DEUXIÈME PARTIE
Les chapitres qui précèdent nous ont servi à définir les causes de l'ennui et nous l'avons décrit dans certaines de ses formes. C'est une partie de notre sujet. Nous sommes loin de l'avoir épuisé, si tant est que ce soit possible. 11 nous reste à en révéler d'autres aspects. Auparavant il est bon d'exprimer quelques idées générales sur la nature de l'ennui, sur son caractère spécifique. On essaiera de ramener à ses éléments générateurs un état qui nous a intéressé jusqu'ici par son étonnante diversité.
Lennui, nous l'avons dit et il a été aisé d'en faire la remarque, est une souffrance; telle est sa signature; ce trait suffit à le distinguer d'autres états avec lesquels il offre des ressemblances : le repos, par exemple, ou la mélancolie. On jouit du repos, qui est une douceur; de la paresse, qui est sensualité; pour ce qui est de la mélancolie, on sait qu'il y a un bonheur d'être triste; on ne jouit sûrement pas de l'ennui.
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De quelle nature est cette souffrance? Il est évident que nous avons affaire à une souffrance morale, à un mal psychique, quelle que soit la part souvent considérable du physique dans sa formation. Le mot : Je m'ennuie! est un cri de l'àme, il trahit un malaise de la sensibilité; on le prononce sur un ton irrité ; il semble à n'en pas douter l'expression d'une douleur réelle, et qui serait organique en sa source, plutôt qu'intellectuelle. Différente est la plainte infiniment nuancée du pessimiste qui condamne la vie au nom d'une idée et qui traduit parfois son mécontentement par de brillants discours.
Il existe une prédisposition à l'ennui, qui est inégalement répartie. Il est des gens qu'on peut dire réfractaires ; d'autres sont victimes privilégiées.
En quoi consiste cette prédisposition? Il est difficile d'en donner la clef; toutefois on peut la définir par un déséquilibre intérieur. L'ennui est un mélange de force ^ et de faiblesse, de désir et d'impuissance, d'excitation ) et d'épuisement. Mais voyez la complexité du problème : être bien portant, ne met pas à l'abri de l'ennui; et il est des infirmes, des malades condamnés à l'inaction désagréable, qui déclarent ne pas le connaître. Il reste donc que les concomitants physiques ne sont que l'occasion, et que l'on peut s'ennuyer et trouver la vie absurde avec le corps le plus sain et l'âme la plus saine.
L'ennui, qui se rattache à une idiosyncrasie de la personnalité, s'accuse de façon précoce : dès l'enfance