‹ L'EnnuiChapitre 4 sur 68 · Gœlhe, Faust · texte numérisé non relu

Gœlhe, Faust

Ii; L'EXXUI

du môme geste des états d'ùme qui out leur charme et leur verlu d'orgueil : sagesse, repos olympien, paix de l'iirae, paix du soir, mépris hautain de la vie vaine. La grande misère, c'est la discussion avec l'épuisement, le sauvetage de nos houts de chandelles, la révolte contre l'inévitable. Mais oii devra commencer notre sévérité ? A quel moment sera donné notre dernier sourire à la vie enjôleuse? Le désir est le pourvoyeur de notre existence ; lui absent, nous tournons au cadavre, nous mourons avant notre heure, et d'inanition ; désirer c'est vivre, et vivre c'est désirer; les deux termes sont toujours et partout convertibles entre eux. Loin de nous détourner de nos désirs agonisants, nous mettons en eux notre suprême espoir et nous les galvanisons jusqu'au bout.

L'épuisement, dans la plupart des cas, appartient à l'esprit. Que de cadavres ambulants! Peut-on épuiser la vie ? Non, pas plus qu'on ne peut boire la mer ; mais on en a consommé tout ce qu'on en pouvait prendre. Que voit-on alors? L'action nous importune; l'imagination replie ses ailes ; on fait l'économie de l'altruisme, et le repos devient le premier des biens. Ne plus aimer, ne plus agir, ne point sortir du préau de sa prison, c'est cohabiter, en bon ou mauvais ménage, avec l'ennui. Cette déchéance a ses chances et ses retours, mais elle est un fait général et nous sommes ses spectateurs atterrés.

« Oh! je voudrais me passionner pour un homard à la moutarde, pour une grisette, pour une classe de mi-

néraux! » dit Fantasio qui joue des airs éblouissants sur le thème de l'ennui.

Sainte-Beuve, plus en fonds de vie que Musset, s'exprime ainsi (en 1839) : « Je suis arrivé dans la vie à l'indifférence complète. Que m'importe, pourvu que je fasse quelque chose le matin, et que je sois quelque part le soir ! »

Victor Hugo dit en vers magnifiques cette impression de désillusion finale :

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir?

J'attends, je demande, j'implore ; Je penche tour à tour mes urnes pour avoir

De chacune une goutte encore ^ !

Baudelaire, épuisé héréditaire, est abondant et plein d'images quand il s'agit de peindre son néant intérieur :

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte, L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur, Ne veut plus t'enfourcher ! Couche-toi sans pudeur, Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute. Résigne-toi, mon cœur; dors ton sommeil de brute 2.

L'épuisement mental, qui éteint nos facultés et qui nous mutile, traîne l'ennui à sa suite; mais celui qui consent à son amoindrissement atténue les rigueurs de la défaite; la résignation désarme l'ennui •''.

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