Causeries du lundi, t. XIV
2. Le Président He'nault et il/"' du De/fand, par Lucien Perey ; Paris,
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un peu de la poésie dont le fastueux ennuyé enluminait ses états d'âme; grandiloquent et fou d'orgueil, nul moins que lui n'eût admis les humbles explications psycho-physiologiques. Quoiqu'il ait essayé bien des attitudes et des ambitions, et qu'il fût souple en ses métamorphoses, goûlant par-dessus tout l'inconstance, il fut un épuisé précoce, un désenchanté rapide, le créateur orgueilleux du désir moderne, désir conscient, cynique, insatiable de jouir et de dominer, d'être un des maîtres de ce monde, puisque après tout le ciel est vide, et que la terre est un royaume que l'effort des générations embellit merveilleusement. « Il a porté le désir à un tel degré de violence, il a tendu si fort ce grand ressort de la vie, qu'il a semblé lui donner de nouvelles applications et presque inventer une nouvelle passion, pour laquelle on dut chercher des noms nouveaux. « La langueur secrète », le « vague des passions », le « mal du siècle », tout ce qui fait la substance de René, des œuvres postérieures où l'écrivain a développé René, et enfin du romantisme sorti de ses œuvres, tout cela peut se résumer dans cette vieille chose et ce vieux mot, le désira » Chateaubriand est un épuisé du désir et du rêve, gardant de la tenue, et il eut des successeurs qui furent plutôt des épuisés de la sensualité grossière et de l'alcool, se compromettant en de mauvais lieux. René fait des orgies d'imagination. Le Fantasio de Musset demande au vin de
1. Melchior de Vogué, Une Ame de désir; Heures d'histoire, p. 79.
porter son rêve. « Fantasio, c'est René après boire '. » Chateaubriand scrute le néant des affections qu'il recherchait et en revient toujours à se caresser luimôme ; d'autre part, l'action qu'il a tentée sous bien des formes l'a vite fatigué. « Nul n'a plus vécu par l'imagination, dit de lui M. G. Lanson^ : son orgueil et son inertie y trouvèrent également leur compte... Dès l'enfance il trouve dans le rêve d'immédiates et absolues jouissances, des conquêtes faciles et complètes ; il se fit un monde en idée, et se sentit maître du monde. 11 se donna toutes les joies, toutes les grandeurs sans avoir besoin de personne : et il se sentit au-dessus de l'humanité. Son orgueil et son imagination l'emportèrent dans l'infini. — Que peut-il sortir de tout cela? Une poignante sensation de vide, un long bâillement, un ennui sans mesure. Chateaubriand avait attaché toute sa vie à son tnoi. Il avait pris pour fin la sensation, et non l'action. 11 demandait la jouissance au rêve, et non à la réalité. Mais la sensation s'émousse ; il faut la renouveler sans cesse. Le rêve atteint en un moment, épuise aussitôt la jouissance. Renonçant à réaliser dès qu'il avait rêvé. Chateaubriand retombait dans son néant, l'âme vide et désoccupée. L'éternelle adoration de son w?oif grandiose l'accablait à la longue : il n'y a que l'égoïsme actif qui soit un égoïsme content. L'égoïsme sensitif est triste. » Mais les souffrances vaporeuses et compressibles de l'imagination ne sau-