les dernières traces du plus affreux des désastres, que l'on croyait même irréparable?

» On m'objectera que, sous l'Empire qui a amené ce désastre, le suffrage universel fonctionnait également. Mais il serait plus juste de dire que l'Empire faisait fonctionner le suffrage universel, qu'il l'avait au préalable bâillonné au 2 décembre.

» Puis il suffira de rappeler que dans l'application des innovations politiques, les peuples font école et que mallieureusement celte école nous reste à faire ; car, personne ne le niera, la participation de tous au gouvernement du pays est la seule réalisation de la formule qui, chez nous, n'existe qu'à l'état de fiction, — encore une, — savoir : Tous les pouvoirs émanent delà Nation.

» Quand le peuple Belge aura reçu dans nos écoles gratuites la solide instruction scientifique et rationnelle qui sortira de l'application du nouveau programme de l'enseignement primaire, lequel sera l'éternel honneur du nouveau ministère, il lira ce qui se dit chez les autres peuples, il comprendra ces éloquents discours que prononcent à tout instant chez nos voisins les panégyristes du suffrage universel, et il s'étonnera à bon droit de la situation qui lui est faite chez nous.

))Et devant ces revendications, dès lors aussi inévitables que logiques, que répondront les constitutionnels malgré tout '!

» Pour ma part, )e n aperçois pas leurs arguments. » Et alors nous subirons une crise, que je considère comme mortelle pour nos institutions, pour l'existence même de la patrie 1

)) Et nous, Maçons, nous devrons nous Joindre alors à ceux qui demanderont ces droits dont nous ne saurions contester la légitimité, puisque nous ne pouvons trahir ni la justice ni la raison.

» Nous aurons à regretter amèrement le temps perdu et la complicité inconsciente que nous mettons à laisser créer l'obstacle, car nous nous buterons alors contre les résistances opiniâtres et désespérées que soulève toute transformation non préparée, non mûrie. Et avant d'avoir pu déraciner ce fétichisme dont est imbu le corps électoral actuel pour notre immortelle Constitution, le flot populaire voudra tout niveler et cherchera à résoudre par la force brutale celte question sociale dont un grand esprit a pu dire avec quelque semblant de raison, qu'elle n'existait pas, ajoutant aussitôt : // ny a qu une série de problèmes sociaux à résoudre.

» Le F.'. Gambetta eût-il osé parler dans un pays de suffrage restreint?

)) Et pendant qu'à côté de nous, par le jeu naturel d'institutions réellement démocratiques, ces problèmes se résoudront un à un, chez nous la force ne résoudra rien, mais amènera une réaction qui réduira notre pays à un césarisme quelconque, à moins que la masse long-

temps méconnue, aigrie et désaffectionnée, ne se Jette dans les bras d'un gouvernement étranger, par les réformes duquel nous nous serions laissé devancer.

» Cette revision que je viens de proclamer nécessaire pour l'extension progressive mais sérieuse du droit de suffrage, ne s'impose pas moins pour atteindre la séparation radicale, complète des Églises et de l'État que le Sérénissime Grand Maître appelait il y a un instant de tous ses vœux.

» Il n'est pas possible que le parti libéral supporte encore longtemps de payer, en exécution de la loi, ceux qui n'ont pour cette loi que mépris et attaque.

» Il est des situations qui dépassent les limites de ce que la banalité humaine peut accepter.

» La séparation des Églises et de l'État ne sera radicale, comme nous la voulons, que quand la Constitution aura été revisée, car alors le budget des cultes pourra être supprimé.

» Est-ce à dire que je préconise hic et nunc une campagne pour aboutir à bref délai à la revision ?

» Ce serait une naïveté et une impossibilité.

» Je demande que partout, en toute occasion, la Maçonnerie s'évertue à détruire le fétichisme pour la Constitution de i83o, — ce culte mauvais comme tous les autres, — qui conduit les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des Belges à repousser d'emblée toute réforme dépassant la limite jusqu'ici déclarée infranchissable par tout le monde..., sauf par les Constituantes de i83o qui l'ont tracée !

» Je demande que par une propagande très modérée, mais incessante et empruntant toutes les formes, nous fassions comprendre à la bourgeoisie censitaire que le jour n'est pas loin où les modifications constitutionnelles deviendront nécessaires.

» Beaucoup ont pris à la lettre le qualificatif d'/mwortelle dont on a pris l'habitude d'accompagner ce mot : Constitution .

» Je demande que nous ne laissions pas plus longtemps nos concitoyens imiter les autruches qui croient

échapper au danger quand, pour ne le point voir, elles se sont caché la tête sous leur aile.

)) Songez donc, mes très chers Frères, à ce qu'il a fallu de temps pour modifier la fatale loi de 1842. Et cependant,le Congrès /z'^er^/ l'avait solennellement condamnée de 1846.

» Il a fallu trente-trois ans, la moyenne d'une vie humaine.

» Le temps qu'il a fallu au Christ pour se faire crucifier !

» Et encore ! si cette loi est aujourd'hui modifiée, c'est que le clergé l'a bien voulu, car s'il avait accepté sa nouvelle position, ni programme ni inspecteurs n'eussent prévalu contre son influence établie.

» Et la loi de i85o sur l'enseignement moyen ! Elle vient seulement, après trente ans, d'être... absolument maintenue avec la Convention d'Anvers, qui en reste le plus bel ornement.

» Eh bien ! s'il a fallu trente ans pour arriver à modifier une loi organique, condamnée souverainement et solennellement dès sa naissance, que ne nous faudra-t-il pas de propagande et d'années pour entamer cette œuvre, déclarée parfaite, invulnérable, inattaquable, immortelle, enfin ! célébrée sur tous les tons, dans tant de discours, dans tous les journaux, chantée dans toutes les cantates avec et sans Brabançonne !

» En vérité, il y a lieu de craindre que le temps nous fasse défaut et que le lion populaire ne s'irrite de si longtemps devoir attendre !

» Commençons donc celte propagande sans perdre un jour. Ne lui ménageons ni nos peines ni nos efforts et ne désespérons pas, car, je n'hésite pas à le prédire, les événements nous pousseront forcément.

» Proclamons hautement qu'aucune œuvre, quelque forte, quelque parfaite qu'on la prétende, n'échappe à la loi du progrès ; disons que toute perfection n'est que relative, ou mieux qu'elle n'existe pas, parce que chaque jour apporte un élément nouveau à la civilisation. » Affirmons que l'humanité marche toujours, broyant

sur sa route toutes les résistances et tous les entêtements !

» Et nous, mes très chers Frères, souvenons-nous de la mission que nous avons assumée d'éclairer la route de rhiimanité, dans sa marche incessante, marche nettement progressive en notre siècle de science et de raison !

» Nous ne pouvons faillir à cette mission (i) ! »

Mais la Franc- Maçonnerie belge, si elle veut gouverner n'entend assumer aucune responsabilité de ce fait et confesse que :

^*, « Nous avons peu d'action sur les Loges pour les obliger au respect de nos Statuts et de nos Règlements généraux. »

« Et d'ailleurs en Belgique, il faut bien le reconnaître, le Suprême Conseil n'a qu'une autorité restreinte (2). »

Etant donné le but secret de la Franc-Maçonnerie en Belgique, ce déclinatoire de responsabilité est d'une importance suprême ; aussi s'est-on préocuppé de le formuler avec la clarté et la précision les plus absolues :

/, « Les Loges symboliques sont entraînées, presque malgré elles, à prendre parti dans les luttes que le pays doit soutenir contre les agissements de ceux qui supportent seulement les libertés dont nous Jouissons, et qui font tous leurs efforts pour les faire disparaître peu à peu ; car il est difficile, pour des imaginations jeunes et ardentes, de ne pas reporter dans les Loges les préoccupations du monde profane. »

« Si, comme citoyens, nous devons combattre par tous les moyens possibles les menées du parti de l'erreur et de l'ignorance, si dans la maçonnerie même nous voulions rappeler les Loges à la modération, notre voix pourrait

(i) Discours officiel prononcé par le F.*. Peemans, député de la I.oge " la Constance » de Louvain (dont ressort le « Orcle fraternel >» d'Aerschot) et Grand Orateur du Grand Orient de Belgique, le 1"' mai 1881. Bulletin du Grand Orient de Belgique, VIII, pages 20 à 25.

(2) Le F.*. Bruno Renard, Lieutenant Général et Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique : les 19 novembre 1873 et 18 juin 1875. Bulletin du Suprême Conseil, n° 17, page j 1, et no 18, page 46.

ne pas être écoutée, notre autorité pourrait être méconnue (i). ))

Ayant avoué tout bas, c'est vrai, mais avec la plus haute fermeté, qu'elle entend rester irresponsable, la Franc-Maçonnerie belge se montre prodigue de mots et de rodomontades :

♦*, « Que peut la Franc-Maçonnerie? »

« Répandre partout la lumière, instruire les ignorants, raffermir les faibles, encourager les forts et montrer à tous les routes à suivre et comment il faut se servir des armes que des siècles de luttes et de martyres lui ont -mises entre les mains. »

« Et lorsque les soldats du bon combat seront aguerris, fortifiés, réconfortés par sa sublime doctrine, la Franc-Maçonnerie, en mère héroïque, dira à ses enfants : « Allez dans le monde profane combattre sans crainte et sans peur ; car votre cause ne peut être vaincue (2) ! »

^*^ « Chaque jour, dans le monde profane, toutes les formes politiques de gouvernement, toutes les institutions gouvernementales, à quelque échelle politique que ce soit, sont soumises à la discussion la plus complète, la plus étendue et il en est de même pour les dogmes religieux et pour les idées philosophiques. »

« La Franc-Maçonnerie doit suivre dans ses Temples les études qui s'ouvrent dans le monde profane. »

« Elle doit même précéder les débats publics, afin de pouvoir, le cas échéant, les diriger (3). »

Tout en restant irresponsable, la Franc-Maçonnerie belge veut donc être dirigeante de la politique de la Belgique.

Voici les moyens cachés, intimes qu'elle emploie pour essayer d'atteindre ce résultat :

(i) Déclaration du 18 juin iSyS. Bulletin du Suprême Coiseil, no 18, page 47.

(2) Déclaration du 19 mars 187 5. Bulletin du Suprême Conseil, n" 20, page 36.

(3) Le F.". Henri Pappaert, Grand Orateur du Suprême Conseil en 1882 : Bulletin du Grand Orient, IX, page 67.

,\ « La Franc-Maçonnerie constituant en Belgique une espèce d'association libérale secrète, mais ne mettant guère en pratique les principes de mutualité qui sont l'essence même et la raison principale de l'institution :

» 1° Il est reconnu aux Frères le droit de réclamer l'intervention officieuse des autorités de l'Atelier auprès d'autres Frères qui les auraient lésés dans le monde profane, ou qui leur auraient préféré, à mérite égal, un profane pour une place sollicitée.

» 2» Des lettres de rappel de leurs engagements seront adressées aux Frères qui sont parvenus à de hautes positions politiques, les invitant à fréquenter assidûment l'Atelier (i). »

^'^ (; La Maçonnerie belge doit dorénavant remplir un rôle plus actif dans les luttes électorales et intervenir surtout en vue de faire accepter par le libéralisme des candidats appartenant à l'Ordre Maçonnique, et éprouvés à l'égard des principes maçonniques et de leur mise en application, tant dans la vie privée que dans la vie publique (2). »

Car vpici de quoi il s'agit en réalité :

,\ « Étudions dans nos temples les questions qui agitent le monde profane. »

(( Puis, lorsque nous viendrons au forum, lorsque le moment de faction sera venu, choisissons, parmi tous ceux qui doivent concourir à l'œuvre commune, Vinstniment le plus utile, le plus approprié à la circonstance (3). »

Et ces « instruments » sont fort variés :

,\ « Le Denier des Ecoles est œuvre maçonnique de lutte et de propagande, dont le but est de soutenir l'enseignement désorganisé, anéanti dans certaines communes réactionnaires. »

(ij Yœu adopté le 2 3 juillet 1876 par le Grand Orient. Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, page 99

(2) Déclaration officielle du 17 février it585: Bulletin du Suprême Con",eil, n° 28, page 100

(3) Le Grand Orateur du Suprême Conseil de Belgique en 1882.. Bulletin du Grand Orient, IX, page 57.

« La Jeune Garde est une œuvre maçonnique dont le but est de grouper la jeunesse libérale pour la faire concourir aux luttes et aux succès de la Maçonnerie. »

« La Crèche est une œuvre maçonnique et démocratique dont le but est de permettre aux ouvrières de concilier leur labeur journalier avec leurs devoirs maternels. »

« Le Vestiaire communal est une œuvre maçonnique et pratique qui se donne pour mission de protéger l'enseignement populaire en se chargeant de vêtir les enfants pauvres qui fréquentent les écoles publiques. »

« L'Œuvre des vieux vêtements est une œuvre francmaçonnique, qui se donne pour but de propager l'idée delà charité maçonnique (i). »

Voilà quelques-uns des civils, mais il y a aussi les instruments militaires, car :

,\ « Dans sa séance du 21 janvier 1887, le Suprême Conseil de Belgique a pris connaissance d'une carte postale de Londres datée du 29 décembre 1886, par laquelle le F.*. Robert Freke Gould, ancien Grand Diacre de la Grande Loge d'Angleterre, demande au Suprême Conseil s'il y a jamais eu plus de cinq Loges militaires régulières en Belgique (2). »

Et que :

/^ « La Loge « La Constance » de Louvain, ayant demandé au Grand Orient de modifier comme il suit son Règlement : Art.*. 66 — Les Frères Officiers de l'armée sont exemptés des métaux qu'ils auraient à payer pour l'affiliation. — le Grand Orient a adopté cette modification le 19 mars 1876 (3). »

Nous voyons qu'il est question, en janvier 1887, ^^ Loges militaires, que les Loges civiles vont jusqu'à faire des sacrifices d'argent pour attirer à elles les militaires, et nous voyons revenir toujours, parmi les questions étudiées dans les Loges, celle du service militaire.

(1) Déclaration officielle, du Vénérable Maître de la Loge " Les Amis de la Parfaite Intelligence » le 9 septembre 1888. Bulletin du Grand Orient, X\', page 60.

(2) Bulletin du Suprême Conseil, n° 3o, page 25.

ij) Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, page 73.

La Franc-Maçonnerie belge, en voulant faire promulguer une loi militaire qui rende le service personnel et obligatoire, poursuit un but véritablement satanique.

Comme le principe même de ce service personnel et obligatoire constitue une atteinte fragrante à la liberté individuelle, c'est encore un holocauste offert par les Francs-Maçons au Dieu-Etat, c'est dans la vie sociale le troupeau des conscrits faisant pendant au troupeau des élèves des écoles neutres dans la vie individuelle.

Et comme la raison que l'on donne pour justifier son adoption est que la situation sociale actuelle exige ce sacrifice, on reconnaît à cette situation actuelle un caractère normal. Or, cela veut dire que l'agitation socialiste est normale. Cela constitue donc une reconnaissance implicite du principe maçonnique, qui impose aux Francs-Maçons la destruction de l'Ordre social actuel.

C'est donc un double hommage au Dieu-État et à la Déesse-Maçonnerie que comporte ce service militaire personnel et obligatoire que la Maçonnerie veut imposer partout.

Mais comme dans la secte satanique tout se fait par trois, il y a un troisième résultat qu'il s'agit d'atteindre.

Les Francs-Maçons veulent que les postulants au sacerdoce soient astreints à ces services, aussi strictement que les autres citoyens, pour essayer, par les tentations les plus variées et les plus irrésistibles, de réduire à un minimum le recrutement du clergé.

C'est donc encore un hommage au Dieu-Satan que comporte cette loi militaire que les arrière- Loges ont élaborée avec une habileté si satanique pour avoir l'armée soumise à leur puissance.

La Franc-Maçonnerie belge en est, en effet, à déclarer que:

/, « La sécurité publique et l'indépendance de la Patrie ne sont plus les seules attributions de l" autorité militaire, qui peut être appelée à faire œuvre d'homme et de citoyen (i). »

(ï) Le F.\ Henri Pappaert, Grand Orateur du Suprême Conseil, le i5 mars 1884. Bulletin du Suprême Conseil, n» 27, page 39.

Et voici pour terminer, de quelle manière machiavélique et dans quel but la Franc-Maçonnerie belge entend employer ces instruments civils et militaires :

,*, « La Franc-Maçonnerie belge a lieu de se féliciter hautement du résultat obtenu aux élections législatives.»

« Mais, l'avenir commande l'union du libéralisme. Il faut se fortifier réciproquement et ne pas soulever des questions, qui irritent les soldats d'une même armée. »

« S'il y a des vérités à dire, la cause du progrès veut qu'on agisse par la persuasion et il faut à tout prix éviter les froissements (i). »

Le but ainsi poursuivi, elle le laisse entrevoir sous forme de déclaration officielle et publique :

*^ « La Maçonnerie belge a le devoir de signaler au pays, sans trêve et sans merci, les lois vicieuses dont l'application prolongée nous énerve, altère nos institutions et répand, comme une plaie pernicieuse, cette indifférence et ce marasme dont les symptômes se dessinent sous de si sombres couleurs.

» Tendre par tous moyens à éclairer nos concitoyens en étalant à leurs regards l'œuvre des vieux partis, les ramener dans les voies de réformes en matière de privilèges des cultes, de défense nationale, d'exercice de la souveraineté populaire, telle est la mission de notre Ordre.

» Ces idées méritent d'autant plus de fixer vos méditations, que notre patrie, sous une apparence encore calme, cache une situation inquiète et tourmentée, car une collision redoutable se produit entre les réactions ameutées et les forces d'expansion du progrès.

» Notre Maçonnerie belge ne sera digne d'elle-même et de sa glorieuse mission, que si elle se pénètre des nécessités de la situation et si, entraînant la nation à sa suite, elle jette aux quatre vents le cri retentissant du

(i) Le F.-. Victor Lynen, négociant. Consul et Grand Maître national du Grand Orient de Belgique, le 25 juin 1882. Bulletin du Grand Orient, IX, ipagcs 18, 19.

progrès, le défi aux masses noires qui se groupent dans l'ombre (i). »

Ensuite, comme étude pratique, car :

Parmi les questions traitées en 1874 sous les Loges belges figurent les suivantes, suivant les Rapports officiels des inspecteurs :

/, « Y a-t-il lieu d'exiger l'abolition immédiate de ceux des privilèges accordés aux ministres des cultes qui ne leur sont pas conférés par la Constitution ?

M Y a-t-il lieu d'obliger les profanes qui entrent dans la Maçonnerie à prendre certains engagements relatifs à l'éducation de leurs enfants ?

» L'Ordre Maçonnique doit-il contrôler la conduite religieuse et politique des Francs Maçons ? Est-elle autorisée à la soumettre à une discipline quelconque en dehors de l'exercice de leur fonction ?

» De l'influence néfaste des dogmes religieux sur le développement des arts.

» Le droit^d'association est garanti par la Constitution, mais l'Église romaine n'est-elle pas une association spéciale qui devrait être jsoumise à des lois spéciales (2)?»

Et que, dans plus de cinq cents tenues régulières des quatorze Loges de l'Obédience du Grand-Orient de Belgique pendant Tannée 1875, ces Loges ont élaboré, parmi d'autres travaux, les suivants :

,*^ « L'enseignement primaire au point de vue de l'avenir du libéralisme.

» Des droits des populations flamandes.

» Abolition des privilèges accordés au clergé.

» Influence du clergé dans l'Etat et dans les familles.

» Rôle de la Maççnnerie dans la situation politique.

» Séparation de l'Eglise et de l'État.

» Moyens d'étendre la propagande libérale aux campagnes.

(1) Rapport officiel du Frère Scailqui)>, du 24 février 1878. Bulletin du Grand Orient de Belgique, lil et IV, pages 126 et 127.

(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, I [, pages 81 à 8? ,

» Extension du droit de suffrage.

■ » Des lois de milice et du service militaire personnel.

» Moyens de combattre l'influence du cléricalisme.

» De la loi des garanties en Italie.

» La grande et la petite morale.

» Propagande libérale dans les provinces flamandes.

» L'éducation delà femme (i). »

^\ « Le rôle politique de la Maçonnerie.

» Les moyens d'organisation du parti libéral.

» La réorganisation de la garde civique.

» De l'incompatibilité des principes maçonniques avec la pratique du culte catholique.

» Des moyens d'assurer dans l'école l'enseignement de la morale en dehors de l'intervention du clergé.

» Des moyens d'arracher la femme à l'influence néfaste du cléricalisme.

» De la conduite à tenir par les patrons envers ceux parmi leurs ouvriers qui envoient leurs enfants aux écoles congréganistes.

» Des réformes désu'ables qu'entraînerait la revision de la Constitution belge.

)) Études sur LE DROIT A LyV révolution.

» Études des cas dans lesquels L'INSURRECTION EST UN DROIT (2).^ »

- La Loge (( Les Élèves de Thémis, » d'Anvers. « dans le but de défendre la Société moderne conLre les tendances réactionnaires qui la menacent », a proposé à l'étude de la Franc-Maçonnerie deux séries de questions qui figurent à! une façon permanente à l'ordre du jour de la Loge :

/, « La première série a trait à la question sociale.

» La Franc-Maçonnerie demande aux Frères Maçons leur opinion sur cette question et sur la question ouvrière, ainsi que tons les renseignements qu'ils peuvent acquérir

(;) Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, pages 84 et 83.

(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, pnges i3:i et 166.

sur les associations ouvrières qu'ils connaissent, sur leur constitution, sur leur but, sur le nombre de leurs membres, et ensuite, sur les journaux qui s'occupent de la question ouvrière, sur la situation des ouvriers, sur leur salaire, etc.

» La deuxième série a trait à la question religieuse.

» La Franc-Maçonnerie demande aux Frères Maçons d'étudier les questions :

» de main-morte ;

» des couvents et congrégations religieuses ;

)) de leur population ;

)) de leurs ressources ;

» des acquisitions qu'ils ont pu faire, ainsi que des faits de captation venus à la connaissance des Frères, avec le détail des circonstances qui les ont accompagnés (i). »

Et voici les conséquences qu'en tirent les Francs- Maçons belges :

^*, « L'enseignement maçonnique est certainement un enseignement politique, puisqu'il combat toutes les tyrannies, quelque nom qu'elles portent. »

« Mais la politique sera la conséquence de l'enseignement maçonnique, car dans les temples de la Franc- Maçonnerie toutes les idées doivent pouvoir être mises et doivent être écoutées, depuis le discours du penseur jusqu'au rêve de l'utopiste, car ce qui est rêve aujoiirdliui peut devenir réalité demain (2). »

Voilà donc ce que les Francs-Maçons belges avouent tout bas : qu'ils sont une société qui veut diriger la politique belge, sans responsabilité aucune et en faisant usage d'instruments civils et militaires pour réaliser... Quoi?

Ils répondent : « Ce qui est rêve aujourd'hui peut devenir réalité demain. »

Voyons quel est le <( rêve d'aujourd'hui » qu'ils veulent rendre « réalité demain », voyons quel est leur véritable secret politique.

(1) Bulletin du Grand Orient de Belgique, I, page 206. {2) Le F.'. Henri Pappaert, Grand Orateur du Suprême Conseil, le 19 mars 1872. Bulletin du Suprême Conseil, n° 20, page 35.

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