‹ L'EnnuiChapitre 20 sur 68 · Lacordaire, par le comte d'IIaiissonville · texte numérisé non relu

Lacordaire, par le comte d'IIaiissonville

vaillait à l'imprimerie de son père : « Dans ma pensée, ce temps reste comme un grand désert gris où le soleil ne se montrait jamais... Rien ne m'a mieux aidé à comprendre la sombre monotonie du moyen âge, l'attente sans espoir, sans désir, sinon celui de la mort, que d'avoir langui, enfant, pendant les dernières années de l'Empire... Ce mot semblera étrange dans la bouche d'un enfant, je me sentais tain. C'était une aridité sèche et triste, sans besoin de larmes, ce don du ciel que je connais aujourd'hui. Immobile à ma casse, sous l'ennui pesant, rien que l'ennui, j'appris ce que c'était que les longues heures; ce que c'est que de travailler tard à quatorze ans, quand le bruit des pas des promeneurs vous invite, que les robes blanches passent, et que l'on croit les oisifs heureux*. »

Mais le temps qui ne s'arrête jamais, qui marche alors même que nous n'avançons pas, travaille pour nous; les impatients ont tort de se briser la tête contre l'obstacle du moment. L'ennui temporaire des impasses, des journées mauvaises, des années maudites, est laissé à notre appréciation; nous ne le prendrons ni au sérieux ni au tragique, alors qu'il est parfois tentant d'y mêler du désespoir ou des sottises; mais il n'est qu'à l'user par la patience, à le larder d'ironie ; ou si, vraiment, l'heure présente est agressive, aiguisons notre caractère contre son glaive tendu.

L'ennui des vies manquées. — L'ennui qui s'attache

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