‹ L'EnnuiChapitre 35 sur 68 · Sully Prudhomme, La Joie · texte numérisé non relu

Sully Prudhomme, La Joie

:i. « Toute dénuée qu'elle ait été d'événements extérieurs, la vie de Leopaidi est la plus riclie en souffrances intimes et en rédexions sur fcs souffrances que l'on puisse imaginer. J,a pauvreté s'unissait chez lui à la noblesse, la difformitéau génie. » La l'hilosophiea/fevlive,]}.llH, par J. Uourdeau. Paris V. Alcan, 191^.

Comment peut-on se tenir dans la vie avec un air sérieux ; ah ! non, la farce est trop forte ! — Et il sécrétait des pensées empoisonnées qui entretenaient son ennui. Il écrivait : « Si vous saviez comme je suis fatigué par moments ! Car moi qui vous prêche si bien la sagesse, j'ai comme vous un spleen incessant, que je tâche d'apaiser avec la grande voix de l'Art; et quand cette voix de sirène vient à défaillir, c'est un accablement, une irritation, un ennui indicibles. Quelle pauvre chose que l'humanité, n'est-ce pas? 11 y a des jours où tout m'apparait lamentable, et d'autres oii tout me semble grotesque. La vie, la mort, la joie et les larmes, tout cela se vaut en définitive. Du haut de la planète de Saturne, notre univers est une petite étincelle. » « Comme c'est mal arrangé, le monde! A quoi bon la laideur, la souffrance, la tristesse, pourquoi tous nos rêves impuissants? Pourquoi tout? » « L'humanité n'offre rien de nouveau. Son irrémédiable misère m'a empli d'amertume, dès ma jeunesse. Aussi, maintenant, n'ai-je aucune désillusion. Je crois que la foule, le troupeau sera toujours haïssable ^ »

]y|me ^^ Deffand fait entrer dans son idée de l'ennui l'horreur de l'humanité telle qu'elle se révèle à son analyse impitoyable : « Quand je pense à tous les gens que je connais, même avec lesquels je vis journellement, qu'on appelle mes a?7iis, il n'y en a aucun, hommes et femmes, qui aient la plus légère velléité de sentiments

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