CHAPITRE IX PORTRAIT DE L'ENNUYÉ
Il y a lieu de tracer un portrait d'ensemble de l'homme atteint par l'ennui.
L'ennuyé conçu comme type est d'abord un épuisé (l'ennui s'il est insoulevable a pour fond une incurable usure) ; souvent son seul aspect le trahit : la lassitude de la démarche, l'immobilité et la stupeur des traits, un air de spectre, d'homme à cent pieds sous terre, étranger à ce qui l'entoure, isolé à tout jamais dans le monde des vivants'. Il ne prend plus part à rien; il est trop las, trop découragé, pour se mêler aux joies
1. Sainte-Beave nous dit de Benjamin Constant : « Aucun... ne donnait plus ridée d'un personnage usé. Je le vois encore, sur les derniers temps de la Restauration, avec son visage fin, amaigri, déjeune veillard, ses longs cheveux négligés et pendants, sa taille de peuplier, avec son pas traînant et son altitude délabrée... Benjamin Constant, un peu avant sa mort, était donc lassé, usé et archi-usé. presque éteint, et il ne se réveillait que par secousses. » — Déranger rapporte à son tour : « Constant est tellement usé, il a tellement besoin que quelqu'un l'anime et le travaille, ([ue je lui disais que, vieux et ne pouvant plus quitter le coin de son feu, il donnerait de la tête contre le marbre de la cheminée pour se secouer. Il m'a avoué qu'il nejoue que pour cela.» Nouveaux Lundis, t. 1, p. 42S-4 JG.
Voici maintenant ce qui nous est rapporté de l'aspect de Chateaubriand : « ... Longtemps, bien longtemps après, je devais apercevoir