Vie littéroire, 3" série
« Avant tout, par-dessus tout, Flaubert fut un artiste, rien qu'un artiste, et de ces artistes chez qui deux ou trois facultés prédominantes, exclusives, absolues, tyranniques, rétrécissent, absorbent et finissent littéralement par annihiler toutes les autres... Cette grande haine de la bêtise humaine... n'était rien de plus que la projection de sa propre sottise, à lui, sur les choses qu'il ne pouvait comprendre, et parce qu'elles étaient étrangères à son art... Pécuchet tout pur et Bouvard tout craché'. »
Mais nous dirons à notre tour que l'artiste ne prétend pas au développement méthodique de ses facultés, comme un professeur d'Université chargé d'un savoir encyclopédique ; ou comme un dilettante, au pas de promeneur, curieux de tout voir, d'entrer partout, et qui a le loisir de soigner toutes les branches de son esprit. L'artiste est, avant tout, un émotionnel, fier de ses émotions et qui les cultive jalousement ; il a le sentiment exalté de son originalité foncière et il l'aimera, fût-elle une pousse tératologique ; il vit en toute indépendance et naïveté, et jusqu'à l'outrance, des passions, des états d'àme qui seront le fonds personnel de son inspiration. Vivre un état d'âme, par exemple l'amour, la haine, le fanatisme, l'enthousiasme, c'est, pendant des années peut-être, ne voir le monde qu'à travers une illusion déformante ; c'est être en proie à une exaltation passionnelle qui est condition de créa-