‹ L'ennui: étude psychologiqueChapitre 22 sur 60 · Journal intime^ 12 septembre · texte numérisé non relu

Journal intime^ 12 septembre

2. Les sermoDuaires religieux et les moralistes font état de la monotonie de la vie et de son identité fondamentale pour nous enlever nos illusions de papillon fou et nous détourner de la poursuite décevante des apparenceg

rué sur toutes les jouissances, Maupassant découvre avec stupeur que tout est rabâchage, redites et ennui, qu*en quatre pas on fait le tour du monde, et dans son livre le plus personnel, Sur VEau, il laisse passer quelques confidences : « D*autres hommes, parcourant d'un éclair de pensée le cercle étroit des satisfactions possibles, demeurent atterrés devant le néant du bonheur, la monotonie et la pauvreté des joies terrestres. Dès qu'ils touchent à trente ans, tout est fini pour eux. Qu'attendraient-ils ? Rien ne les distrait plus ; ils ont fait le tour de nos maigres plaisirs. Heureux ceux qui ne connaissent pas l'écœurement abominable des mômes actions toujours répétées ; heureux ceux qui ont la force de recommencer chaque jour les mêmes besognes, avec les mêmes gestes, autour des mêmes meubles, devant le même horizon, sous le même ciel, de sortir par les mêmes rues où ils rencontrent les mêmes figures et les mômes animaux. Heureux ceux qui ne s'aperçoivent pas avec un immense dégoût que rien ne change, que rien ne passe et que tout lasse. » (P. 55.)

Cette obsession presque maladive d'une monotonie universelle et accablante avait des raisons nombreuses, et Maupassant ayant sa place dans cette étude, nous ajouterons à son sujet ces lignes tirées d'un article où sont confrontées sa biographie et ses œuvres : « Les dix longues années de sa vie de bureau, avec sa routine et « son éternel

recommencement des choses », ne durent pas peu contribuer à lui donner cette sensation que « tout se répète sans cesse et lamentablement » et à soulever en lui a cet écœurement abominable des mêmes actions toujours répétées ». Dès lors, ce dégoût des habitudes ne cessera plus de hanter l'esprit de Maupassant; il en variera seulement le thème. Des employés, il passera aux mondains et aux artistes, comme si son expérience personnelle lui avait appris que ni la position, ni les préoccupations de l'ordre le plus élevé ne défendent les hommes de ce renouvellement banal de nos actes *. »

Mais pour sentir toute la monotonie de la vie il Jaut en sentir tout le néant : l'ennui est alors le produit de la pens^je réfléchie qui a sondé le fond des choses et a rencontré le vide. Cette variété métaphysique de l'ennui sera examinée à son tour.

L'ennui dans l'exercice d'un métier. — Un métier est une leçon pénible apprise à grand renfort de travail t't de routine, afin d'être aux ordres du public impitoyable qui tirera indiscrètement nos ficelles. Il est un moule puissant qui nous fait une figure reconnaissablê ; en nous marquant, il nous limite ; en nous spécialisant, il nous mulilR< Il nous impose une phraséologie spéciale, des gestes, dos

1. • Maupassant peint par lui-même », par G. Chatei ; Revue Hleue^ 11 juillet 1896.

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clichés qui nous accompagnent partout; il nous gratifie de déformations, de ridicules, de maladies à son empreinte. Faire un métier, c'est être l'esclave d'un rôle étroit, d'une clientèle pointilleuse,' et cette servitude constante est justement détestée.

Le débutant dans une profession qu'il a convoitée goûtera tout à l'entrée des joies naïves, des ravissements de prêtre à ses premières messes : il a un titre, une enseigne ! on s'adresse à son savoir, à sa maison ! il gagne de Targent 1 Ces émotions de néophyte investi d'un sacerdoce ont leur fraîcheur agréable, mais si vite fanée !

Les hommes ne haïssent rien autant que leur métier qui les prend du matin au soir, qui les façonne des pieds à la tête; ils lui reprochent leurs gestes de pantins, mais, ce moteur enlevé, ils n'ont plus que des gestes de fous; ils ne peuvent'se passer de son action directrice, sauf à en atténuer la prise trop forte, se dérobant à la besogne abêtissante par l'alcool, les fugues^ les vices, les passions, les ambitions extra-professionnelles qui créent un alibi. Un métier, c'est l'ennui en permanence, et à tout instant surgit la tentation de prendre la fuite, de tout envoyer promener.

Le service strict des pratiques et rengaines dont nous avons la charge est le bât qui nous blesse profondément. L'effort professionnel qui fatigue toujours les mêmes ressorts a pour corollaire l'épuisement. L'œuvre commandée qu'il nous faut chaque jour mener à terme par les mêmes

chemins n*est pas pour respecter les variations porputuelles, le graphique capricieux de la force nerveuse. Notre activité nerveuse n'est pas égale à elle-même «l'un jour à Vautre, et elle a aussi ses variations diurnes. CiHul qui a la libre disposition de ses mouvements modifie sans cesse son allure, son rythme; il n'accomplit pas aux mômes heures, plusieurs jours de suite, un même cycle d'occupations; l'esprit répugne aux recommencemonls prochains; de même qu'on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, on ne se réveille pas deux malins de suite dans le même corps. Or, l'obligation impérieuse d'iuie tâche quotidienne, qui a ses heures fixes, est la méconnaissance des lois les plus intangibles et les plus df^licates de l'activité physiologique. Quoi de plus r^nisant, quoi de plus sinistre qu'un travail obligatoire, exécuté vaille que vaille en des heures d'impuissance et de dégoût l

Mais n'y a-t-il pas des métiers moins assujettis à la vûpétition lourde, où la monotonie des actes est plus déguisée, est émaillée de plus de variantes? Assurémenl, et la jalousie publique nous les désigne; elle va aux professions inscrites dans ces cadres reluisants : journalisme, politique, théâtre, art, littérature. Publicistes, politiciens, comédiens, artistes créateurs, vivent, semble-til, une existence supra-terrestre, tissée d'émotions surlmmaines et d'actes prodigieux. L'actualité retentissante qui

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nous réclame, révénement du jour à vivre, c'est chaque matin une affiche neuve qui met en élan et en verve Theureux privilégié qui a su se choisir une profession de haut goût; ainsi eu va t il pour les journalistes toujours haletants, anhélants; pour les hommes politiques portés par Tacclamalion dtîs foules, qui ne quittent pas la tenue d'arène et de combat; heureux et privilégiés aussi, les acteurs, les gens de théâtre qui paradent sur une estrade flamboyante, jouent le jeu affolant des bravos et des sifflets; les écrivains, les artistes qui jouissent de leur pensée créatrice, de leur fantaisie qui a toute licence, des agrandissements successifs de leur personnalité, tandis qu'ils ont les mains pleines de billets pour la tombola de la gloire ^ Nommons à leur suite, enviés pour leurs occupations alléchantes, les banquiers, les boursiers, les gens de sport, les brasseurs d'affaires, les commerçants à grosses entreprises, les circulatores à plusieurs résidences qui jouent la saison et la mode, raflent des gains faciles. Oui, les métiers à créations, à innovations, ceux qui roulent sur des intérêts considérables, qui évoluent dans

1. Taine marque la différence qui existe entre les professions bourgeoises de labeur morne et les professions artistiques, un jour, où se trouvant de passage à Bordeaux, il est frappé de l'air de fête que prend le soir la grande ville commerçante : « Ils ont raison de s'amuser; depuis que je fais un métier, je sens ce que c'est qu'un métier. On veut en sortir, oublier la platitude, la monotonie des affaires, faire boire à tous les sens une sorte de vin de Champagne. — La vie de rartiste, de l'écrivain est tout autre. Il a joui, produit, fait œuvre d'homme pendant le jour : il lui faut le repos du soir. » [Carnets de voyage : notes sur la province^ 1863-1865, p. 67.)

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Taléa et Taventure, échappent, en partie, à la monolonie professionnelle, et la foule les jalouse, les jugeant situés hors de Tennui où elle étouffe.

L'ennui DANS le mariage. — Le mariage est un Ldo-àtôte qui n'a ni relâche ni fin; un contrat sévère ou les deux conjoints soucieux de rester unis marchent au môme pas et vont à se neutraliser réciproquement ; deux tUrcs, naturellement bornés, sont mis en demeure d'am^inder leur personnalité, d'étouffer leur caractère, afin de 30 metire de niveau, de pouvoir se comprendre et s aimer. L'ennui naît de cette situation.

L'ennui commence aux fiançailles ; la jeune fille autour de qui évoluait tout un escadron de courtisans et de prétendants n*aplus qu'un seul homme en face d'elle. Le jeune homme qui va faire sa cour se présente comme abdiquant sa liberté; il se rend à merci et éprouve un obscur sentiment de déchéance ; possesseur et roi îrrnsponsable d'un univers féminin, il renonce à cet empîie glorieux, à cette polygamie étourdissante; il avait devant lui le monde infini des femmes, il renouvelait ses maîtresses dès qu'elles avaient cessé de plaire; il s'enferme maintenant dans l'amour unique, dans le définitif et l'irréparable. Et il observe avec une angoisse comique les moindres particularités physiques et morales de sa future femme, car il n'est rien en elle qui ne puisse fournir les

épines et la croix de son existence prochaine, devenir le décret de son destin.

L'ennui se fait jour pendant le voyage de noces, course dans le vide, créant une solitude, une intimité subite et déconcertante, où, dès qu'ils rompent leurs étreintes, les deux accouplés ne savent que se dire ; le tète-à-tôte est parfois tellement insoutenable que le couple en détresse provoque des rencontres d'un goût douteux, lie société avec des voisins de table d'hôte, fait bande avec des passants.

Voici maintenant le couple conjugal s'incrustant dans son logis dont il a le plus possible fleuri les barreaux. Pourquoi ces deux êtres vont-ils s'ennuyer? Parce qu'ils sont prisonniers l'un de l'autre. Ils s'étudient, se regardent venir, et loyalement cherchent le bonheur dans l'identification de leurs désirs et l'entente harmonique de leurs mouvements : défense de jouer son jeu à part ; les goûts seront communs, avoués, chaque geste sera accompagné de son explication ; tout se fera en collaboration , sous double signature. S'ennuyer à deux, tel est l'idéal conjugal; il faut marcher de front, se maintenir comparables, superposables, emboîtés. D'ailleurs on fait bonne garde autour de ces enchaînés, de peur qu'ils ne relâchent leurs liens, tentent une évasion ; la famille, l'opinion les surveillent ; ils sont tenus de se montrer ensemble, très accrochés, et de défiler sur la grande route.

Dans ce vis-à-vis obligé que l'éloignement môme ne desserre pas, — car il tourne à l'hallucination, — où chacun lit et déchiffre l'autre jusqu'au fond de Fâme, jusque dans les pensées futures, quel est celui qui s'ennuie le premier? C'est le mari. L'homme vit surtout au deliors, dans l'illimité, et en rentrant chez lui il trouve le logis étroit ; il est un être de mouvement, il évolue, il appreud, il compare; la femme, qui vit de peu d'idées, deraeiiio stagnante, immobile; elle lui apparaît comme un objet lointain, resté dans le passé, un péché de jeunesse qui le suit à travers la vie; un fossé se creuse entre eux qui ira s'élargissant ; le mari pratiquera le premier Tinfidélité par ennui. La femme a une tolérance remarquable pour la monotonie; elle- goûte le renfermé, le piétinement, la répétition machinale des travaux de ménage ; son esprit ne pousse guère de reconnaissances sur les routes do l'inconnu; reine d'un microcosme, cela lui suffit; i^llc s'étonne de voir son mari changer ; le suivra-t-elle ? peutelle marcher à son pas? -^ De même une mère a peine à croire que ses enfants grandissent, et s'embrouille dans les formes successives de leur personnalité. — La femme souffre sûrement moins que l'homme de l'ennui par monotonie qui est l'atmosphère de la condition conjugale. Mais le mariage n'est heureux, ne réussit pleinement quc^ par la surveillance réciproque des démarches et régaliti!^ jalouse des âmes. L'ennui géré en commun sous ces euphr^-

mismes charmants : union parfaite, bonheur domestique, modération, sagesse, est le pain quotidien du mariage. Hors de Fennui par consentement mutuel, pas de salut. Evidemment il faut avoir la vocation.

L'ennui dans le mariage sert de point de départ à un nombre incalculable de romans ; l'auteur part de là, comme d'une donnée fondamentale qui n'a pas besoin de longues preuves, et nous montre ses liéros précipités dans des aventures où ils essaient de se distraire et d'amuser le

/ lecteur ; l'ennui conjugal, dans ses formes statiques et son fonds accoutumé, est plus particulièrement traité dans ces deux romans : Madame Bovary, de Flaubert, et

' Katia, de Tolstoï.

L'ennui dans l'amour. — S'il est un sentiment d'une intensité souveraine, d'un jaillissement inépuisable, qui semble ne devoir jamais succomber sous les coups de l'ennui, c'est l'amour. L'amour comporte une activité exceptionnelle de l'âme entière surchauffée; création incessante d'états passionnels, son excellence vient de ce qu'il appelle à la vie, à l'épanouissement, toutes les facultés de l'être, et il fait sa force et sa splendeur du concert de leurs voix. Comment l'ennui en aura-t-il raison ? Il a plus d'une façon de l'attaquer, de même qu'il y a plus d'une manière de mourir. La Bruyère écrit : « Les amours meurent par le dégoût, et l'oubli les enterre... Il n'y a

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guère de raison de ne s'aimer plus que de s'être trop aimés. . . Cesser de s'aimer, preuve sensible que l'homme est borné, et que le cœur a ses limites * . »

Intéressons nous premièrement à l'amour charnel, le plus répandu, le plus recherché, le plus simple et le plus vrai de tous les amours. La volupté n'a qu'une note : les avisés ne la répètent pas trop souvent et dirigent l'amour vers les régions supérieures de l'âme ; les insouciants, les barbares qui coupent l'arbre pour avoir le fruit, font une consommation enragée et imprévoyante de volupté. Les sensuels proprement dits sont des prodigues de leur corps qui courent à la banqueroute : ils obéissent à une obscure logique : l'amour, pour eux, c'est leur chair palpitante, leurs déclarations éperdues, les défis que se portent leurs désirs ; si l'on sort de cette fournaise où le sang bout, où les voix délirent, pour entrer dans la zone tiède des sentiments tempérés : affection, sympathie, amitié; si l'on bride les élans, si Ton s'occupe de toute autre affaire que de la passion présente, on n'est plus dans l'amour. Aussi n'y a-t-il rien de plus admirable et de plus désespéré que les efforts des amants fanatiques pour défendre contre l'épuisement et la monotonie leur amour qui va disparaissant.

Et d'abord, logiciens intraitables, ils répètent à satiété la

i. Du Cœur.

volupté ; peut-on mieux trarailler un sujet dans son fond, en féconder l'idée principale? Ils font appel à tout ce qui chauffe la chair et émoustille Timagination : sensualités de la table, yins capiteux, décors gentils, retraites adorables ; Tart qui paraphrase et dore la passion, leur viendra en aide; et aussi le théâtre, la poésie, la musique, la peinture qui enferment tant de leçons d'amour, qui sont en partie de la volupté transposée*. L'amour périra cependant, mais les amants terribles le galvaniseront jusqu'au bout, l'entretiendront par des violences : jalousie , querelles, cris de haine, menaces effroyables.

La méditation de l'infidélité et les artifices préparatoires de la rupture sont seuls pour faire échec à l'ennui mortel des amours usés qui se prolongent; un bâillement naissait ; il est escamoté par un venimeux sourire.

L'ennui au cours de l'amour n'atteint-il que les sensuels ? Nul ne se trouve épargné. Les reprises inévitables de la personnalité ou de l'égoïsme produisent, tôt ou tard, fissures et crevasses dans les liaisons estimées solides, et l'ennui se déclare au moins chez l'un des partenaires. Entre autres catégories d'individus qui s'ennuient bientôt dans l'amour, nommons : l'égoïste qui a envie de se ressaisir ; l'être quinteux, personnel, qui ne peut décidément pas s'amalgamer ; l'imaginatif porté aux chimères ; le ré-

1. Tout artiste est un Jouisseur qui a tiré parti de ses plaisirs et nous les raconte.

veur qui regrette sa solitude ; le sceptique qu'on fatigue en Taimant; le Don Juan affamé de conquêtes ; Thomme de trop d'esprit sur qui glissent les caresses, qui môle de l'ironie aux baisers.

Des deux amants l'homme, au foyer brûlant, est celui qui se refroidit avant l'autre ; dans les commencements il arrivait le premier aux rendez-vous ; par la suite, c'est lui qui est en retard.

Plus d'une œuvre littéraire a pris pour thème l'ennui dans l'amour, a dit le poids de la chaîne, la guerre déclarée entre les amants honteux de ne s'aimer plus, à qui la passion fait faillite ; citons dans le nombre Adolphe, de Benjamin Constant, Sapho, de Daudet, Le triomphe de la mort, de M. d'Annunzio.

L'ennui dans la famille. — L'ennui dans la famille procède de la pesanteur et de l'immutabilité du lien familial ; de la pauvreté des sentiments et des sensations qui s'échangent entre personnages tenus de vivre ensemble, dans un milieu où on ne s'amuse pas.

S'ennuient avant tous les autres, dans la famille, ceux qui n'entrent pas dans son harmonie, les individus dont le caractère est en opposition directe avec les sentiments et les usages cultivés dans le groupe familial. Sont en désaccord fondamental avec l'esprit même de ce groupe : les idéalistes, les ambitieux, les sensuels, les actifs.

Le régime de la famille comporte l'égalité jalouse des membres, une sorte de dédain réciproque, le rappel à la prudence, un réalisme étroit. Les idéalistes coureurs de chimères, hypnotisés du rêve, y sont mal vus. On les tient pour dangereux ; on ne croit ni à leur mission ni à leur auréole ; ainsi fut mis en suspicion le patron des idéalistes, Jésus-Christ : « Les relations de parenté furent peu de chose pour lui. Sa famille ne semble pas Tavoir aimé, et, par moments, on le trouve dur pour elle. Jésus, comme tous les hommes exclusivement préoccupés d'une idée, arrivait à tenir peu de compte des liens du sang. Le lien de ridée est le seul que ces sortes de natures reconnaissent*. »

A leur tour les ambitieux étouffent entre les murs de la maison domestique ; ils exposent leurs projets qu'on prend pour un programme de fous; ils visent à la domination, et l'entourage se dérobe, n'est pas séduit ; on refuse une attention sympathique à leur talent naissant qui débute par des essais informes, des vagissements ; toute ambition qui n'est pas réductible à une carrière classée, de tout repos, est un jeu extravagant ; les parents appellent cela bêtise, folie. « L'ennui naquit en famille, — une soirée d'hiver », disait Lamennais, appelé par les orages.

La famille n'a de raison d'être que si elle est un milieu

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