‹ L'ennui: étude psychologiqueChapitre 50 sur 60 · L'enaui a produit Vlmitation de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

L'enaui a produit Vlmitation de Jésus-Christ

L'ennui réalise une économie de nos forces. Il met un voile sur nos facultés ; il prend les formes du renoncement, de l'épargne de soi, de la sagesse ; il a pour fond Tabdication du désir, la timidité qui esquive les émotions ; il est souci de toutes les tempérances, goût de Fombre, ensevelissement dans la retraite, abri cherché dans la médiocrité ; somnolence aux paupières mi-closes, langueur acceptée, resserrement du cœur avare, il est facteur de santé, de longévité, gardien de l'individu, conservateur de l'espèce. — L'ennui est la prudence qui se tient sur ses gardes, le recueillement prolongé, indéfini ; il est, comme le sommeil, un accumulateur d'énergie ; il nous donne à jouer avec des niaiseries et des rêves. De môme qu'on mélange de l'eau à son vin, il est bon de mêler l'ennui à ses actions, ou, si l'on veut, de l'indolence, de la paresse, afin de ne pas bnller trop vite, de ne pas trop nous dépenser ; on éteint son regard, on estompe sa parole, on modère le feu de son esprit, on accomplit son métier à petite allure ; l'ennui est un scepticisme qui nous sauve, la réserve de l'avenir '.

1. L'ennui, économie de forces : cette idée trouve une confirmation dans ces lignes de Nietzsche : « Pour le penseur et pour Tesprit inventif, l'ennui est ce « calme plat » de l'âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux ; il leur faut le supporter, en attendre l'effet à part eux : — c'est cela précisément que les natures moindres n'arrivent absolument pas à obtenir d'elles-mêmes ! Chasser l'ennui de n'importe quelle façon, cela est vulgaire, tout comme le travail sans plaisir est vulgaire. Les Asiatiques se distinguent peut-être en cela des Européens qu'ils sont capables d'un

L'ennui est Téquivalenl du repos. S'ennuyer, c'est cesser d'agir, dépenser, se laisser gagner par une torpeur; la roue intérieure semble ne plus tourner ; notre vie est une lampe baissée ; acceptons cet affaissement passager, et il deviendra un calme bienfaisant. La vitalité limitée dont nous disposons a ses éclipses périodiques ; notre esprit, ses rallentendo attendus; et exigerons-nous perpétuellement que nos pensées aient un éclat dur, jettent des feux de pierres précieuses? Il est nombre d'actes qui sont de l'ennui bien compris : promenades volontairement insipides commandées par l'hygiène ; désœuvrement adroitement entretenu ; conversations vides qui nous délassent; jeux d'adresse et de hasard, jeux innocents, jeux de société, qui font passer le temps sans appuyer; cures de repos, cures de hamac ou de chaise -longue; villégiatures indolentes ; voyages en mer où l'on flotte, où l'on est bercé. L'ennui, dépression après l'excitation, réaction après l'action, peut être considéré comme une pause vitale, un intermède de silence, comme l'entr'acte où l'attention se relâche, où l'on se détend; en soi il n'est pas un repos, mais nous le ferons tel, et le repos est déjà un des éléments du bonheur.

repos plus long et plus profond que ceux-ci ; leurs narcotiques même agissent plus lentement et exigent de la patience, à rencontre de Tinsupporiable soudaineté de ce poison européen, l'alcool. » Le gai savoir , p. 86; trad. Henri Albert.

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