‹ L'EnnuiChapitre 54 sur 68 · René Bazin · texte numérisé non relu

René Bazin

TARUIEU. jg

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rengourdissement de la nuit; nous éprouvons dans notre humeur mal assise le retour incertain et saccadé de la force nerveuse ; les enfants ont un réveil grognon ; l'homme a un réveil gris ; on envisage ayee un^égoût nuancé le fardeau de la vie qui est à recharger sur nos épaules.

Il est des ruses pour prévenir l'ennui du matin : se lever d'un bond, donner de la voix dans son appartement, se mettre en train résolument, soi et son entourage; ou bien l'on recourt à des exercices de chambre qui raniment notre machine physique ; ou l'on s'attarde au lit protecteur, on attend que d'autres, les plus vaillants, aient essuyé les frissons de l'aube et dessiné les premières lignes de la journée.

Et souvent la matinée paraît longue, parce qu'elle est le prélude d'une longue journée.

II. Lenjiui de Vaprès-midi. — L'ennui de l'aprèsmidi vient de la durée de cette portion du jour, incommensurable à notre impatience : ces heures planes donnent l'impression d'un arrêt de temps. L'aprèsmidi manque de pente : elle figure un plateau, une mer lisse, un calme plat; il y a des moments oîi l'on n'avance plus et qui font penser à l'éternité. Nous sommes alors au plus fort de notre labeur professionnel, et cette besogne forcée, dont on ne peut s'évader, qui convertit chaque minute en effort, fait l'ennui des après-midi interminables.

Mais l'après-midi coule lentement aussi pour les oi-

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sifs qui ne savent où porter leurs pas, et elle remplit d'un sentiment étrange d'anxiété, de vide [dœmon tneridiamis), les rêveurs aux prisesavec les obsessions de la pensée méditative. Amiel a rendu en ces termes l'ennui anxieux de l'après-midi : « De toutes les heures du jour, quand le temps est superbe, c'est l'après-midi, vers trois heures, que je trouve surtout redoutable. Jamais je ne sens plus qu'alors « le vide effrayant de la vie », l'anxiété intérieure et la soif douloureuse du bonheur. Cette torture de la lumière est un phénomène étrange. Le soleil, de même qu'il fait ressortir les taches d'un vêtement, les rides du visage et la décoloration de la chevelure, éclaire-t-il d'un jour inexorable les déchirures et les cicatrices du cœur? Donnet-il honte d'être? En tout cas, l'heure éclatante peut inonder l'âme de tristesse, donner goût à la mort, au suicide et à l'anéantissement, ou à leur diminutif, l'étourdissement par la volupté'. »

Quel soupir d'aise quand vient le soir! quoi changement à vue ! les foules quittent lours ateliers, leur bagne; les rues qui étaient désertes commencent à s'animer; les cafés se remplissent; l'alcool se montre, guérisseur de tous les maux; on se retourne avec colère contre cette journée qui a été si longue et qui vient de finir, et nous pensons que nous avons grand besoin de divertissement et de revanche.

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